METZ
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Joseph Sauvt-Étienne, €Ut FiiâRE Etienne, En religion Jean-Louis de Goudargues
i8 prairial an Vl — 6 juin 1798.
[Le R. P. Apollinaire de Valence, capucin à Bellegarde (Gard), qui s*est fait avantageusement connaître par de nombreuses publications sur le personnel des religieux de son ordre, m'en a signalé un, Joseph Saint-É tienne, de Goudargues, fusillé à Metz, comme émigré rentré, le 6 juin 1798, en vertu d'un jugement de la Commission militaire. Les recherches aux Archives nationales n'ont fait découvrir (F7 5io6a) que deux pétitions de Saint-É tienne, un certiiicat de résidence à Goudargues du i*^' mai 179a au 3o fructidor an III, certificat qui n'était que de complaisance ; enfin, une lettre du ministre de la police générale en date du 16 prairial an IV ; mais, par l'intermédiaire de M. l'abbé Dorvaux, professeur au petit séminaire de Metz, le R. P. Apollinaire a obtenu conununication d'un extrait d'un manuscrit autographe de M. Thibiat, ancien supérieur du grand séminaire, qui donne des détails circonstanciés sur la vie de Saint-Étienne et sur sa comparution devant la commission militaire. J'emprunte cet intéressant extrait à un article sur le Frère Jean-Louis de Goudargues, que le R. P. Apollinaire vient de publier dans le Bulletin de VArt chrétien (1896).]
Extrait d'un manuscrit autographe de M. Thibiat supérieur, du grand séminaire de Metz de 1802 à i83a, intitulé Relation de plusieurs événements arrivés pendant la dernière persécution..,,
ce 1798. Le 6 juin, on fusilla à Metz un religieux capucin nommé Fr. Etienne. Il était né au département du Gard, et
entra chez les capucins, à Marseille, avant la Révolution. A l'époque de la suppression des couvents, Fr. Etienne se retira en Espagne, et j fut admis dans un couvent de son ordre. En 1793, des raisons d'obéissance le forcèrent d'abandonner l'Espagne et de venir à Rome, où il s'attacha au général des capucins. Celui-ci l'envoya en France pour des affaires qu'il n'a jamais révélées. C'était au commencement de 1797. Arrivé à Avignon, il fut mis en prison; mais, comme il n'était porté sur aucune liste d'émigrés, il obtint facilement son élargissement et un passeport pour Paris. Arrivé en cette ville, il y vécut des bienfaits d'un prêtre catholique. Au bout de quelques mois, il obtint un nouveau passeport pour venir à Saint- Avold : on ne connaît pas le mo^if de ce second voyage.
« Fr. Etienne, depuis son retour en France, ne pouvait plus porter le costume de son ordre ; il en conserva du moins tout ce qu'il lui était possible. Il avait fait faire un habit avec sa robe de bure, et jamais il n'en porta d'autre. Il conservait ses cheveux fort courts ; il ne mettait point de bas, et ne recevait point d'argent ; mais sa besace le suivait partout. Elle contenait un bréviaire, une relique de la vraie croix que le C€utiinal son protecteur lui avait donnée, un chapelet et deux chemises. C'est ainsi qu'il arriva à Metz. Il était pressé de la faim, et il s'adressa chez un cordonnier, à qui il demanda l'aumône. La femme de la maison l'ayant questionné, il eut la confiance de lui dire qu'il étcdt capucin et qu'il allait à Saint- Avold. Cette femme ne tarda pas à le dénoncer à la municipalité, qui envoya après lui des commissaires. Ils le trouvèrent à une lieue de la ville, se reposant sur la route, excédé de fatigue. Us l'arrêtèrent et le conduisirent à Metz. Il fut fouillé, et, ses papiers ayant donné des preuves de son émigration, il fut enfermé avec les prêtres détenus à la maison d'arrêt.
<K Sa conduite parmi eux fut toujours édiûante : un caractère tranquille, résigné, mortifié, le fit surtout remarquer. Il priait beaucoup, obligeait tout le monde. Ceux avec qui il a vécu dans cette prison lui rendent témoignage qu'il n'a pas cessé de les édifier par ses vertus sociales et religieuses, et
par son attachement à l'Église catholique. Il resta ainsi pendant plus de quatre mois en prison, et paraissait oublié ; mais le désir de recouvrer sa relique de la vraie croix lui fit faire une pétition à ce sujet au département, ce qui le rappela au souvenir des administrateurs. Pour toute réponse, ses pièces furent envoyées au commandant de la place, qui nomma une commission pour le juger sur le fait d'émigration.
« Le 5 juin, on l'appela à la porte ; il revint aussitôt dire à ses confrères : a Ce sont des soldats, qui vont me conduire à la commission militaire. Je mourrai rje me recommande à vos prières. » En même temps il prit la main de l'un d'eux et la baisa, demandant sa bénédiction. Sa cause fut vivement débattue au tribunal; mais enfin la sentence fut prononcée. Fr. Etienne écrivit aussitôt aux prêtres de la prison qu'il était condamné à mort, qu'il se recommandait de nouveau à leurs prières. Il envoya à l'un d'eux, qui lui avait rendu quelques services, une grosse montre qu'il avait, et le pria d'instruire de sa mort une sœur qu'il avait encore dans son pays. Il distribua ensuite ses vêtements aux pauvres et se mit en prières, en attendant l'heure qui devait terminer sa vie. Cependant cette heure fut différée jusqu'au lendemain. Un prêtre constitutionnel vint le voir et lui offrit des secours spirituels. Fr. Etienne le refusa, en disant qu'il ne convenait pas à un enfant.... y^
[Ici, le manuscrit est mutilé, ce qui nous prive des détails sur les derniers instants de ce digne religieux ; mais la fin de la phrase est facile à rétablir : a .... de Saint-François de remettre sa conscience entre les mains d'un prêtre schîsmatique. » — Joseph Saint-Étienne n'était pas prêtre, mais clerc, et du couvent de PontrSaint-Esprit.]
APPBlTDICa». 4^7