‹ La dernière batailleChapitre 19 sur 49 · GOUVERNEUR GÉNÉRAL A MARINE, PARIS · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR GÉNÉRAL A MARINE, PARIS

Fermiers refusent obtempérer à mes ordres, disant retrait concession du jeu des Trente-six-Bétes les ruine, attendu qu'ils ont dû payer une forte somme au roi et à M. Constans.

Ils demandent un délai ou le remboursement des sommes versées par eux.

Signé : Richaud.

l'histoire a la campagne 59

Le marquis de Mores, dont nul ne suspectera laparole, adressait, le 17juillet 1889, la lettre suivante au directeur du Matin,

Monsieur le Directeur,

En qualité d'ami de M. Richaud, je viens répondre à votre article du 14 juillet, intituié : Ambition sans frein.

Gomme vous le savez, j'arrive du Tonkin où j'ai été m'occuper de colonisation; j'y ai rencontré M. Richaud, j'ai appris à Testimer, j'étais son ami, je suis l'ami de sa veuve 6t de ses enfants.

Vous avez eu le grand courape d'entreprendre la défense de M. Gonstans, je prends la parole à la place de M. Richaud.

J'ai vu au Tonkin les résultats de l'administration de M. Gonstans, et à mon avis aucun administrateur honnête et intelligent ne pouvait prendre la responsabilité de sa succession. Pour ma part, j'accuse M. Gonstans, gouverneur général de llndo-Ghine, d'avoir :

I. Fait perdre à l'Etat 440,000 francs dans l'affaire des cercles chinois, les documents officiels ci-joints vous montreront dans quelles circonstances.

t< La brutalité de certains faits, disait Richaud, rend leur justification impossible. » Je le répète avec lui.

n. D'avoir, comme gouverneur général de Tlndo-Chine, falsifié les rapports militaires et sciem ment trompé le gouvernement.

Je suis revenu par la Ghine, la réputation laissée par M. Gonstans, mini stre de France, m'a fait rougir en ma qualité de Français, d' avoir été représenté par un tel homme, et j'accuse M. Gonstans, ministre de France en Chine, d'avoir :

I. Gompromis très gravement les intérêts de la France dans le traité avec la Chine, dans le règlement des questions

concernant le commerce du sel, l'enclave de Paklung, la délimitation des frontières.

II. D'avoir déshonoré ses fonctions de représentant de la France en Ghine, par son brocantage.

Ges accusations, et d'autres encore, je suis prêt à les for-

muler, soit en Cour d'assises, soit devant la barre du peuple, et je suis prêt à défendre mes amis sur tous les terrains.

Recevez, monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

Mores.

. Richaud revenait les mains pleines de preuves. Il était parti en excellente santé ; il n'y eut aucun cas de choléra sur le vaisseau qui le ramenait en France ; il n'en mourut pas moins d'un mal mystérieux et, par une tempête épouvantable, à la lueur des éclairs, au bruit du tonnerre, on jeta à la mer le corps du malheureux gouverneur et les papiers qu'on trouva dans sa cabine. Encore un témoin gênant qui ne devait plus parler...

Quant aux documents de TalTaire Baratte, ils sont plus connus encore s'il est possible. Ce sont les pièces d'un procès qui s'est déroulé devant le tribunal de Nancy et la discussion qui a eu lieu à la Chambre ne laisse pas de doute sur l'acceptation par Constans d'un pot de vin de 10,000 francs.

Ce Baratte, après avoir été décoré pour faits de guerre, était tombé dans les affaires véreuses; il essaya de fonder une nouvelle Compagnie d'assurances, la a Ville de Lyon » et, pour attirer les gogos, il composa son conseil d'administration de députés. Le prospectus contenait les noms suivants :

MM. CONSTANS, ancien ministre de l'Intérieur, député et conseiller général de la Haute-Garonne, président du conseil d'administration de la Compagnie LA VILLE DE LYON ;

DUBOIS, député et conseiller général de la Gôte-d'Or, ancien maire do Dijon;

CilLLlOT, député et conseiller général de Saône-et-Loire, etc., etc.

l'histoibe a la campagne 61

La constitiition de la Société date du 12 juin 1882; dès le 28 juillet suivant, M. Constans recevait le prix du marché. M. Baratte lui envoyait, en effet, à cette date^ un chèque de dix mille francs avec la lettre suivante :

A M. Constans, député, ancien ministre, président du conseil d'administration de la Compagnie «la Ville de Lyon », 18, rue de Miromesnil, Paris.

Je vous envoie un chèque de dix mille francs, n^ 23, en date du 28 juillet 1882, délivré parle Crédit lyonnais et payable à sa succursale de Paris.

Comme il a été convenu entre nous, je vous offrirai, oomme président du conseil d'administration de la a Ville de Lyon », en dehors des dix mille francs ci -joints, 250 actions libérées de 125 francs :

Soit 31 .250 francs.

Appoints annuels 3.000. —

Le 10 septembre 1C82, un autre député, racolé par M. Constans, M. Dubois, écrit à M. Baratte la lettre suivante :

Monsieur le directeur.

Avant de quitter Paris, M. Constans nous a réunis chez lai et nous a remis à chacun le montant de la vente de 40 de nos actions de la Compagnie « la Ville de Lyon ».

