ÉPILOGUE
Les travaux de démolition, commencés vers la fin de 1808, ne furent terminés qu'en 1811. La tour du Temple a été rasée du sol, et cependant l'édifice sombre est encore debout dans l'imagination des peuples. On ne détruit pas l'histoire à coups de pioche Rendons du reste, à Napoléon, cette justice qu'il respectait la mémoire de Marie- Antoinette, et que le crime du 16 octobre lui faisait horreur. « Il y a dit-il un jour, une grande différence entre la mort 'de la reme et celle de Louis XVI, quoique certes il ne méritât pomt son malheur. Telle est la condition des rois leur vie appartient à tout le monde ; il n'y a qu'eux seuls qui ne peuvent pas en disposer ; un assassinat, une conspiration, un coup de canon, ce sont là leurs chances. César et Henri IV ont été assassinés, 1 Alexandre des Grecs l'eût été s'il eût vécu plus Iontemps. Mais une femme qui n'avait que des honneurs sans pouvoirs, une princesse étrangère, le plus sacré des otages, la traîner du trône à l'échafaud, à travers tous les genres d'outrages, il y a là quelque chose de pire encore que le régicide (1). »
En réveillant tous les souvenirs de l'ancienne royauté, la Restauration rappela l'attention générale sur la mémoire de la reine martyre, et la source des larmes se rouvrit.
Un fidèle royaliste, M. Desclozeaux, avait acheté le cimetière de la Madeleine, afin de pouvoir y conserver les restes de Louis XVI et de Marie- Antoinette, qu'aucun signe extérieur ne faisait distinguer. Point de croix, point de pierres tumulaires. Ce cimetière n'en était plus un, c'était un simple jardin, le jardin de la
(1) Mémoires d'un ministre du trésor public (le comte Mollien).
maison que M. Desclozeaux occupait rue d'Anjou- Saint- Honoré, no 48. Ce fut là que, le 18 janvier 1815, M. Dambray, chancelier de France, présida à des recherches qui durèrent deux jours.
Dans la première journée, après avoir remué un espace de terre de dix pieds de long sur six de large et cinq de profondeur, on découvrit la bière de Marie- Antoinette ; on y trouva des ossements, la tête entière, quelques débris de vêtements, et notamment deux jarretières qui furent portées à Louis XVIII, avec deux débris du cercueil. La tombée du jour fit remettre le funèbre travail au lendemain. Pendant la nuit, des ecclésiastiques de la chapelle du roi récitèrent des prières autour des ossements de la reine martyre.
Le 19, on trouva les restes de Louis XVI. Le 20, on les mit dans un cercueil de plomb, sur le couvercle duquel on posa une plaque de vermeil, avec cette inscription : « Ici est le corps de très haut, très puissant et très excellent prince Louis seizième du nom, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ».
Quel contraste entre cette appellation fastueuse de très puissant prince et le supplice de la victime du 21 janvier 1793 !
Dans un autre cercueil de plomb, l'on plaça les restes de la reine, avec cette inscription : « Ici est le corps de très haute, très puissante et très excellente princesse Marie-Antoinette-Josèphe-Jeanne de Lorraine, archiduchesse d'Autriche, épouse de très haut, très puissant et très excellent prince Louis, seizième du nom, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ».
Les deux cercueils furent ensuite recouverts d'un