EPILOGUE
à Tautre pour payer toutes ces mangeries, ne songeait plus à la taille, à la corvée, à la gabelle, à la chasse, aux procureurs, aux avocats, à toutes les v-ermines qui le rongeaient tout vivant, quand il voyait ce monstre, qu'il regardait comme une divinité, traverser le champ arrosé de ses larmes. Qui l'aurait jamais dit que Tobjet de tant d'amourferait une si mauvaise fin ! »
Le journal Roiis^r/fou le Franc en vedette {Romgyfï était Tanagramme du nom de son rédacteur, le conventionnel Guffroy) exprimait le regret qu'il y eut eu du monde dans les rues, le jour de Texécution. « Quel spectacle imposant, disait-il, eût été celui de voir passer cette femme avec deux gendarmes et l'exécuteur de la volonté du peuple! Cet isolement eût prouvé à mes yeux que la France était bien régénérée. C'eût été une chose intéressante à voir que le spectacle d'une reine conduite au supplice au milieu de la satisfaction silencieuse d'un grand peuple ! Et Ton en aurait joui sans la sotte pétulance, sans l'imbécile consigne donnée par je ne sais quel plat despote d'empêcher les hommes d'être à leurs croisées avec leurs femmes et leurs enfants. Cette sottise prolongée a tout troublé; la majesté du peuple a été éclipsée par ce bruit bête et insolent : à bas! à bas! il y avait même de ces machines à consigne qui obligeaient les citoyens à oter leur chapeau. Cette tigresse n'est plus, mais gare les tyranneaux! »
Le Moniteur^ qui donnait les détails de l'exécu-
3l8 LA DERNIÈRE ANNEE DE MARIE-ANTOINETTE.
tion dans son numéro du 27 octobre, voulait bien reconnaître que Marie-Antoinette, « en entendant prononcer son jugement, n'avait laissé paraître aucune marque d'altération, et qu'elle était montée sur réchafaud avec assez de courage. » Prudhomme écrivait dans son journal, les Révolutions de Paris : <' Du moins le peuple français aura donné une grande leçon, un grand exemple de justice qui tôt ou tard aura des imitateurs dans les nations voisines; le beau jour que celui où tous les despotes des deux sexes laisseront, comme Capet et sa veuve, leur tête sur l'échafaud ! » Prudhomme, dans le même article, avouait, comme malgré lui, que la victime avait inspiré même à la populace une sorte de pitié : >» Le peuple, disait-il, la vit passer assez paisiblement. Il 3^ eut des battements de mains à certains endroits ; mais, en général, on parut un moment oublier tous les maux causés à la France par cette femme, pour ne penser qu'à sa situation actuelle. »
On avait fait circuler dans le public, pendant et après l'exécution, cette chanson odieuse sur Tairde la Marseillaise :
Rends au néant l'âme avilie Qui te guida dans les forfaits; Le trépas et l'ignominie Sont le prix de tes noirs projets; Que de nos frères, tes victimes, Le sang soit vengé par ton sang.