M. Constans a ajouté que dans le courant de septembre, pareille remise nous serait faite, à provenir de la réalisation de 40 nouvelles actions.

Vous m'obligeriez infiniment, monsieur le directeur^ si TOUS vouliez bien me faire tenir cette nouvelle somme, ou tout au moins m'indiquer la date de son versement.

Signé : Dubois, député de la Côte-d*Or.

La nouvelle Société, malgré tout, ne pouvant arriver à fonctionner. Baratte réclama son argent à Constans, celui-ci se fît tirer l'oreille et Baratte dut lui écrire le petit billet suivant :

Notre nouveau conseil d'administration exige que MM. les députés remboursent immédiatement les sommes quils ont reçues et qu*en principe vous n'eussiez dû toucher qa'après la constitution légale de la Compagnie, puisque cet argent est la propriété des actionnaires.

Je suis donc plus qu'étonné d'avoir à insister auprès d'un iiomme tel que vous sur une question aussi délicate.

Constans résistait toujours et il ne se décida à rendre les dix mille francs que sur la menace d'une plainte au Procureur de la République. Il avait touché -ces dix mille francs le 28 juillet 1882, et ne consentit à les restituer que le 9 mai 1883.

Tel est l'homme. Il y a en lui un côté malin et un côté sinistre, un reste de vieil Albigeois qui, après des siècles, retrouve son ancien complice, le Juif, et travaille avec lui. Pour soutenir sa candidature, Constans ne voulut avoir qu'un Juif, Cohn, le préfet de Toulouse, qu'il fit nommer, pour le récompenser de ses exploits, commandeur de la Légion d'honneur.

Au fond ce méridional, qui appartient à la fois à l'espèce gaie et à l'espèce tueuse et qui porte des secrets terribles, des secrets de tyran italien du seizième siècle avec une jovialité de commis voyageur, c'est notre jurisconsulte, le jurisconsulte moderne que nous avons rencontré si souvent au cours de ces études. C'est Barré, l'ancien compagnon de Lebiez, mais Barré ayant eu de la chance. Barré appuyé par

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la Maçonnerie ; c'est Barré ayant changé contre un portefeuille de ministre cette fameuse serviette décrite par Daudet, qui contient, tour à tour et selon les^ circonstances, les paperasses véreuses, les dossiers louches, le faux-col de rechange, la côtelette panée et le petit pain du déjeuner, le marteau qui assomme la laitière, le couteau qui dépèce Puig y Puig ou le flacon de strychnine qui foudroie Richaud...

Ce qui est intéressant, encore une fois, ce n'est pas le personnage, c'est l'impression qu'a eue de lui et des actes commis par lui la masse des Républicainsbourgeois. Cette impression a été excellente.

Quoiqu'on en ait dit, Constans a été accueilli en triomphateur à Toulouse, il a été acclamé dans les réunions, reçu comme un Dieu laïque à la Loge maçonnique, et on a illuminé le Capitole quand il a été déclaré éln... (1).

(1) On a prétendu c|Ue Constans avait un peu tiipoté le scrutin. Le ministre de l'Iotérieur a \ictoripaiîemcnt répondu à cette accusation; il s'est présenté deux mois après aux éleciions sénatoriales et il a fait confirmer par le suffrage restreint le verdict du suffrage universel.

Ces électeurs sénatoriaux qui, pour la plupart, ont une certaine position, une certaine indépendance matérielle, se sont empressés d'accorder d03 suffrages à l'homme à la ceinture, tandis que le comte d'Ayguevives, qui n'avait pris aucune ceinture, n'a obtenu que 3ô7 voix.

Pour des délégués sénatoriaux Francs-Maçons ou Opportunistes, les mots d'honneur, de probité, de désintéressement dans les fonctions publiques sont des mots tombés en désuétude; c'est « du vieux français », dont ils ne comprennent pas très bien la signification. Un Républicain, M. Bepmale, qui, dans l'élection de Toulouse, voulut se placer sur ce terrain dans une réunion, fut hué et obligé de descendre de la tribune. Pour ces hommes, le fait d'être honnête constitue une tare, une infirmité...

La validation n'a pas souffert la moindre difficulté. Quand Susini s'est précipité tout chaud, tout bouillant, pour apporter des protestations, les camarades boulangistes lui ont ri au nez et l'ont éconduit comme un laçheux.

Cela me rappelle la surprise d'un député de mes amis qui débarquait de province avec l'idée de combattre ; il arrive pour déjeuner chez des amis. « Mon cher, lui dit le maître de la maison, vous avez autre chose à faire qu'à déjeuner, allez vite chez M. de Mackau... »

— Pourquoi chez Mackau?...

— C'est Mackau qui fait le travail des invalidations avec Constans...

— Comment ! Mackau fait le travail des invalidations avec Constans... Je trouve votre charge d'un goût douteux.

— C'est comme cela... Mackau négocie toujours... Il aurait affaire avec l'exécuteur des hautes œuvres qu'il négocierait avec lui un modus vivendi.

Mon député alla trouver Mackau et fut validé.

Les députés de la droite ne pouvaient pas protester contre les manœuvres employées par l'administration ; ils étaient liés.

Qu'il s'agisse de parler de Rothschild à la tribune ou de discuter nettement la question des candidatures officielles, les conservateurs sont toujours liés.

Liés par qui? Liés par quoi? (1).

