ÉPILOGUE
Un fidèle royaliste, M. Desclozeaux, avait acheté le cimetière de la Madeleine, afin de pouvoir y conserver les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qu'aucun signe extérieur ne faisait distinguer. Point de croix, point de pierres tumulaires. Ce cimetière n'en était plus un, c'était un simple jardin, le jardin de la maison que M. Desclozeaux occupait rue d'Anjou-Saint-Honoré, n° 48. Ce fut là que, le 18 janvier iSi5, M. Dambray, chancelier de France, présida à des recherches qui durèrent deux jours.
Dans la première journée, après avoir remué un espace de terre de dix pieds de long sur six de large et cinq de profondeur, on découvrit la bière de Marie-Antoinette; on y trouva des ossements, la tête entière, quelques débris de vêtements, et notamment deux jarretières qui furent portées à Louis XVIII, avec deux débris du cercueil. La tombée du jour fit remettre le funèbre travail au lendemain. Pendant la nuit, des ecclésiastiques de la chapelle du roi récitèrent des prières autour des ossements de la reine martyre.
Le 19, on trouva les restes de Louis XVL Le 20, on les mit dans un cercueil de plomb, sur le couvercle duquel on posa une plaque de vermeil, avec cette inscription : « Ici est le corps de très haut, très puissant et très excellent prince Louis, seizième du nom, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre. »
Quel contraste entre cette appellation fastueuse
33o LA DERNIÈRE ANNÉE DE MARIE-ANTOINETTE.
de très puissant prince et le supplice de la victime du 2 1 janvier 1793 !
Dans un autre cercueil de plomb, l'on plaça les restes de la reine, avec cette inscription : « Ici est le corps de très haute, très puissante et très excellente princesse Marie-Antoinette-Josèphe-Jeanne de Lorraine, archiduchesse d'Autriche, épouse de très haut, très puissant et très excellent prince Louis, seizième du nom, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, »
Les deux cercueils furent ensuite recouverts d'un drap mortuaire, en attendant leur translation à Saint-Denis, qui devait avoir lieu le lendemain.
En même temps, Louis XVI 11 ordonnait que désormais, le 21 janvier de chaque année, un service pour le repos de Tâme de Louis XVI serait célébré dans toutes les églises du royaume, et que, ce jour-là, les tribunaux vaqueraient, les théâtres seraient fermés, la cour prendrait le deuil, ainsi que les autorités civiles et millitaires.
Le 21 janvier 181 5, tous les régiments de la garnison de Paris, sous les armes, à sept heures du matin, venaient faire la haie depuis la rue d'Anjou-Saint-Honoré jusqu'à la barrière Saint-Denis. Monsieur, frère du roi, partait des Tuileries avec ses deux fils, les ducs de Berry et d'Angouléme, se rendait rue d'Anjou, dans la maison de M. Dcscloseaux, et posait la première pierre de la chapelle expiatoire, qjui ne devait être terminée q[ue onze aqs plus tî^rcl.