‹ La dernieère année de Marie AntoinetteChapitre 30 sur 44 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Une grande tristesse plana sur Paris le jour du meurtre de Marie-Antoinette. Bien des gens qui n'aimaient point la reine avaient de la pitié pour la femme. A la Conciergerie, les geôliers et les prisonniers étaient mornes. Ceux qui, derrière la grille de la cour des femmes, apercevaient le cachot de Tauguste captive, et se disaient, chaque matin et chaque soir : elle est là, n'avaient plus cette consolation ; ils regardaient avec mélancolie la lucarne de la prison vide. La pauvre servante Rosalie Lamorlière pleurait tant, que les geôliers la nommaient M"" Capet.

« Lorsque la reine fut sortie de cette affreuse maison, dit-elle dans son récit, le premier huissier du tribunal, accompagné de trois ou quatre personnes du même emploi, vint me demander chez le concierge, et m'ordonna de le suivre jusqu'au cachot. Il me laissa reprendre mon miroir et le carton. Quant aux autres objets qui avaient appar-

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tenu à Sa Majesté, il me commanda de les serrer dans un drap de lit. Ils m'}^ firent ployer jusqu'à une paille qui se trouva là je ne sais comment sur le pavé de la chambre, et ils emportèrent cette misérable dépouille Je la meilleure et de la plus malheureuse princesse qui ait jamais existé. »

Le corps de la reine fut porté au cimetière de la Madeleine, où les restes de son époux avaient été enterrés sous une couche de chaux vive. C'était le même cimetière oui, fatal présage, on avait inhumé, en 1770, les victimes de la catastrophe de la place Louis XV, future place de la Révolution. Au-dessus de la terre où reposait Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France et de Navarre, on ne mil pas une pierre, pas une inscription, pas une croix...

Et ceux qui t'iront voir, ;i ta maison dernicrc, Ne trouvant pas ce nom qui fut aime de nous, Ne sauront pour prier où poser les genoux...

Le soir, un fonctionnaire alors très occupé, le fossoyeur du cimetière de la Madeleine, écrivait, l'ouvrage du jour étant fini, cette mention sur son livre décomptes: « Le 23 vendémiaire. La veuve Capet, pour la bière : (> livres; pour la fosse et les fossoyeurs : 25 livres. » Y a-t-il dans les scènes funèbres du dernier acte d'ifamiet quelque chose d'aussi lugubre que ces deux lignes? « Quand la Providence, a dit Lamartine, veut parler aux hommes avec la rude éloquence des vicissitudes

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royales, elle dit en un signe plus que Sénèque ou Bossuet dans d'éloquents discours, et elle écrit un vil chiflre sur le registre d'un fossoyeur. »

Cependant les journaux révolutionnaires continuaient à insulter la morte, et sa fin si touchante n'avait point calmé leur fureur. Trempant une plume immonde dans le fiel et dans le sang, ils se livraient à des lazzis infâmes, à des plaisanteries de cannibales, dont eût rougi le bourreau, et dont se délectait la férocité de certains de leurs lecteurs. Le Père Duchesne^ notamment, était au comble de rivresse. Il intitulait ainsi son article (n° 299) :

(( La plus grande joie de toutes les joies du Père Duchesne, après avoir vu de ses propres yeux la tête du Veto femelle séparée de son cou de grue. Grand détail sur Tinterrogatoire et le jugement de la louve autrichienne, et sa grande colère contre les deux avocats du diable qui ont osé plaider la cause de cette guenon...

« Les jours se suivent, et ne se ressemblent pas, disait-il encore dans cet article. Quelle différence de ces moments de vengeance à ces temps de badauderie où tous les Français n'avaient pas assez d'^TUX pour admirer leur Dauphine, assez de voix pour chanter ses louanges! Elle ne pouvait faire un pas sans être suivie d'une foule immense qui faisait retentir l'air de cris de joie; paraissait-elle au spectacle, on oubliait musique, danse, tout enfin, pour l'applaudir et ne s'occuper que d'elle. Le pauvre sans-culotte qui suait sang et eau d'un soleil

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