INTRODUCTION
lades et aux malheureux des pensées de résignation et d'héroïsme ; sa vie mérite d'être lue comme le martyrologe, et l'on médite sur son calvaire, comme sur celui du divin Maître.
C'est le grand évoque, le successeur des Pères de l'Église, Mgr Dupanloup, qui s'est écrié, en parlant du roi et de la reine martyrs : « Pour moi, et je ne saurais rien dire de plus, cette histoire est ce que je connais des choses humaines qui m'a fait le plus comprendre la Passion de Notre-Seigneur ou, du moins, m'a le plus éclairé sur cette Passion, et la Passion de Notre-Seigneur seule m'a fait pénétrer cette histoire... Le crucifix seul explique tout ceci, et ceci m'aide à comprendre le crucifix. La voie parcourue par ces êtres, si singuliers dans leur innocence et si étrangement dévoués, si mystérieusement choisis pour l'holocauste, cette voie est telle, qu'on ne se lasse pas de la parcourir, après eux ; on interroge chaque lieu, chaque heure, chaque pas, on s'arrête, on frémit, on se surprend des sanglots ».
Si Marie- Antoinette n'avait connu que la prospérité, elle n'aurait laissé dans les annales des siècles qu'une trace insignifiante ; l'indifférente postérité ne se serait pas attendrie, en prononçant son nom. Ses ennemis, en la persécutant, ont fait sur terre sa gloire et au ciel son salut. En l'outrageant, ils l'ont exaltée ; en la tuant, ils lui ont donné la vie éternelle. Leurs fureurs, leurs calomnies, leurs invectives, leurs pamphlets, se sont retournés contre eux-mêmes. Leur haine féroce a eu pour résultat de mettre au pilori non la victime, mais les bourreaux. La sentence qu'ils ont prononcée a été leur propre déshonneur. Ils sont tombés d'une manière misérable dans les pièges odieux et
sanglants qu'ils avaient dressés. Les véritables condamnés du tribunal révolutionnaire sont les juges.
Aujourd'hui Marie-Antoinette est plus qu'une figure historique, c'est déjà une figure légendaire. Sa mémoire a des chevaliers, des dévots, des fidèles. Un jour, j'avais l'honneur de servir de cicérone à M^^ la grandeduchesse Constantin de Russie dans les appartements du château de Versailles. Arrivée à la chambre de Marie- Antoinette, Son Altesse Impériale était profondément émue.
a J'ai fait cueillir, me dit-elle, des lis dans le jardin de la villa de Nice où est mort mon neveu, le grand-duc héritier, et je les ai déposés à la chapelle expiatoire, au pied de la statue de la reine. » Y a-t-il une sainte qui ait une chapelle plus émouvante que ce petit temple consacré au Dieu de consolation et de miséricorde ? J'ai vu, aux messes du 16 octobre, qui se disent dans la crypte, des femmes dont les larmes tombaient sur leurs livres de prières. Sans doute elles trouvaient dans les douleurs de Marie- Antoinette un symbole de leurs propres douleurs, et je ne sais quel lien mystique, quelle secrète communication d'outre- tombe unissait ces vivantes à l'auguste morte. De pareilles larmes m'ont beaucoup frappé. Elles m'ont fait comprendre que le souvenir de la reine, loin d'être un souvenir banal, comme l'histoire nous en offre tant, était quelque chose de tout à fait spécial, de tout à fait exceptionnel, que la politique n'en formait que l'accessoire, et que le fond même en résidait dans deux puissances immortelles, la pitié et la piété. C'est que la noble victime a incarné, pour ainsi dire, dans une seule femme, les angoisses de toutes les reines, de toutes les veuves, de toutes les mères. Quand Jésus sortit du prétoire,