(1) Voici du reste l'incident tel qu'il figure au compte rendu in extenso dans le Journal officiel du 8 décembre 1889 : M, Emmanuel Arène, — Messieurs, je n'ajouterai qu'un mot.

l'histoire a là campagne 65

Si on essayait de vous expliquer cela, on ne serait plus le peintre exact de la vie contemporaine. C'est l'inexplicable qui donne sa couleur particulière à l'histoire actuelle. Tous les hommes d'aujourd'hui sont pris dans des pactes et des conjurations et, les trois quarts du temps, ils ne savent pas pourquoi ils se sont mis là-dedans, pourquoi ils ne marchent pas tout droit.

La phraséologie électorale : « Défendons notre foi, affirmons nos principes, pro aris et focisi », tout cela est de la fausse guerre, de la comédie. Après avoir lancé en avant, compromis, exposé à toutes les représailles les petits, les humbles, les êtres de naïveté et de dévouement, les conservateurs sont les premiers à

Je vous demande, je demande à mes honorables collègues de la droite, ce qu'ils diraient si un fonctionnaire quelconque, à quelque degré que ce fût de la hiérarchie civile, écrivait, en période électorale, une lettre semblable. (Bruyantes interruptions à droite,)

A droite : Ils le font tousl

M, le baron de Mackau et plusieurs autres membres. — Nous pourrions vous en citer beaucoup.

M. Gtutave Rivet. — Apportez-en donc une seule?

AI, Bergerot, — Ils en ont fait bien d'autres.

JU. le présidentt se tournant vers la droite. — Nous sommes arrivés presque à la fin de la vérification des pouvoirs, et il est certain qu'aucun de vous n'a apporté à 1j tribune un seul document tendant à établir un fait de cette nature. (Applaudissements à gauche et au centre. — Interruptions à droite.)

M, Le Provost de Launay, — Nous avons des raisons pour cela : TOUS savez bien que nous ne sommes pas libres.

M. le prétidenU — Comment! vous n'êtes pas libres ?

M. Le Pr.vott de Launay. — Non! nous sommes liés.

Quelques journaux comme VUnivert ont essayé de savoir dans quelles conditions et par quels liens les hommes de la droite étaient liés. Jamais on n'a pu obtenir une réponse.

6g LA DERNIÈRE BATAILLE

rire de ces victimee avec lesRépublicaios, en causant dans les bureaux.

Notre seul but, en constatant la façon dont l'opinion s'est accommodée avec Oonstans, c'est de léguer à l'avenir un document précieux sur Tétat moral de la France telle que Ta façonnée la troisième République, la République juive; c'est donc faire un travail beaucoup plus utile que de s'associer aux récriminations des gens de parti qui épiloguent sur les manœuvres électorales et les chiffres du scrutin. Admettez les fraudes dans des proportions aussi considérables que vous le voudrez, il n'en reste pas moins acquis que la République incarnée dans Oonstans, Rouvier et Thévenet a réuni 4 millions de voix (exactement 4,012,353).

Ceci n'a rien qui doive nous surprendre. Les Loges oui encore la direction du sulfrage universel, et Consla,ns et sa République répondent complètement à la conception qu'ont les Maçons du Bien et du Mal, à ridée qu'ils se font de l'accomplissement d'un mandat public. Le Dieu vague qu'on affublait du nom de grand Architecte de l'univers a été biffé du programme; d'une autre vie il n'en est plus question; celui qui parlerait de l'àtne ferait rire ; il reste donc un animal plus ou moins bien doué qui doit profiter de rintelligence qu'il peut posséder pour se procurer par tous les moyens le plus de jouissances possibles (1).

(1) La déliquescence absolue du sens moral se raconte parfois dans des épisodes d'une fantaisie lug^ubre et particulièrement basse. Connaissez-vous rien de plus singulier que l'enterrement civil d'uo

l'histoire a la campagne 67

Sans doute quelques Maçons honnêtes, qui avaient entrevu dans la Maçonnerie je ne sais quel idéal d'émancipation humanitaire, ont compris qu'ils étaient tombés dans un piège, ils se sont lassés d'être les jouets de la Juiverie/ et ils sont entrés dans la Ligue antisémitique, mais leur nombre est malheureusement bien restreint encore.

Quant à la foule des électeurs, elle obéit aux mêmes mobiles que l'Élite que nous venons de voir accourir rue Saint-Florentin pour féliciter Rothschild après la razzia du Comptoir d'Escompte.

C'est la folie des représentants des classes dirigeantes que de vouloir demander aux autres des sacrifices auxquels ils se refusent. « Je suis de votre avis, vous diront-ils, notre attitude devant les Juifs est honteuse, mais je fais passer avant tout mes liabi-

patron de maison de tolérance à Epernay, au mois de janvier dernier?

Les pompiers viennent avec le drapeau chercher le corps devant la maison au gros numéro. Le cortège se met en marche; les clairons s'avancent en tôle en sonnant aux champs, derrière eux vient le drapeau voilé d'un crêpe comme à l'enterrement d'un colonel ou du chef de l'Éiar, autour du corbillard les pompiers en uniforme avec leur lieutenant et quatre pupilles de la compagnie. Les dame» pensionnaires de la maison marchaient ensuite.

