HISTORIQUE
Les doctrines sur les lois de la population sont tardives, et le problème semble ne s'être posé avec quelque netteté au point de vue économique qu’à partir du xviu° siècle. Les vues antérieures sont plutôtinstinctives et se limitent à des préceptes formulés par les religions, les moralistes, les législateurs.
« Croissez et multipliez », dit la loi hébraïque (1). Les peuples anciens considéraient favorablement l'augmentation de population. Il y avait deux raisons à cela: tout nouvel enfant était un travailleur de plus et chaque mâle devenu adulte constituait un défenseur de la collectivité dans les conflits fréquents
avec les voisins.
Ce sont les Grecs qui, avec Platon et Aristote parlèrent les premiers de la limitation: « Les États ont aussi une certaine mesure de grandeur, comme toutes autres choses: animaux, plantes, instruments. Trop petite ou trop grande, chacune de ces choses perdra ses propriétés... La limite la plus convenable à la
(1) Genèse, chap. IX, verset I.
ER
population d'une cité, c'est qu'elle renferme le plus grand nombre possible d'habitants pour suffire aux besoins de la vie, mais sans que la surveillance cesse d'être facile » (1). Ils n'ont en vue que la seule préoccupation de maintenir l'ordre dans la République et proposent les moyens les plus barbares pour limiter la population: exposition des enfants chétifs, fixation de l’âge des mariages, défense d'engendrer à partir d'un certain âge et comme conséquence, avortements provoqués (2).
Au sortir des guerres civiles où la République romaine avait péri, deux faits, l'un et l’autre gros de conséquences désastreuses, fixèrent l'attention d'Auguste : l'abandon de plus en plus marqué du mariage et la décroissance progressive de la population, Par une de ces contradictions qui ne sont pas rares chez les despotes, l'homme qui avait su profiter de l'abaissement moral de Rome pour lui confisquer ses libertés se crut appelé à la régénérer en poussant les citoyens au mariage et à la procréation légitime.
Les idées qui inspirent Auguste n'étaient pas nouvelles. La stérilité était depuis longtemps considérée comme un déshonneur; Servius Tullius avait frappé les veuves d’un impôt spécial.
Les lois caducaires d'Auguste, — loi Julia de marttandis ordinibus ; loi Papia Poppæa (757 et 762) ont pour principe de punir le célibat et la stérilité complète ou partielle, de l'ircapacité absolue ou par-
(1) Arisrors : la Politique, liv. IV, chap. IV.
(2) Praron: la République, iv. V ; les Lois, liv. IV. — Anisrors : la Politique, Liv. IX, chap. XIV,