‹ La dernieère année de Marie AntoinetteChapitre 36 sur 44 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

très d'enfer! Non, sans la vengeance mon cœur ne sera jamais content. «

Fersen tomba dans le désespoir le plus profond, et, à partir de ce jour, un voile de mélancolie et de tristesse éternelles s'étendit sur son existence.

En vain Ton essaya de cacher à la duchesse de Polignac les tortures de son auguste bienfaitrice. Ses amis voulurent lui cacher aussi la catastrophe finale. Elle la devina, en voyant la ville de Vienne en deuil et les archiduchesses en pleurs. Alors, pieuse jusqu'à l'exaltation, elle n'eut plus qu'une pensée : rejoindre dans un monde meilleur la reine martyre. Elle ne survécut pas longtemps à sa souveraine, à son amie, et, le 9 décembre lygS, cinquante-quatre jours après la mort de sa chère Marie-Antoinette, elle rendit le dernier soupir. Le chagrin l'avait tuée.

On n'informa ni M"" Elisabeth ni M™" Royale de la mort de la reine. Al'"" Elisabeth n'en connut la nouvelle qu'indirectement, par hasard, le 10 mai 1704, au moment où elle montait elle-même à l'échafaud. Comme ses compagnons et ses compagnes de supplice la saluaient respectueusement, elle entendit un homme du peuple qui s'écriait : « On a beau lui faire des salamalecs, la voilà maintenant comme l'Autrichienne. » La pieuse princesse, qui n'avait jusque-là que de vagues soupçons sur le meurtre de sa belle-sœur, apprit ainsi que la reine avait cessé de souffrir, et qu'ellemême allait la retrouver au sein de Dieu.

Quant à la jeune M"^ Royale, elle ne connut d'une manière précise la mort de sa mère et celle de sa tante qu'au mois de décembre 1796, au moment où, après plus de trois ans de captivité, elle allait sortir du donjon du Temple. C'est là qu'elle avait écrit : « Nous ignorions, ma tante et moi, la mort de ma mère, quoique nous eussions entendu crier sa condamnation par un colporteur. L'espérance, si naturelle aux malheureux, nous fit penser qu'on l'avait sauvée ; nous nous refusions à croire à un abandon général. Au reste, je ne sais pas encore comment les choses se sont passées au dehors, ni si moi-même je sortirai jamais de cette prison, quoiqu'on m'en donne l'espérance. »

Sous le premier Empire, bien que le crime du 10 octobre fut encore tout récent, on s'occupa moins de Marie-Antoinette qu'on ne s'en est occupé dans ces dernières années. En histoire, l'éloignement, au lieu de diminuer les choses, les agrandit. Les anciens courtisans de la reine étaient devenus ceux d'une autre archiduchesse d'Autriche, de l'impératrice Marie-Louise. Les peuples sont comme les individus : tout entiers au présent, ils ne songent ni au passé ni à l'avenir.

Quand, le 2 avril i (S 10, la nouvelle femme du géant des batailles fit son entrée solennelle cà Paris, en passant par les Champs-Elysées et par la place de la Concorde, bien des gens oubliaient que son cortège triomphal traversait l'endroit même où avait été dressé, seize ans et demi auparavant.

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