LES DOULEURS DE LA VEUVE
malheur n'est pas irréparable, et que la personne qu'on pleure va ressusciter. Puis, après cette surexcitation des premières heures, arrive Taccablcmcnt; en se familiarisant avec sa douleur, Tâme en comprend Timmensité", le vertige a cessé, les veux peuvent mesurer Tabîme. Madame Royale a dit : « Rien n'était capable de calmer les angoisses de ma mère; on ne pouvait faire entrer aucune espérance dans son cœur : il lui était devenu indifférent de vivre ou de mourir. » C'est qu'il y a des moments oij, même dans Tâme la plus chrétienne, tout fatigue, tout obsède ; où la pensée, aulieu de s'élever dans les hauteurs, rase le sol, comme Thirondelle avant l'orage. Les yeux deviennent secs, la prière expire sur les lèvres. L'organisme, vaincu par la soullVance, ressemble à un ressort brisé. Il ne reste plus de nous qu'un cadavre vivant. Épuisée par trois nuits d'insomnie, Marie-Antoinette était comme pétrifiée, ses 3^eux ne pouvaient plus supporter la lumière du jour. <i Ma mère, nous dit Madame royale, nous regardait quelquefois avec une pitié qui faisait tressaillir. Heureusement, le chagrin augmenta mon mal, ce qui l'occupa. »
Heureusement! Ce mot échappé par mégardc dans cette image de douleur fait un ctlét étrange et qu'une parole à la Bossuet n'égalerait pas.
C'est en songeant à ces scènes douloureuses du- Temple que M. de Chateaubriand a dit, dans Atala par la bouche du P. Aubry : « L'habiiant de la
•cabane et celui du palais, tout souffre, tout gémit ici-bas; les reines ont été vues pleurant comme de simples femmes, et Ton s^est étonné de la quantité de larmes que contiennent les yeux des rois*. »
Quelle gradation dans le chagrin ! Comme la prison elle-même s'est assombrie! Lors de rentrée au Temple, on espérait encore, les massacres de septembre n'avaient pas eu lieu. La princesse de Lamballe vivait, Louis XVI était plein de santé. A Pheure de la promenade, on apercevait aux fenêtres des rues voisines bon nombre de visages émus, S3anpathiques, attendris. Des joueurs de vielle, des chanteurs ambulants, des passants royalistes jouaient ou fredonnaient des refrains monarchiques. De tout cela plus rien. Les prisonniers ne vont plus dans le jardin; Marie-Antoinette n'a pas le courage de le descendre, ce petit escalier tournant par lequel autrefois elle se rendait chez son mari ; cet escalier, il est rempli de trop de souvenirs. La famille ro3^ale le parcourait avec tant de rapidité, pour aller prendre le repas en commun ! Oh! Tescalier qu'on a remonté après la scène déchirante des adieux, l'escalier que Louis XVI a ■descendu pour se rendre au supplice, Marie-Antoinette en a maintenant horreur! Plutôt que d'en revoir les marches fatales, elle aime mieux ne pas prendre l'air, rester dans son logis, immobile et comme stupéfaite. « Ma mère, nous dit sa fille, ne