‹ La dernière année de Marie-AntoinetteChapitre 3 sur 23 · INTRODUCTIO^' O · texte numérisé non relu

INTRODUCTIO^' O

je commence pourrait s'appeler : journal d'une captive ; j'essaierai de raconter autant que possible, jour par jour, les émotions et les chagrins de la reine, depuis le 21 septembre 1792, jour où la royauté meurt après une cruelle agonie, jusqu'au 16 octobre 1793, jour où la veuve du roi porte sa tête sur l'échafaud. • Quand j'écrivais les Beaux jours de Marie- Antoinette^ à chaque chapitre, l'avenir de la reine jetait une ombre mélancolique sur les temps de splendeur et de prospérité. En retraçant aujourd'hui la Dernière année de Marie- Antoinette ^ je ferai çà et là un retour sur son passé radieux, je rappellerai les heures de délices et de triomphes. Je trouverai sur le calendrier bien des anniversaires dont les contrastes saisissants étreignaient le cœur de la martyre. Les crucifigatur ne me feront pas oublier les anciens hosannah. Je comparerai à l'escabeau de bois le trône ; à la hideuse charrette les carrosses de gala ruisselants d'or, attelés de huit chevaux blancs ; aux gémonies l'apothéose, et je me souviendrai de la pensée de Dante : u 11 n'y a pas de plus grande douleur que de se rappeler les temps heureux dans les jours de misère ».

A une époque troublée comme la nôtre, n'est-il pas salutaire de pénétrer dans les prisons, d'étudier les infortunes célèbres, de demander aux héros et aux héroïnes de l'adversité comment on supporte la captivité et la mort ?

Marie-Antoinette est une femme symbolique. Elle résume dans une seule destinée tous les charmes, tous les prestiges, tous les enchantements, toutes les angoisses, toutes les douleurs, tous les supplices. Elle n'appartient pas seulement à l'Autriche et à la France, ses deux patries, elle appartient à l'humanité. Chaque

ouvrage qu'on écrit sur elle est à la fois un livre d'histoire et un livre de piété. Elle est le type de la veuve, comme sa tille est le type de l'orpheline. Que les veuves lisent et relisent sa vie, les veuves désolées, afin qu'en quelque temps que ce soit, en quelque affliction qu'elles se trouvent, elles placent, comme la veuve de Louis XVI, leur espérance dans le Seigneur ! Que les prisonniers, les prisonnières lisent aussi cette histoire édifiante, afin d'apprendre à porter avec résignation le poids de leurs chaînes ! Le courage chrétien de Marie- Antoinette est un exemple pour les infortunés de tous les temps et de toutes les nations. Les veuves qui pleurent leurs époux, les mères à qui on arrache leurs enfants, les reines qu'on renverse de leurs trônes, les femmes qu'on outrage, qu'on persécute, qu'on supplicie, toutes les affligées qui succombent sous le fardeau de leurs peines, toutes celles qui crient au fond de l'abîme, et qui ne sont pas entendues, toutes celles qui ont faim, qui ont soif, qui gémissent, qui sont brisées par la douleur, écrasées par le désespoir, toutes ont dans la reine martyre un modèle, une consolatrice. J'ai eu le malheur de perdre une sœur, morte au même âge que Marie-Antoinette, après une maladie cruelle, supportée de la manière la plus courageuse. Au milieu de ses souffrances, elle pensait souvent à la reine, afin de s'interdire à elle-même la moindre plainte, le moindre murmure. Elle me disait : « Pourquoi me plaindrais-je ? Qu'est-ce que je souffre en comparaison de ce qu'elle a souffert ? » Et elle me rappelait ce propos de la victime du 16 octobre à un gendarme, le matin même du supplice : « Croyez-vous qu'ils me laisseront arriver jusqu'à l'échafaud sans m'avoir mise en pièces ? » Marie- Antoinette inspire aux ma-

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