‹ La dermite granuleuse: de 1850 à nos jours; son traitement chirurgicalChapitre 8 sur 28 · III. CONTROVERSES SUR LA NATURE PARASITAIRE · texte numérisé non relu

III. CONTROVERSES SUR LA NATURE PARASITAIRE

L'histoire de la dermite estivale est dominée par deux faits :

1° L’extrème difficulté qu'ont rencontré tous les

chercheurs qui se sont attachés à la question à mettre le parasite en évidence à la surface des plaies et même à l'intérieur des granulations;

2° Les données insuffisantes sur le parasite luimême et les théories mal étayées sur la pathogénie, n’expliquent ni le caractère saisonnier et envahissant de l’affection, ni sa tenacité,.

Cette tenacité de la maladie, le.grand nombre d’indisponibilité qu’elle engendre, de juin à octobre, devaient, chaque année, cependant ramener la question à l'étude.

Et si de 1890 à 1905, tous les articles concernant la dermite granuleuse se rapportent au traitement, de 1905 à 1910, de nombreux praticiens ont soutenu des thèses parfois bien opposées sur la nature et la pathogénie, et nous retiendrons surtout celles de RoGer, en 1907, de QUERRUAU, en 1908, de FAYET et DROUIN, en 1910.

1° Thèse de RoGeR : La dermite granuleuse est un

(C épiphénomène de l’Oxyurose ».

Devant les théories obscures émises jusqu'alors par des devanciers sur la genèse et le mode de propagation de l’affection, l’auteur reste sceptique et il en reprend l'étude.

Il est guidé dans ses recherches par cette recom-

LP AGRE

mandation du professeur RAILLET sur l'étude étiolovique de la Filariose estivale :

« Lors de l’autopsie des animaux porteurs de plaies d'été rechercher avec le plus grand soin les nématodes adultes, porter son attention sur les filiaires péritonéales, les sclérostomes, et même les spiroptères dé l'estomac. En procédant ainsi on aura quelque chance de constater la coexistance des larves et de l’un de ces vers à l’état adulte et de là une forte présomption existera pour que celles-là soient des descendants de celui-ci. »

Se basant sur ce fait qu'une très notable proportion de chevaux porteurs de plaies d'été, ont en même temps des oxyures, il en conclue que le parasite incriminé n’est qu'un embryon erratique de l'oxyure du cheval comme le pensait MÉGNIN. La dermite granuleuse ne serait done qu'un épiphénomène de loxyurose dont l'apparition serait liée aux conditions biologiques du parasite. Les œufs pondus par l'oxyure femelle sont agglutinés à la marge de l’anus par une substance amorphe et tombent sur le sol; comme ces œufs sont peu résistants à l’action de l'humidité, les eaux de boisson ne jouent aucun rôle dans la propagation de l'affection, mais les fourrages sont très favorables à la dissémination de loxyurose.

Comme agent de transmission ROGER incrimine aussi l’'Hypobosque où mouche plate du cheval.

En résumé, pour ROGER :

« L’oxyurose est une condition nécessaire à l’étio-

logie de la dermite granuleuse, mais elle n’est pas suffisante puisqu'elle n’aboutit pas fatalement à la filariose estivale, »

2° Thèse QUERRUAU : La dermite granuleuse doit être une affection microbienne transmise par les mouches.

En 1908, QUERRUAU publie un travail sur les plaies d'été et apporte l'hypothèse d’un facteur étiologique microbien.

Cette affection tenace, rebelle, dit-il, spéciale à

certaines garnisons (Vendôme, Lunéville, Chalons), alors que d'autres (Douai) en sont exemptes et qui atteint parfois 1/10° de l'effectif doit être dûe à un agent spécifique microbien.,

L'élément de contage peut être apporté soit par les mains qui touchent les plaies des pansements, au moment des pansements, soit (et c’est le facteur principal) par les mouches qui recèlent dans leurs organes les germes infectieux.

I] fait remarquer que la dermite est inconnue en mai ét au début de juin, même si ces mois sont très chauds «( parce que à cette époque les mouches sont encore peu nombreuses » et elle cesse de se propager en octobre et novembre dès que les mouches dispa- raissent.

De plus, il croit que les mouches puisent l'agent infectieux dans les écuries. La dermite s’atténue, en effet très sensiblement pendant les manœuvres.

CR Se

I1 considère l'affection comme très contagieuse et recommande l'isolement des malades.

Il admet, en outre, la prédisposition de certains sujets. € Dès qu'une plaie est transformée en plaie d'étéelle cause un prurit intense spécial qui fait que le cheval atteint le propage lui-même, l’étend ou le sème en se grattant. Si les chevaux de race fine sont atteints plus fréquemment c'est que du fait de leur nervosité, ils se grattent plus et s'excorient plus facilement, mais il ne s'agit pas comme l'ont affirmé certains praticiens d’une question de constitution, »

En résumé pour QUERRUAU, la dermite estivale est une affection microbienne spécifique et très contagieuse, Mais ce que nous retiendrons surtout c’est le rôle qu’il attribue aux mouches dans la propagation de l'affection, lesquelles mouches puisent l’agent causal dans les écuries et l’hébergent dans leurs organes,

Dans le traitement prophylactique il conseille la

destruction des mouches.

3° Réfutation de la théorie microbienne, FAYET, 1910.

En 1910, Fayer dans un article basé sur ces observations faites à Marseille, au 3° hussards, mentionne que sur 54 chevaux examinés porteurs de plaies d'été il ne trouve le parasite que deux fois. Il met ensuite

ST

en relief, que sur 257 chevaux porteurs de plaies di-

verses pendant la période correspondant à l’appa-

ST A ER PTE

A, pes

rition de l'affection (juin à octobre) en 1908 et 1909, 15 seulement ont présenté de la dermite estivale. I] en conclue que dans un milieu paraissant très favorable à sa propagation et sur un effectif comprenant un régiment entier, elle est relativement rare, Il tire de 1à € qu'il n’y a pas lieu d'attribuer à l'affection un caractère contagieux à redouter ».

De plus, devant la rareté du parasite, il admet sans précisions d’ailleurs, la possibilité de l'hypothèse « d’une autre cause de la dermite granuleuse ».

Il signale, en outre, que la numération des globules blancs, dans la circulation générale sur des chevaux porteurs du ver, donne 13 % d'éosinophiles.

Avec MOREAU, il considère le parasite comme un individu adulte et non comme une larve.

DROUIN conclue dans la présentation de cet article € qu'il semble bien que la nature filarienne des plaies d’été ne doive pas être mise en doute. Si nous pe trouvons pas le ver entier, nous avons la preuve de son existence. Aucune lésion n’est exempte du parasite et jusqu'à plus ample informé, il faut s'en tenir à l’étiologie établie par RIVOLTA et par LAUTA-

Page 1