ÉPILOGUE
l'échafaud de son infortunée parente. Les renommées de pierre au pied desquelles se groupaient, sur les deux terrasses, les spectateurs de la catastrophe du 16 octobre, paraissaient maintenant célébrer les gloires du 2 avril. « Elles semblaient prêtes, disait le Moniteur^ à s'élancer pour porter au loin les nouvelles de ce grand jour. »
Les souv^cnirsde 1793 importunaient Napoléon, et la tour du Temple l'offusquait. Ce monument funeste, qui se dressait comme un fantôme audessus de sa capitale, avait à ses yeux quelque chose de sinistre et de menaçant. Il résolut de l'abattre. « A son avènement au Consulat, a dit M. de Beauchesne, l'éloquent historien de Louis XVII, il avait empêché l'aliénation de la maison du Temple, et n'avait point voulu qu'elle devînt une propriété privée; mais, l'œil ouvert sur le passé et sur l'avenir, l'empereur repoussait les souvenirs qui humiliaient l'ancienne souveraineté, et il évitait ceux qui gênaient la nouvelle. Cette tour du Temple, témoin de la tyrannie populaire la plus atroce et de l'agonie royale la plus touchante, l'inquiétait doublement. Comment laisser sous l'œil du peuple une prison où le peuple avait tenu un roi captif? Comment oll'rir aux émotions publiques un monument qui ravivait la pensée de la dvnastie ancienne? Il fut donc décidé que pas une pierre ne resterait debout de cette sainte tour, pas une de ces pierres qui avaient gardé une voix pour se plaindre : lapides damabuiil. n
Les travaux de démolition, commencés vers la fin de 1808, ne furent terminés qu'en 1811. La tour du Temple a été rasée du sol, et cependant rédifice sombre est encore debout dans Timagination des peuples. On ne détruit pas Thistoire à coups de pioche.
Rendons, du reste, à Napoléon cette justice, qu'il respectait la mémoire de Marie- Antoinette, et que le crime du 16 octobre lui faisait horreur. « Il y a, dit-il un jour, une grande différence entre la mort de la reine et celle de Louis XVI, quoique certes il ne méritât point son malheur. Telle est la condition des rois, leur vie appartient à tout le monde; il n'y a qu'eux seuls qui ne peuvent pas en disposer; un assassinat, une conspiration, un coup de canon, ce sont là leurs chances. César et Henri IV ont été assassinés, l'Alexandre des Grecs l'eût été s'il eût vécu plus longtemps. Mais une femme qui n'avait que des honneurs sans pouvoirs, une princesse étrangère, le plus sacré des otages, la traîner du trône à l'échafaud, à travers tous les genres d'outrages, il y a là quelque chose de pire encore que le régicide *. »
En réveillant tous les souvenirs de l'ancienne royauté, la Restauration rappela l'attention générale sur la mémoire de la reine martyre, et la source des larmes se rouvrit.
\. Mémoires d'un ministre du trésor public (le comte Mollicnî.