Toutes les phrases ici seraient inutiles. Cela s'appelle : l'enterrement d'un leno au dix-neuvième siècle^ c'est un document sur les mœurs républicaines, une note aiguë sur les sentiments qui ont cours aujourd'hui; cela est loin de \aL Fille Elisa et rentre dans lesturpidités tristes que peint Huysmans -^ voilà tout ce que vouspouvez écrire. Il y a là l'indicible, une multrpUcité de pensées qui viennent confusément à Tesprit devant ce drapeau tricolore arboré à l'enterrement d'un teneur de maison publique.

Que voulez-vous que fassent à ces gens-là des indignations contre les lévarications des ministres?

tudes mondaines, le désir qu'a ma femme d'assister aux belles fêtes que donnent les princes d'Israël. » La masse électorale agit de même, avec des motifs plus légitimes, et fait passer avant tout le désir d'avoir des bureaux de tabac, des bourses pour les enfants jeunes, des dispenses militaires et des congés pour les enfants devenus grands et des places pour tous les hommes de la famille.

Si vous voulez, d'ailleurs, savoir à quoi vous en tenir, ouvrez la Revue bleue.

La Revue bleue n'est pas un de ces journaux alimentés par les fonds secrets et qui chantent les louanges du ministre qui a versé le matin. C'est un recueil très sérieux qui a des collaborateurs fort distingués, un recueil professoral, académique, qui est un peu à la Revue des Deux-Mondes ce que l'Odéon est au Th(^c\tre français.

L'étude consacrée par M. Georges Robert à Constans pourrait avoir pour titre : Un homme d'Élat français à la fin du dix-neuvième siècle, M. Georges Robert ne nous cache pas ce qu'il pense de celui qu'il point : « Il était célèbre, le voici grand! (1). »

L'auteur a entendu parler des bruits qui courent fiur Con8tan8;il s'est renseigné (2) ; «il a cherché »

{\) n^vuf Uleue, 56 octobre 1889.

(<) où rnuleur 6Cinblo un pen embarrassé, c'est lorsquUl s*agit «rexpllqnor la fortune de Conslans. Il est démontré jusqu'à l'évidonco iiu'il était aux abois lorsqu'il fit connaissance de l'ihfor- 4uné PuifT y Vu\f( ; où a-t-il pris ce qu'il possède maintenant?

Lo Moniteur i\e l'Avfyron est fort net sur ce point.

M. ('onHlauB, ministre de l'Intérieur, a fait dans la séance oraffOURO du 18 marR doux déclarations. Les voici textuellement reproduites d'aprèi le Journal officiel.

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vous dit-il lui-même et il n'a rien trouvé. Vous entendez bien qu'un écrivain qui paraît au coprant de la vie de Paris n'a pas ignoré les lettres de* Puig y Puig, les dépêches Richaud, les lettres lues au pro-

Première déclaration « Je vis comme j'ai toujours vécu. »

Deuxième déclaration

« A nous, on n*a pas besoin de demander ce que nous avons : nous pouvons établir ei prouver d'où nous le tenons. »

Vraiment! M. Gonstans vit, «comme il a toujours vécu ! »

Cela est bon à dire à Paris ; mais M. Constans, si peu timide qu'il soit, oserait-il aller le dire à Villefranche-deRouergue, dans son pays?

Vivait-il comme il vit aujourd'hui quand, étant lui-même sans fortune, il devint le gendre de M. Masbou, le trop célèbre banquier de TAveyron, dont la djéb&cle financière laissa tant de ruines qui ne sont pas encore réparées ?

Vivait-il comme il vit aujourd'hui quand, suivant le môme itinéraire que son beau-père, il passa en Espagne pour donner, par ses fameuses pompes loeomobilest une si remarquable impulsion la vidange de Barcelone?

Vivait-il comme il vit aujourd'hui, quand, après son séjour tra los montes, et malgré la rencontre providentielle — pour lui, s'entend — qu'il fit du secourable, mais infortuné Puig y Puig, il revint en France, non pas moins r&pé qu'avant, c'était difficile, mais tout autant?

Vivait-il môme comme il vit aujourd'hui quand, par un travail opiniâtre, nous le reconnaissons, il eut réussi à décrocher une chaire de professeur suppléant à la faculté de droit de Toulouse?

M. Constans avait toujours vécu comme il vit aujourd'hui?

Allons donc!

Mais aujourd'hui, dans sa résidence de Sembel, superbement restaurée, ses chevaux sont mieux logés qu'il ne l'était autrefois lui-même.

Et ils n'ont pas de loyer à payer, ce que leur maître aurait considéré jadis comme un précieux avantage.

« A nous, a-l-il ajouté, on n'a pas besoin de demander ce que nous avons; nous pouvons établir et prouver d'où nous le tenons. »

Eh bien! vrail nous ne sommes pas curieux, mais nous donne-

ces de Baratte et qui font une lumière complète sur la moralité de Oonstans ; il n'a pas ignoré ces documeïit9 mais il n'en a pas la même impression que vous, il se place au point de vue de la morale maçonnique et il trouve que cela est fort bien ; le sentiment qu'il exprime est celui de tous les professeurs, de tous les magistrats, de toute la Bourgeoisie républicaine et frottée de lettres qui lit la Revue Bleue. Constans est tout à fait leur homme.

