ÉPILOGUE
Les cercueils de Louis XVI et de Marie- Antoinette furent portés sur un char funèbre par douze gardes de la xManche de la compagnie écossaise des gardes du corps du roi. Le cortège, où apparaissaient les princes, les grands dignitaires de rÉtat, les hérauts d'armes à cheval, les carrosses royaux, la maison du roi, avec ses uniformes si chers aux fidèles de la monarchie; les troupes ayant le crêpe au bras, les tambours et les instruments couverts de serge noire, les drapeaux également voilés ; la garde nationale et la population partout émues et recueillies, sur le long parcours du cortège ; l'arrivée sous les voûtes de cette vieille basilique de Saint-Denis, où, en 1793, l'ombre de Louis XIV, malgré son arrière-garde de huit siècles de rois, n'avait pu préserver les augustes tombeaux d'une profanation sacrilège ; le catafalque, les cierges, les chants d'église, les salves d'artillerie, la messe, l'oraison funèbre prononcée par i'évèque de Troyes, la présence du frère de Louis XVI, des ducs de Berry et d'Angouléme, neveux du roi martyr, du prince de Condé, de la duchesse de Bourbon, du duc et de la duchesse d'Orléans; les demoiselles de la Légion d'honneur placées dans la croisée du chœur près de l'autel ; les larmes versées par l'assistance au moment de l'inhumation des saintes victimes, tout contribuait, dans cette cérémonie expiatoire, à frapper les imaginations et à toucher les cœurs.
Les dames que Louis XVIII avait désignées pour
assister aux obsèques étaient d'anciennes amies de la reine ; c'étaient la marquise de Tourzel, gouvernante des enfants de France-, la duchesse du Duras, la duchesse de Luynes, la marquise de la Roche- Aymon, qui avaient été toutes trois dames du palais de Marie-Antoinette.
Le 19 Janvier, M. de Chateaubriand avait écrit dans les Débats :
« Se représente-t-on bien les trois princes tombant à genoux avec le clergé, la religion entonnant son hymne de paix et de gloire, les reliques du martyr protégeant désormais notre patrie, et attirant par leur intercession la bénédiction du ciel sur tous les Français... Les passions humaines ne doivent point troubler le calme et la majesté de cette cérémonie. Tout ce qui accuse en sera banni; on n'y verra que ce qui console. Le père de famille, en retrouvant son tombeau, veut que ses enfants ensevelissent dans ce tombeau leurs dissensions et leurs inimitiés. »
M. Desclozeaux fut récompensé d'avoir pieusement conservé les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Il reçut de Louis XVIII le cordon de Saint-Michel, ainsi qu'une pension" réversible sur ses filles, et quand, l'année suivante, mourut ce respectable vieillard, on grava ce quatrain sur sa tombe :
De la cendre des rois pieux de'posi taire, Le ciel daigna bénir ses soins religieux. II a revu Louis au trône héréditaire, Et, comme Siméon, il a fermé les yeux.