I. François Hue, les Dernières années de Louis XVJ
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n'osait plus verser de larmes. Ma tante engagea Tison et ceux qui, par pitié, nous en donnaient des nouvelles, à cacher toutes ces horreurs à ma mère -, elle en savait ou en soupçonnait bien assez. »
7 juillet. — Le bruit s'était répandu dans Paris que le complot tramé par le général Dillon avait réussi, malgré l'arrestation du général, et que Louis XVII avait été enlevé de la tour. On disait que le jeune roi avait été vu sur les boulevards, qu'il avait été porté en triomphe à Saint-Gloud. Au moment où la foule se dirigeait vers le Temple, pour avoir des détails, le Comité de sûreté générale y envoyait une députation en toute hâte, afin d^ constater la présence de l'enfant. Chabot et Drouet, — Drouet, l'homme de Varennes, — qui faisaient partie de cette députation, ordonnèrent de faire descendre Louis XVII dans le Jardin, afin qu'il y fût vu par la garde montante. L'enfant se plaignit d'être séparé de sa mère. On lui imposa silence. En même temps, les membres de la Convention qui étaient venus pour s'assurer de la présence de Louis X\TI, montèrent chez Marie- Antoinette. Elle leur demanda pourquoi on avait . la cruauté de la séparer de son fils. Ils se contentèrent de répondre qu'on croyait nécessaire de pren^ dre cette mesure. « Un nouveau procureur général vint aussi nous voir, ajoute M'^e Royale. Ses manières nous étonnèrent, malgré tout ce que nous avions appris à connaître depuis nos malheurs. Du
moment que cet homme entrait, jusqu'à son départ, il ne faisait que de jurer. »
14. Juillet. — Mort de Marat. Simon en fit porter le deuil à Louis XV'II.
2)0 juillet. — Ce fut la dernière fois que Marie- Antoinette vit son fils. Depuis la mort de Louis XVI, elle n'avait jamais consenti à descendre dans le jardin. Elle ne prenait l'air qu'au sommet de la tour, sur la plate-forme. Cette plate-forme se trouvait partagée eu deux parties par des cloisons en bois disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les fentes. L'une des deux parties était réservée à la promenade de l'enfant, l'autre à celle des princesses. Mais ce ne pouvait être que par hasard que les deux promenades se fissent en même temps; ce hasard, la malheureuse reine l'attendait fiévreusement; son cœur battait si fort, dans l'angoisse de cette attente, que sa poitrine en était comme brisée. De toutes les choses de l'univers, une seule l'intéressait : apercevoir son fils ; les yeux, l'oreille, collés sur la cloison de planches, elle frissonnait, à chaque mouvement, à chaque bruit de pas. Est-ce lui? se disait-elle: mais non, ce n'était pas son enfant; c'était quelque municipal, quelque employé faisant sa ronde, et, morne, elle retombait dans l'abîme de son désespoir. Depuis quelques jours, son fils ne lui apparaissait plus; et cependant elle ne se décourageait pas; elle remontait
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chaque jour sur la plate-formc,, anxieuse, attendant sans cesse.
Enfin, le 3o juillet, pendant qu'elle regardait à travers la fente de la cloison, son enfant passa devant elle ; elle le vit, mais sans que l'enfant se doutât qu'il était auprès d'elle; elle le vit, mais sans pouvoir crier : je suis là; elle le vit, pâle et maladif, portant sur sa chère petite tête le hideux bonnet rouge, sur son visage la trace de la souffrance et de la persécution. Elle le vit tourmenté par Simon, qui, de mauvaise humeur ce jour-là, parce qu'il venait d'apprendre la prise de Valenciennes par le duc dTork, jurait et blasphémait, en faisant retomber sa colère sur le pauvre enfant.
Ah ! si la petite colombe avait pris son vol vers le ciel, si Tenfant était mort, enveloppé dans la robe blanche de son baptême, enseveli avec cette parure, il reposerait maintenant dans la joie du Christ,'parmi les anges ; mais le revoir vivant d'une vie pire que la mort, le revoir flétri, dégradé, livré à des misérables qui torturent son corps, qui voudraient tuer son Ame, le revoir dans cette atmosphère d'impiétés, de blasphèmes, le jouet, la proie d'un tel démon ! On a décapité Louis XVI, mais du moins on ne l'a pas avili ; on lui a laissé un prêtre pour l'aider à gravir les marches de l'échafaud. Ah! le sort du fils est plus cruel que celui du père. Corrompre, c'est plus alfreux que de tuer. Oh ! voilà ce que dans ses rêves les plus fuiièbrcs, dans ses pressentiments les plus sinistres, la malheu-
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reuse mère n'aurait Jamais pu concevoir! Oh ! voilà le comble de la douleur !
Elle le voit^ ce fils bien-aimé, elle le voit, et elle ne peut se précipiter jusqu'à lui, le serrer contre son cœur, le couvrir de larmes et de baisers. Elle le voit, et elle ne peut pas lui parler; et jamais, plus jamais, elle ne lui parlera; jamais Tenfant infortuné ne les entendra plus, les accents de cette voix chérie, la voix de sa protectrice, de sa mère, de sa mère qui le consolait quand il était malade, quand il souffrait, quand il pleurait. Le revoir ainsi, le revoir, et pour la dernière fois, ce pauvre enfant, le revoir dans un pareil état d'humiliation et de misère ! et ne pouvoir le défendre contre ces monstres, Tarracher à ces tigres, à ces corrupteurs, à ces infâmes! non, certainement, au moment même où elle gravira les degrés de la guillotine, Marie-Antoinette n'éprouvera point une aussi grande douleur. Alors, par dignité, elle saura composer son visage; elle mourra en souveraine, elle mourra en fille des Césars ; elle sera douce et majestueuse envers la mort; mais là, sur cette plate-forme de la tour du Temple, à cet instant si désiré, hélas ! et si cruel, où elle aperçoit son fils, elle fléchit, elle éclate en sanglots; c'est la Mater dolorosa!
Je me souviens du chant du Stabat. Là son âme gémissait abattue par la tristesse et par le deuil, et percée par le glaive : Cujiis animam gemeniem^ coutristatam et dolentempertransivit gladius. Tremblante, elle exhalait des plaintes et des soupirs, à