Oonstans a des amis qu'il a comblés et qui lui sont reconnaissants ; « ils l'entourent comme un roi, le roi du Luscrambo. »

« C'est leur cercle, le Ver luisant, où Falgoière, Mercié, J. P. Laurens, Benjamin Constant, J. Garnier, Oailhard, Hébrard, J. Lafltte, Dieulafoy, Béni Barde, tous hommes de valeur, parfois de génie, se dressent autour de lui comme une cohorte d'honneur. }>

Toute la Bourgeoisie peignante, la Bourgeoisie sculptante, la Bourgeoisie écrivante, la Bourgeoisie chantante salue Coustans comme un grand homme ; il voudrait se faire représenter en Oaton avec une statue de la Vertu, le couronnant d'unlaurier civique, que Mercié et Falguiôre tailleraient le marbre com-

rion8 volontiers cent actions de la Ville de Lyon pour entendre M. Constans « établir et prouver d'où il tient ce qu'il a »; et cela non pas à la Chambre, devant une majorité décidée, et pour cause, à tout absoudre, mais à Villefranche, devant une assemblée d'électeurs indt^pondants et consciencieux.

Et alors, quand M. Constans « aurait établi et prouvé d'où il tient ce qu'il a », nous lui dirions ce qu'il doit en faire.

Nous lui rappellerions que les infortunées victimes de M. Masbou, son beau-père, ne sont pas encore indemnisées.

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plaisant et que Gailhard chanterait une cantate pour l'inauguration du monument.

Ils sont comme cela^ous disons : « Ils sont comme cela » et il faut vraiment avoir l'esprit mal fait pour nous appeler pamphlétaire alors que nous prenons .simplement acte de ce qui se passe devant nous.

Nous n'avons jamais conçu le noir dessein d'écrire les Petits mystères de la Bourgeoisie, nous n'allons pas regarder au trou des serrures, ni fouiller au fond des alcôves... Nous voulons montrer comment meurt une classe sociale et, pour cela, nous n'avons qu'à la laisser se confesser elle-même, se révéler telle qu'elle est dans l'inconscience presque naïve de ses actes./

Nous ouvrons un volume que tout le monde a lu, le Disciple^ et nous y voyons Bourget célébrer la grande Bourgeoisie : « Ah ! la h: ave t lasse moyenne, la solide et vaillante Bourgeoisie que possède encore la France I » Là-dèssus l'auteur brode quelques variations sur cette Bourgeoisie héroïque qui a tout subi, qui a laissé insulter toutes ses croyances plutôt que de renoncer à émarger au budget. Nous sommes fixés sur la sincérité du psychologue.

Nous regardons maintenant un journal à la première page et nous y trouvons la description d'un dîner donné par Meilhac, pour célébrer le triomphe d'un Juif bruyant, vainqueur aux dernières élections.

Hier soir, Henri Meilhac a donné un dîner au Café Anglais, en riicnneur de son a^ni Raphaël Bischoffsheim, l'un des 6Ius du 22 septembre.

r4onvives : MM. Jules Simon, Léon Say, Paul Bourget, Henri Cartier, de Blowitz, Alfred Picard, Uebouleau, Paul

72 LA DEnNIÈRE BATAILLE

Poirton, Lippmaun, Louis Ganderax, Ferdinand Biscfaoffsheim, Albert Wolfr(l).

On n'invite plus Hébrard dans ces fêtes depuis son toast de Nice. A la fin d'un banquet organisé par BischoiTshelm pour célébrer Tinauguralion d'un observatoire, Hébrard, prié de prendre la parole, s'écria dans un accès de lyrisme : « Messieurs, je bois au télescope! Qu'est-ce que le télescope après tout ? C'est la lorgnette arrivée. »

Raphaël Bischoffsheim prit mal la chose et depuis ce temps il évite Hébrard...

Il n'y a pas d'équivoque sur ces Bischoffsheim. Le nom du Honduras et celui de Bischoffsheim sont désormais inséparables. Tout le monde connaît l'affaire du Honduras; en dehors de ceux qui sont morts de misère ou qui se sont suicidés, il reste encore quelques actionnaires du Honduras. On a fait verser 157 millions aux souscripteurs et jamais on n'a pu savoir ce que ces millions étaient devenus.

a Vous savez, disait M. Sourigues à la Chambre dans la séance du 1" janvier 1880, que les lanceurs et les concessionnaires de l'affaire se sont p:irlagé entre eux et leurs auxiliaires 90 pour 100 de la somme demandée aux souscripteurs, 140 millions sur 157. »

LTlat de Honduras est bien innocent de tout cela; il déclare qu'il najamais rien touché et ne s'explique pas encore qu'on ait pu lui prêter tant d'argent. C'est le pendant de l'histoire que lous avon? racontée à propos du baron d'Erlanger : Un vieillard de quatre-

(!) Figaro, 18 octobre 1SS9.

l'histoire a la campagne 73

vingts ans, logé par charité chez sa fille qui est laveuse de vaisselle et qui habite un appartement dont le mobilier vaut bien cent francs, souscrivant pour 2 millions d'actions du Crédit général français. Consultez les géographies et vous y verrez : a Honduras (république du) — 120, 480 kilomètres carrés, population 500,700 habitants dont 15,000 indiens aborigènes et 25,000 nègres appelés Caraïbes. »

Je ne veux attaquer en rien la probité de ces Oaraïbes, mais il est évident que, même en se gênant beaucoup, ils n'auraient pu rémunérer un capital de près de 200 millions.

