‹ La dernière année de Marie-AntoinetteChapitre 19 sur 23 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

drap mortuaire, en attendant leur translation à Saint- Denis, qui devait avoir lieu le lendemain. J :^

En même temps, Louis XVIII ordonnait que désormais, le 21 janvier de chaque année, un service pour le repos de l'âme de Louis XVI serait célébré dans toutes les églises du royaume, et que, ce jour-là, les tribunaux vaqueraient, les théâtres seraient fermés, la Cour prendrait le deuil, ainsi que les autorités civiles et militaires.

Le 21 janvier 1815, tous les régiments de la garnison de Paris, sous les armes, à sept heures du matin, venaient faire la haie depuis la rue d'Anjou-Saint- Honoré jusqu'à la barrière Saint-Denis. Monsieur, frère du roi, partait des Tuileries avec ses deux fils, les ducs de Berry et d'Angoulême, se rendait rue d'Anjou, dans la maison de M. Desclozeaux, et posait la première pierre de la chapelle expiatoire, qui ne devait être terminée que onze ans plus tard.

Les cercueils de Louis XVI et de Marie- Antoinette furent portés sur un char funèbre par douze gardes de la Manche de la compagnie écossaise des gardes du corps du roi. Le cortège, où apparaissaient les princes, les grands dignitaires de l'État, les hérauts d'armes à cheval, les carrosses royaux, la maison du roi, avec ses uniformes si chers aux fidèles de la monarchie ; les troupes ayant le crêpe au bras, les tambours et les instruments couverts de serge noir, les drapeaux également voilés ; la garde nationale et la population partout émues et recueillies, sur le long parcours du cortège ; l'arrivée sous les voûtes de cette vieille basilique de Saint-Denis, où, en 1793, l'ombre de Louis XIV, malgré son arrière- garde de huit siècles de rois, n'avait pu préserver les augustes tombeaux d'une profanation

sacrilège ; le catafalque, les cierges, les chants d'église, les salves d'artillerie, la messe, l'oraison funèbre prononcée par l'évêque de Troyes, la présence du frère de Louis XVI, des ducs de Berry et d'Angoulême, neveux du roi martyr, du prince de Condé, de la duchesse de Bourbon, du duc et de la duchesse d'Orléans ; les demoiselles de la Légion d'honneur placées dans la croisée du chœur près de l'autel ; les larmes versées par l'assistance au moment de l'inhumation des saintes victimes, tout contribuait, dans cette cérémonie expiatoire, à frapper les imaginations et à toucher les cœurs.

Les dames que Louis XVIII avait désignées pour assister aux obsèques étaient d'anciennes amies de la reine ; c'étaient la marquise de Tourzel, gouvernante des enfants de Franoe ; la duchesse de Duras, la duchesse de Luynes, la marquise de la Roche- Aymon, qui avaient été toutes trois dames du palais de Marie- Antoinette.

Le 19 janvier, M. de Chateaubriand avait écrit dans les Débats :

« Se représente-t-on bien les trois princes tombant à genoux avec le clergé, la rehgion entonnant son hymne de paix et de gloire, les reliques du martyr protégeant désormais notre patrie, et attirant par leur intercession la bénédiction du ciel sur tous les Français... Les passions humaines ne doivent point troubler le calme et la majesté de cette cérémonie. Tout ce qui accuse en sera banni ; on n'y verra que ce qui console. Le père de famille, en retrouvant son tombeau, veut que ses enfants ensevelissent dans ce tombeau leurs dissensions et leurs inimitiés ».

M. Desclozeaux fut récompensé d'avoir pieusemeni'

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