‹ La déportation ecclésiastique sous le directoireChapitre 7 sur 114 · ROYALISME · texte numérisé non relu

ROYALISME

Le Directoire accusait volontiers les prêtres de « royaliser les habitants crédules des campagnes ; » non pas que le fait fût certain, mais il avait l'air vraisemblable, tant les mécomptes du présent pouvaient les rejeter vers le passé et leur inspirer des vœux de changement ! Ces sentiments trop naturels, les traduisaient-Us en actes ou, tout au moins, en paroles ? 11 serait puéril de le nier de tous ; cependant, il est permis de penser que ces hommes qui, dévorés de la soif du sacrifice, avaient renoncé à la sécurité de l'exil pour affronter en France les périls de l'apostolat, n'avaient pas pris ces résolutions dans un intérêt purement politique et humain ; ils avaient mieux à faire que de travailler à une restauration monarchique, et les fatigues d'un ministère si diflîcile et si soupçonné ne leur en laissaient guère le loisir.

Notons cependant, en dehors des imputations sans preuves, un fedt singulier, mais positif. Sous ce gouvernement de régicides, où les prêtres étaient tenus de prêter serment de haine à la royauté, certains d'entre eux ne craignirent pas de célébrer avec quelque apparat l'anniversaire de la mort de Louis XVI, en y joignant le souvenir de Marie- Antoinette : on signale ces services funèbres à Vaise, près Lyon, à Pamiers, à Courgenay

INTRODUCTION. XXIX

(Yonne), et même à Paris. Or, quels étaient ces prêtres d'un royalisme si empressé et si téméraire ? Ni des réfractaires ni des révoltés contre le gouvernement républicain, mais des constitutionnels comme Salicis, curé de Vaise, et Le Mercier, curé de Pamiers ; Portallier, chef du culte à la Madeleine de la Ville-rÉvêque, à Paris, était un ancien agent du Comité de scdut public. Gomment expliquer cette anomalie? Considéraient-ils que, par les gages qu'ils avaient donnés, ils étaient au-dessus du soupçon de royalisme ? Prétendaient-ils revendiquer la liberté de la prière pour les morts, sans distinction de rang et de parti ? n'avaient-ils qu'une vulgaii'e préoccupation de casuel? Quoi qu'on en pense, les réfractaires, du moins, s'abstinrent de ces solennités, et il y aurait plutôt, sous ce rapport, à les louer de leur réserve qu'à leur reprocher des manifestations inopportunes i.

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