Ces enlèvements de millions à des malheureux qui ont parfois travaillé des années pour économiser un billet de mille francs paraissent parfaitement naturels à tous ceux qui sont là, à ces anciens ministres, à ces écrivains qui lèvent leur verre, qui poussent des hochs pour célébrer l'entrée au Parlement de ce Juif, moitié hollandais moitié allemand, qui n'est, je crois, naturalisé que depuis 1880 (1).

(1) Notez que, s'il y avait une ombre de justice en France, Bischoffsheim aurait été depuis longtemps déféré aux tribunaux à la suite de cette élection. Jamais la corruption ne s'est étalée avec une pareille elfronterie. A l'ouverture de la période électorale un ring se constitue et fait ses offres. Un contrat intervient avec Bischoffsheim et pour 20,000 francs, dont 7,000 payés comptant, le ring s'engage à fournir 1,600 voix.

Toute une organisation s'établit dans ce but; soixante-dix chefs de section reçoivent mission de recruter chacun au moins vingt hommes^ auxquels ils achètent leurs cartes délecteurs contre 15 francs, dont 5 francs comptant, 5 francs avant le vote, et 5 francs le lendemain du vote.

Le jour de l'élection venu, on rend à ces braves gens leur carte électorale avec un bulletin Bischoffsheim, et on les accompagne

Que voulez-vous imaginer de plus caractéristique, déplus symptomatique pour l'histoire sociale d'une époque que ce tableautin qui se compose tout seul

au scrutin, afin de s'assurer que c'est bien ce bulletin qu'ils déposent dans l'urne.

Parmi les pièces du dossier soumis à la Chambre fi^ur^ieiit :

Ua certificat, signé du secrétaire du ring, et attestant . l'existence et les clauses du contrat intervenu entre le ring et M. Bischofifsheim ;

La liste des électeurs achetés, classés par sections de vote avec le numéro de leurs cartes électorales, et le détail des sommes reçues par eux ;

Un appel du ring aux électeurs qui auraient l'intention de vendre leurs caries;

Plusieurs reçus ainsi conçus :

« Je soussigné déclare que le bureau de la section électorale de Saint^Sépulcre, ainsi composé : président (le nom et radresse\

assesseur (le nom et l'adresse), n'a touché quela somme de (la

somme varie), le matin du vote pour payer les cartes en faveur de M. BischolTâheim. »

Signé : Le président du comptoir.

Au-dessous : l'adresse.

Un reçu de 1,800 francs pour acheter 92 électeurs, avec le nom et l'adresse des 92 électeurs :

Un reçu de 160 francs pour acheter 32 cartes : un reçu de 40 francs pour uneseuie carte :

Ënlin, une liasse de 400 reçus ainsi libellés :

« Je soussigné, déclare avoir reçu la somme de pour déposer

mon bulletin dans l'urne en faveur de M. Bischofifsheim. »

Suivent la signature et l'adresse,

(Les sommes varient de 5 francs à 23 francs.)

Lorsque le déclarant ne sait pas signer, deux témoins ont signé pour lui en sa présence.

Il existe des lois formelles pour ces opérations et l'article 1 13 du code pénal ne laisse pas de place à l'équivuque. « Tout ciioyen qui aura dans les élections acheté ou vendu un suffrage à un prix quelconque sera puni d'interdiction des droits de citoyen et de toute fonction ou emploi public pendant cinq ans au moins ou

l'histoire a la campagne 75

devant vous et qui réclame, non le large pinceau d'un Couture, mais le crayon parisien d'un Forain?

Les deux philosophes debout au premier plaa dans l;i toile de Couture, se sont lassés de rester sur leurs jambes, ils se sont assis et ils ont accepté un chauf roid de volailles et une bouteille de chambertin. Une fois repus, vous les voyez, à la lueur vacillante du gaz, disparaître dans le lointain en barytonant un peu. Le vieux et le jeune, le maître et le disciple causent gaiement : le vieillard austère, Tauteur du Devoir f dit : « 157 millions 1 C'est bien travailler tout de même ! » L'auteur de Mensonges, en assurant son monocle, répond : « Oui, c'est un joli travail ! »

Pour savoir ce que deux lettrés pensent, en 188&, do la conscience, de la propriété, du Bien et du Mal, vous n'avez pas besoin de vous tournebouler l'entendement et de vous livrer à ces analyses qui sont « vrais tintamarres de cervelle. » Ces deux lettrés pensent que les Bischoffsheim, les Dreyfus et les- Schrcyer ont bien fait.

C'est un sentiment tellement général dans le monde^ bourgeois, qu'il serait ridicule d'insister. Tout le; monde vous dira que Bourget a raison, et il se prépare en effet une existence très douce. Petit monsieur deviendra grand ; grâce à l'appui des salons juifs, il sera officier de la Légion d'honneur et membre de l'Académie française avant la quarantaine — ce qui

dix ans au plus. Seront le vendeur et l'acheteur condamnés à une amende double de la valeur des choses achetées ou promises. »

Un chrétien et un conservateur serait depuis longtemps poursuivi, M. BischofFsheira est i'uif et républicain et il jouit de l'impunité la plus absolue.

est charmant. Albert Wolff se chargera de faire Tarticle de tête pour créer ce qu'on appelle « le mouvement d'opinion. » Le nouvel académicien ira prononcer des discours devant les statues, et inaugurer des télescopes plus ou moins tudesques en parlant du « relèvement de la Patrie. »

Un jour, il verra arriver dans son petit hôtel un vétéran des journaux de province, un vieil homme de lettres qui lui racontera son histoire.

