‹ La dernière année de Marie-AntoinetteChapitre 20 sur 23 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

conservé les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Il reçut de Louis XVIII le cordon de Saint- Michel, ainsi qu'une pension réversible sur ses filles, et quand, l'année suivante, mourut ce respectable vieillard, on grava ce quatrain sur sa tombe :

De la cendre des rois pieux dépositaire, Le ciel daigna bénir ses soins religieux. Il a revu Louis au trône héréditaire, Et, comme Siraéon, il a fermé les yeux.

En 1816, on découvrit un document, jusqu'alors inconnu, et maintenant immortel : la lettre adressée par Marie- Antoinette à Madame Elisabeth, le matin du 16 octobre 1793.

Fouquier-Tinville, à qui le concierge Bault avait remis cette lettre, s'était, comme nous l'avons dit, abstenu de l'envoyer à sa destination ; il l'avait confisquée. Quand, après le 9 thermidor, il fut luimême mis en jugement, la Convention chargea trois de ses membres de procéder à la vérification des papiers de l'ancien accusateur public, devenu à son tour accusé. La lettre de la reine fut jointe à la liasse du procès et revêtue de la signature de Fouquier-Tinville ainsi que de ceUe des trois députés délégués de la Convention. Elle passa ensuite entre les mains du conventionnel Courtois, qui avait mission d'examiner les papiers trouvés chez Robespierre. Personne n'avait parlé de la lettre de Marie- Antoinette et aucun des membres de la famille royale n'en avait idée, quand Louis XVIII, instruit de l'existence d'un document si précieux, le fit prendre chez M. Courtois.

Le 22 février 1816, le duc de Richelieu, président

du conseil et le comte Descazes, ministre de la police, en donnèrent lecture, l'un à la Chambre des pairs, l'autre à la Chambre des députés.

« Le roi, dit le duc de Richelieu, a voulu que la Chambre des pairs partageât la première avec lui les sentiments que fait naître un tel écrit, conservé comme par miracle au milieu de tant de destructions. Pour le multiplier et le rendre, en quelque sorte, présent à tous les yeux, il en a été gravé un fac-similO, dont il sera distribué un exemplaire à chacun des pairs et des députés. »

Le comte Decazes dit à l'autre Chambre : « Cette lettre est reconnaissable par l'empreinte de l'écriture de la reine, dont les caractères ne sont nulle part tracés d'une main plus ferme et plus sûre, comme pour montrer le calme de son âme en cet affreux moment. Elle n'est pas signée, mais l'authenticité en est garantie par un témoignage qui inspire l'horreur... Le testament de la victime est signé de ses bourreaux. Ce testament respire la tendresse d'une mère, d'une épouse, d'une sœur et d'une amie, la dignité d'une reine, la fermeté d'un sage ; il est digne d'être entendu à côté de ce testament auguste et saint, qui mérita d'être lu dans la chaire de vérité, après la parole de Dieu. »

Quand le ministre eut fini la lecture de la lettre si pathétique et si touchante, des larmes étaient dans tous les yeux ; l'assemblée tout entière se leva aux cris de : Vive le roi !

Les deux Chambres envoyèrent au souverain une députation pour le remercier de la communication qu'il leur avait faite, et pour présenter leurs hommages à Sa Majesté et à M^^ la duchesse d'Angoulême. Le chancelier de France, président de la Chambre des

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