‹ La dernieère année de Marie AntoinetteChapitre 13 sur 44 · UN PROJET D EVASION. I4I · texte numérisé non relu

UN PROJET D EVASION. I4I

mais ce ne sera ni Marie-Antoinette, ni son fils qui les verront refleurir.

Cest à M'"" Elisabeth que le dernier couplet s'adresse :

Et toi dont les soins, la tendresse, Ont adouci tant de malheurs, la recompense est dans les cœurs Que tu formes à la sagesse.

Ah! souviens-toi des derniers'vœux Qu'en mourant exprima ton frère.

Reste toujours près de ma mère, Et ses enfants en auront deux.

Pauvres enfants ! ces deux mères leur seront bientôt arrachées I Mais maintenant il y a encore de Tespoir. Le projet d'évasion s'annonce bien. Tout est prêt, l'argent, les costumes, les passeports, les voitures. Le jour est même fixé, c'est le 8 mars. Mais voici que, la veille de ce jour, il y a dans Paris un soulèvement causé par la rareté des subsistances et par la nouvelle des progrès rapides de rétranger. La surveillance redouble au Temple. Les barrières de Paris sont fermées. Il faut absolument ajourner le projet d'évasion.

Le i3 mars, la Vendée se soulève. Le 14, la Convention ordonne au tribunal révolutionnaire, qui vient d'être institué, de juger par contumace les frères de Louis XVL Le 18, elle décrète la démolition des châteaux des émigrés et le partage des biens nationaux. Plus le péril s'accroît, plus s'accroît aussi le dévouement intrépide de Toulan. Entouré

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de toutes sortes d'embûches, il se grise, pour ainsi dire, avec le danger. Semblable à ces soldats d'élite que Todeurde la poudre électrise, et qui s'amusent avec la mort, comme des enfants avec un jouet, il risque sa tête mille fois par jour. Une parole, un geste, un clignement d'yeux, un soupir peut renvoyer à l'échafaud. Louis XVII est tout particulièrement soumis à une surveillance de plus en plus rigoureuse. Par un surcroît de fatalité, Tallumeur de quinquets n'amène plus ses enfants au Temple. Le plan si laborieusement préparé s'écroule*, il n'y a plus aucun espoir de faire évader Louis XVII et sa sœur. Le projet est donc modifié. Il ne s'agit plus désormais que de l'évasion d'une seule personne : la reine.

Un combat se fait alors dans l'âme de la malheureuse mère. Doit-elle quitter le Temple, et, libre, ne pourra-t-ellc pas être utile à la cause de ses chers enfants? M"^ Elisabeth, qui est une sainte, la suppHe de fuir, et une ûme courageuse et sublime comme celle de la vertueuse princesse ne conseillerait jamais une lâcheté. D'ailleurs M"^* Elisabeth restera. Elle restera, et n'est-elle pas pour son neveu et pour sa nièce une seconde mère ? Un instant Marie-Antoinette semble décidée à partir seule, ainsi que sa belle-sœur l'en conjure. Le jour est même fixé.

La veille au soir, la reine et sa belle-sœur sont assises devant le lit de Louis XVII qui dort. ]Vlrac Royale est couchée. Sa mèreet sa tante croient

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qu'elle dort aussi. Mais elle ne dort pas, elle écoute cette conversation :

La reine [qui ?x\î^arde son fils). — Dieu veuille que cet enfant soit heureux !...

M'»« Elisabeth. — Il le sera, ma sœur.

La reine. — Toute jeunesse est courte comme toute joie. On en finit avec le bonheur comme avec toute chose.. Et vous-même, ma bonne sœur, quandet comment vous revcrrai-je?... C'est impossible! c'est impossible' !

M"'" Royale ne comprend pas le sens de ces paroles. L'avenir le lui expliquera. Si Marie-Antoinette lui crie : c'est impossible, c'est que l'intérêt maternel va parler plus haut que toutes les autres considérations. Eh quoi ! elle serait libre quand ses enfants seraient prisonniers! Qui sait? Elle les quitterait peut-être pour ne plus jamais les revoir! Et, le matin, quand ils se réveilleraient dans cet afTreux donjon du Temple, dans ce sépulcre des vivants, ils la chercheraient des yeux et ne la trouveraient pas! lis l'appelleraient, et elle ne serait pas là pour leur répondre, elle, leur protectrice, elle, leur mère! Non, cela n'est pas possible. Devant ce triste foyer, dans le silence de la nuit, en face de son fils qui sommeille, ^Larie-Antoinette sent son âme envahie tout entière par le sentiment principal qui

i. Ces paroles ont étc rapportL-es par M™« la duchesse d'Angoulcme à M. de Beuuchcsae, qui les a relatées dans son beau livre sur Louis XVII.

la domine, qui la subjugue. Non, non, elle ne partira pas. Non, elle n'abandonnera pas ses enfants. Plus de politique! Plus de mesquins calculs! L'amour maternel est vainqueur. Ainsi Louis XVI aura été arrêté, lors de la fuite à Varennes, pour n'avoir pas voulu partir sans sa famille ! ainsi Marie-Antoinette, victime volontaire, mourra sur Téchafaud pour avoir refusé de quitter ses enfants I

Le lendemain même du jour où la reine a résolu de rester, Toulan arrive, tout ému, tout joj^eux de la pensée qu'il va délivrer l'auguste prisonnière. Quelle déception, quand il l'entend lui dire : « Vous allez m'en vouloir, mais j'ai réfléchi : il n'y a ici que danger, mais mieux vaut mort que remords. » Eh quoi! ce projet d'évasion, si laborieusement combiné, au prix de tant de sacrifices, de tant d'efforts, au prix de véritables prodiges, ce projet ne se réalisera point ! Tout cet échafaudage, si habilement construit, s'écroule. La reine n'a qu'un regret, c'est d'avoir donné une fausse joie à cet homme de cœur. Elle s'excuse auprès de lui. Mais Toulan a l'âme trop haute pour ne pas comprendre la reine, et la résolution qu'elle vient de prendre n'a d'autre résultat que d'augmenter son dévouement et sa vénération pour elle. Plus tard, elle lui dira cette phrase, dont il se souviendra, quand il montera sur l'cchafaud, le 3o juin 1794: « Je mourrai malheureuse, si je n'ai pu vous prouver ma gratitude. »

La reine voulut remercier aussi M. de Jarjayes,

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