— J'ai défendu des vaincus, j'ai combattu les forbans financiers, je suis sans ressources et je viens voir si l'Académie pourrait me donner un petit prix.

— Un petit prix... un petit prix... dira Bourget ; ce n'est pas si facile que cela... Enfin, nous allons tâcher de vous faire obtenir la moitié du prix Latour- Landry : 1,500 francs pour les hommes de lettres âgés et lombes dans le dénuement...

Ce qui gâte cette physionomie de moderniste, qui, après tout, n'est pas sans quelque grâce, c'est l'inévitable tirade sur le relèvement de la Patrie. Tous ces bourgeois de parole et de plume qui ont élevé dans leur cœur un autel au Vol triomphant, qui acceptent toutes les escroqueries à la condition qu'elles soient réussies, ont la manie de la phraséologie patriotique.

C'est le côté odieux du Bourgeoisisme, du Burge* thum, comme disent les Allemands. Le Pharisaïsme révolte plus encore que le Vice cynique et bon garçon. Un coquin de bonne humeur vous dégoûte infiniment moins qu'un imposteur écrivant comme Jules Ferry après 1870 : « Nous entrons dans une période de grandeur austère succédant à une époque de corruption et d'asservissement. »

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Ce qui a sauvé Constans, c'est qu'il ne joue pas de cette guitare-là; aussi, on en veut moins à lui qu'à Carnot. Si Téleclion du Président de la République avait lieu au suffrage universel, Constans aurait plus de voix que Carnot.

Constans, en effet, n'a trompé personne ; il dit : « Je ne vaux pas cher; mais il faut me prendre comme je suis. » Carnot s'est joué une fois de plus de celle nation si facile à tromper, si prompte à accorder sa confiance. Ce fut la suprênae désillusion du pays, nous l'avons dit, une date morale d'une considérable importance. On ne demandait au nouveau président ni génie ni talent, mais simplement un peu d'honnêteté ; on aurait compris qu'il fît tout pour défendre la République, qu'il s'entourât d'hommes résolus. Mais le dégoût est monté aux lèvres lorsqu'on a vu cet homme qui pose pour le père de famille, aller prendre, pour les mettre à la tête du pays, des êtres tarés que leurs amis ne défendaient même pas, un Constans, un Thévenet, l'associé d'un escroc comme Jacques Meyer.

La Bourgeoisie, d'ailleurs, s'est réfugiée dans l'hypocrisie comme dans une forteresse. « Toi, tu n'as qu'une qualité, dit une femme de Gavarni à son mari, tu es hypocrite. » Cette légende d'un dessin pourrait être la devise de la Bourgeoisie française. Pour savoir quelque chose sur elle, il faut' que les malles se mettent à parler...

Vous voyez alors ce qu'est un officier ministériel à Paris. AfiRlié à des agents d'affaires louches, à des repris de justice, associé avec eux pour toutes sortes

d'opérations équivoques, vivant avec des filles, il se charge, au nom de la Loi, de ruiner les jeunes gens sans expérience, de poursuivre à outrance les amoureux à qui les demoiselles ont fait signer des billets.

Tous, sans doute, ne sont pas arrivés au même 4egré que Gouffé, mais beaucoup tirent des articles du Code des revenus tout à fait monstrueux.

J'ai un ami qui, depuis onze ans, paye toujours deux mille francs qu'il n'a jamais dus... Mon ami venait de perdre son père, l'huissier lui dit : « J'ai été l'ami de votre père, faites-moi ces deux mille francs de billets, j'en ai besoin, je ne vous les présenterai jamais. » Il présenta ces billets, il les fit renouveler, il poursuivit, il fit saisir, il prêta de l'argent à mon ami à 120 pour 100 pour payer au moment de la saisie, et mon ami paye toujours, et jamais, jamais, il ne sortira de cette afiFaire-là... Il n'a eu qu'un moment de repos, les jours qui ont suivi la découverte de la malle...

Devant un tribunal, vous ne parleriez pas sur ce sujet pendant dix minutes. Le président vous imposerait silence et vous verriez se présenter à la barre un monsieur très bien, membre du conseil de l'ordre ou ancien bâtonnier, qui aurait autrefois chahuté à Bullier avec l'huissier. Le monsieur attaquerait dans les notes basses... « Messieurs, j'ai eu bien des douleurs depuis que j'ai l'honneur de porter cette robe. » (Il montre sa robe pour témoigner qu'il se fait honneur de la porter.) «... J'ai vu... » (11 rappellerait alors tout ce qu'il a vu). Il ne dirait rien de l'huissier el à la fin, il se reculerait un peu en arrière et il lancerait la péroraison avec les reins... « Heu... heu...

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contre des calomnies que je repousse du pied... cette famille à laquelle nous nous honorons tous ici d'appartenir, depuis le plus humble jusqu'au plus illustre... la grande famille judiciaire... »

On peut ad libitum donner Vut sur « la grande famille » ou bien baisser la voix comme dans une évocation à la fois mystérieuse et attendrissante.

