‹ La dernière année de Marie-AntoinetteChapitre 22 sur 23 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le trône étant enfin rétabli, cette prison, changée en sanctuaire, fut consacrée, l'an de Notre- Seigneur 1816, la vingt-deuxième année du règne de Louis XVIII, par les soins du préfet et des magistrats municipaux, le comte Decazes étant ministre de la police générale. Qui que vous soyez, admirez et priez ».

Telle est l'inscription dont on voit encore le texte latin, gravé sur la plaque de marbra noir qui est placée sur le mur de gauche, à côté de la croisée, dans le cachot de la reine.

Le 16 octobre 1816, on fit dans ce cachot une cérémonie expiatoire, peut-être plus touchante encore que celle qui avait eu lieu, le 21 janvier de l'année précédente, dans la basilique de Saint-Denis. Dès le matin, on sonna les cloches de toutes les paroisses. La façade extérieure de la Conciergerie et les corridors qui conduisent au cachot de la reine étaient couverts de draperies noires et des lampes funéraires brûlaient de distance en distance. Des maîtres de cérémonie guidaient au milieu des lugubres détours les personnes admises à la consécration du monument. Tout à côté du cachot de Marie- Antoinette, la salle des Girondins, devenue la chapelle de la Conciergerie, était également drapée de noir, et l'on y voyait sur de larges écussons les armes de France et de Navarre. Dans cette chapelle, d'où l'on aperçoit le cachot de la reine, la messe fut célébrée par l'abbé Montés, aumônier de la prison. Pendant le service divin, une dame en longs habits de deuil quêta pour les détenus de la Conciergerie. Après la messe, les assistants furent admis à visiter le cachot de l'auguste martyre. L'émotion était à son comble. On entendait des personnes attendries murmurer à voix basse : « C'était là 1 »

« Tels étaient, a dit le Moniteur, les mots presque seuls qui se répétaient d'abord de bouche en bouche, et que des larmes accompagnaient dans tous les yeux. Nous épargnerons au lecteur la douloureuse impression qui naîtrait des questions qui se succédaient, les détails mutuellement demandés et transmis sur la disposition du lieu où une reine de France avait langui prisonnière et où la piété et la fidélité réunies viendront souvent apporter l'hommage d'un éternel regret. »

Le temps a passé et la douleur causée par le supplice de la reine martyre est aussi vive qu'au lendemain de ce supplice. Son exécuteur fut, après le meurtre, pénétré d'une tristesse incurable et fonda une série de messes pour le repos de l'âme de la victime par lui décapitée. La postérité n'a pas été plus cruelle que le bourreau. Comme lui, elle a été prise d'un attendrissement invincible. Au Louvre, quand la foule visitait ce beau musée des souverains, maintenant dispersé, elle était plus émue à la vue d'un soulier ayant appartenu à Marie- Antoinette que devant l'épée de Napoléon ou celle de Charlemagne.

Le 3 novembre 1857, M. de Marnas prononçant le discours de rentrée de la Cour de cassation, dans l'endroit même où avait siégé le tribunal révolutionnaire, fit un éloge magnifique de la souveraine qui avait si majestueusement comparu devant ce tribunal de sang. « Puissent mes paroles, s'écria-t-il, prononcées dans le lieu même où la reine fut abreuvée de calomnies et d'humiliations s'élever jusqu'à cette saint<. et grande mémoire, et arracher de ces murailles les dernières empreintes du forfait qui les souilla ! »

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