Voyez, dans la Démagogie en lygS de M. Dauban, une
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Lors du meurtre de Louis XVI , la guillotine avait été placée de l'autre côté — du côté des Champs - Elysées — devant le piédestal, alors vide, que surmontait peu de temps auparavant la statue équestre de Louis XV, et où s'élève maintenant la statue de la Liberté en plâtre peint, ayant le bonnet phrygien sur la tête, tenant de la main droite une lance, de la main gauche une boule appuyée sur ses genoux*. C'est devant cette statue que iM™° Roland va s'écrier dans quelques jours : « O Liberté, comme on t'a jouée! » A trente mètres environ du socle, du côté des Tuileries, est dressé réchafaud, entouré de troupes à pied et à cheval.
Hélas! voilà le terme d'une destinée d'abord si magnifique! Voilà où va finir la femme qui était traitée comme une déesse, et qui arrachait naguère à une foule idolâtre des cris d'enthousiasme et d'amour! Comnient les soldats qui sont là sous les armes ne tournent-ils pas leurs sabres, leurs baïonnettes contre les meurtriers? Comment le peuple, dans un généreux élan, ne renverse-t-il pas la guillotine, n'arrache-t-il pas la victime au bourreau, et ne la ramène-t-il pas triomphante au palais des Tuileries? Hélas! le temps de la che\'alcrie est passé !
La reine se recueille; elle adresse à Dieu une
gravure d'aprcs un dessin de Monnet, représentant l'cchataud de la reine.
I. Sur l'emplacement où était cette statue se trouve actuellement l'obélisque.
prière suprême; elle a une dernière pensée pour la France, dont les maux ne font que commencer, au moment où les siens finissent; pour ses pauvres enfants, pour sa pieuse belle-sœur, qui gémissent dans le donjon du Temple. Elle jette un regard sur les Tuileries, sa première prison, puis elle descend de la charrette, et gravit d'un pas ferme, sans vouloir être soutenue, les marches de la guillotine. Il n'y aura pas besoin des tambours de Santerrepour couvrir la voix de la condamnée; Marie- Antoinette n'a rien à dire. Le mot qui résume sa défense, et qui fera tressaillir tous les peuples, tous les siècles, c'est celui qu'elle a dit devant le tribunal de sang : « J'en appelle à toutes les mères. » Ici, elle ne prononcera plus qu'une phrase, une phrase toute de douceur et de bonté. Elle vient par mégarde de marcher sur le pied de l'exécuteur Samson : « Monsieur, lui dit-elle, je vous demande pardon. » Oui, elle n'est pas seulement douce, elle est courtoise avec la niort, et courtoise avec le bourreau. Ce don de séduction qu'elle a toujours eu comme enfant, comme jeune fille, comme femme, elle le conserve jusque sur la plate-forme de la guillotine, aussi bien que sur le trône; elle subjugue, elle séduit le bourreau!... Et pourtant, à midi un quart, la voilà qui tombe, cette tête auguste, cette tête charmante qui se dressait si gracieuse et si fière sur un cou d'albâtre. La voilà tombée cette tête de reine qui faisait l'admiration de toute l'Europe, la voilà dans le panier de l'exécuteur! Mais autour de
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cette tète coupée resplendira une auréole, que le souffle de la haine et de la calomnie ne parviendra jamais à éteindre.
La foule comprend déjà qu'un attentat plus exécrable que tous les autres forfaits vient de s'accomplir, et un secret remords s'empare même des âmes les plus scélérates. Les cris de vive la république sont rares au moment où le bourreau montre à la foule la tcte de la reine. France malheureuse, tu es comme lady Macbeth. Tous les parfums de TArabie, toutes les eaux de TOcéan, ne suffiraient pas pour effacer la tache de sang qui est sur ta main !
3 14 LA DEUrilÈRE ANNKE DE MARIE-ANTOINETTE.