Comme il faut que de temps en temps la vérité apparaisse aux rbgards des mortels, cette vérité sort d'une malle dans laquelle ballotte un « macchabée » et qui, hissée sur un fiacre, camionnée à travers les gares, se promène sur le P.-L.-M. Mais c'est là un fait exceptionnel et le nombre des officiers ministériels que Ton met dans des malles étant relativement restreint, il s'ensuit que le sociologue ne peut donner, sur la moralité de la Bourgeoisie, que des indications succinctes.

Le sociologue a la ressource, il est vrai, de consulter les statistiques, et il trouve parfois des renseignements édifiants.

Savez-vous à combien s'élevait annuellement le nombre des notaires poursuivis ou en déconfiture, jusqu'en 1882? 25.

En 1882, ce nombre s'est élevé à 40.

En 1887, il était déjà de 75.

De 1880 à 1886, le montant des sommes enlevées par les notaires à leurs clients est de 62,568,000 francs, soit un prélèvement d'environ dix millions par an, qui porte généralement sur les petites bourses.

Dans certains départements, on a eu à poursuivre cinq ou six notaires dans une seule session, sans que cet exemple ait pu moraliser les autres.

Thévenet, zélé, comme on sait pour la Vertu, a fait signer un beau décret pour réglementer les conditions dans lesquelles les dépôts pourraient être faits chez les notaires. Le décret ne servira à rien. Ce qu'il faudrait pouvoir faire, ce serait de rendre à la Bourgeoisie les vertus un peu étroites, Thonnéteté un peu raide, mais réelle cependant, qu'elle avait au commencement de ce siècle et qu'elle n'a plus.

Quand il s'agit du notariat, qui est en quelque sorte la Bourgeoisie faite institution, ces chiffres en apprennent plus que toutes les phrases.

Ce qui est curieux, c'est la simultanéité des manifestations de cette corruption bourgeoise. Partout, la Bourgeoisie judaïsée agit de même, soit par ses renrésentants, soit par ses fonctionnaires. En France, elle a reconstitué l'esclavage dans les régions industrielles ; aux colonies, elle a perfectionné la traite des nègres en y ajoutant la traite des blancs.

Par due bizarre coïncidence, le jour même où je recevais une lettre d'Indo Chine sur les opérations du Sassoon, je recevais la protestation delà Chambre de commerce de Nouméa contre les monstrueux abus de pouvoir qui livrent les condamnés aux agents de Rothschild. Ce même cri, arrivant de si loin et de régions si différentes, semblait comme la protestation de l'univers entier s'indignant contre le même en- . nemi, et aussi — pourquoi ne pas le dire ? — comme une douce et précieuse récompense des efforts que j'avais essayés pour dénoncer tant de crimes.

« Monsieur, voulait bien m'écrire le Président de la Chambre de commerce de Nouméa, les ouvrages

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que vous avez publiés sur la question juive sont lus avec d'autant plus d'intérêt dans notre colonie qu'elle est elle-même devenue la proie d'une bande de Juifs, qui, sous les ordres de Rothschild, l'exploitent et la ruinent. »

On sait ce que sont « ces contrats de chair humaine » consentis par l'administration pénitentiaire de la Nouvelle-Calédonie et dénoncés, très inutilement d'ailleurs, à la tribune française par M. de Lanessan. On vend des condamnés pour un certain temps, et on négocie ces contrats avec prime comme on négocierait une valeur de Bourse. On dit : « J'ai cent condamnés à toucher fin courant, quelle est la cote ?» Si le cours n'est pas avantageux, on se fait reporter comme à la Bourse.

Aux plaintes de la Chambre de commerce qui défendait les droits du travail libre, l'administration pénitentiaire a répondu par une nouvelle cession de condamnés à M. Cardozo, qui a revendu ces condamnés à un Juif anglais, Higginson, directeur de la Compagnie des mines de nickel qui appartient à M. de Rothschild (1).

Les Anglais ne sont pas tendres, et cependant la révélation de semblables faits eût soulevé d'indignation le Parlement d'Angleterre. Nos représentants ont déclaré que ce système était tout à fait humain,

(1) Personne nMgnore que les Rothschild ont monopolisé le nickel da monde entier, ce qui explique que, sur les instances d'un ministre que vous devinez, le gouvernement s'occupe de transformer notre monnaie de billon en monnaiede nickel. On devine les immenses bénéfices que cette opération procurera aux Rothschild.

€t ils se sont hâtés de passer à Tordre du jour. Ils vont bien, les fils de 89 1...

Avez-vous visité, au Champ -de-Mars, l'exposition pénitentiaire ? On apercevait tout d'abord un banc, sur lequel jadis on étendait les malfaiteurs, et tous les passants s'écriaient : « Tiens! le banc des ministres ! » Un peu plus loin, on voyait une pancarte.

Les travaux de cette parlie du Palais des Arts ne s'étant pas trouvé achevés, les estampes et dessins, les photographies et reproductions, les textes et documents originaux que la poussière aurait pu détériorer n'ont pu encore être placés dans cette salle; ils le seront aussitôt que possible, aÛn de retracer aux yeux le passé des institutions pénitentiaires et par là même le progrès des mœurs et la réforme •des législations contemporaines.

Vu, le conseiller d'État, directeur de l'administration pénitentiaire,

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