‹ La dernière année de Marie-AntoinetteChapitre 21 sur 23 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

pairs et M. Laine, président de la Chambre des députés, portèrent la parole. Le roi répondit à M. Laine : « Je suis sensible aux sentiments que m'exprime la Chambre des députés à l'occasion de la communication que je lui ai faite. Aucun événement ne m'a plus profondément touché que cette découverte. J'en rends grâce à la Providence, qui a voulu révéler les vertus de celle dont je fus le sujet, le frère et, j'ose le dire, l'ami. Je suis sûr que chacun de vous conservera avec soin le présent que je lui fais et le transmettra à ses neveux qui, comme nous, rendront justice à celle à qui elle fut rendue si peu de son vivant ».

En prononçant ces dernières paroles, la voix de Louis XVIII était sensiblement altérée.

La députation se rendit ensuite chez M^^ la duchesse d'Angoulême, qui la reçut, quoiqu'il fût fort tard. « Madame, dit le président Laine, le roi vient de nous permettre d'exprimer à Votre Altesse Royale les sentiments qu'a fait naître la lettre de votre auguste mère. Ces nobles caractères ont réveillé en nous la vive douleur que le temps a fait tah'e sans l'affaiblir. Mais cette douleur se tempère à la vue de Votre Altesse Royale. Nous disons que Marie-Antoinette revit en Marie-Thérèse ; ce sont les mêmes vertus, c'est le même courage et, en voyant briller en vous. Madame, les sentiments religieux de deux princesses, les cœurs apaisés se rouvrent à l'espérance et aux consolations. »

L'orpheline du Temple répondit : « Je suis \'ivement touchée de votre démarche. Les souvenirs que me rappelle la lettre miraculeusement conservée et écrite par une main si chère, me causent une émotion trop grande pour me permettre de répondre comme je le voudrais à votre empressement ».

BBaNlÈBE ANNÉE DE MABIE-ANTOINETTE. — 19

Le lendemain, dans la séance du 23 février, le président de la Chambre des députés lui rendit compte de l'accueil que sa députation avait reçu du roi et de la duchesse d'Angoulême. M. de Marcellus prit ensuite la parole. « 0 France, ô ma patrie, s'écria-t-il, apprends et vois combien il est amer et douloureux pour tes enfants d'avoir abandonné leur Dieu et leur roi ! Ah ! si tu avais toujours marché dans la voie que t'avaient tracée les pieux législateurs qui ont fondé de siècle en siècle le royaume très chrétien, le bonheur et ia paix auraient toujours présidé à tes destinées. Reviens, reviens à cette religion divine qui, non contente de faire le bonheur des hommes dans une autre vie, les rend heureux dès celle-ci, en établissant sur des bases fixes et inébrsinlables les constitutions de l'ordre social... 0 France, ô ma chère patrie, nous verrons encore luire pour toi de beaux jours, si nous parvenons à l'honneur, à la foi. »

Il restait à la Restauration un devoir à remplir, c'était de sanctifier le cachot que Marie- Antoinette avait occupé à la Conciergerie. Louis XVIII composa lui-même une inscription latine, dont voici la traduction : « Ici, Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne, princesse d'Autriche, veuve de Louis XVI, après avoir vu son époux égorgé, ses enfants enlevés ; jetée dans un cachot, accablée pendant soixante et seize jo^irs de douleur, de deuil et de misère, mais forte de sa vertu, Be montra dans les fers, comme sur le trône, toujours au-dessus de la fortune. Condamnée au supplice par les plus criminels des hommes, en présence de la mort, elle laissa dans ce lieu un témoignage éternel de piété, de courage et de toutes les vertus, le 16 octobre 1793.

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