‹ La dernière batailleChapitre 25 sur 49 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

L'enfance, en la mémoire de celui ou de celle qui se souvient, ressemble à un grand espace vide, dans lequel quatre ou cinq petits événements se lèvent, surgissent dans une espèce de netteté photographique. Cela très souvent sans que l'intérêt du souvenir explique cette survie peinte de la chose ou du fait au milieu de l'etfacement général de tout ce qui a accidenté ces années.

(Edmond de Goncourt.)

Pans — La survivance de certaines images. — Uq coin de Paris au Quatre-Septerabre. — Ce que disent les rues. — Un dimanclie soir. — L'histoire d'une maison. — Les drames de la vie. — Virginie. — Ce qu'on voit dans une cour. — Les Tuileries. — Autanr de l'Empereur. — La liberté individuelie sous l'Ëmpii». — Un règne regardé de la rue. — Une foire sur des ruines.

Il y a iofigtemps que je me fais une fête de noter quelques impressions d'autrefois, de fixer quelques souvenirs de Paris. Je m'aperçois que c'est très difficile...

Paris, cependant, est au fond de toutes mes pensées,

il fait partie de mon être même; mais je ne sais comment exprimer la façon dont je Tai dans le regard et dans le cerveau. Il me suffit de m' asseoir une minute, de fumer une cigarette et de fermer les yeux pour voir des pans de maisons, des devantures de magasins, des ponts à certaines heures avec leurs paysages et leur perspective, des coins de rue absolument tels qu'ils sont, — et cela me plonge dans des abîmes d'idées et m'emporte peu à peu loin du rivage, comme au large, dans des lointains infinis.

Gomment voulez- vous faire comprendre à d'autres cette espèce d'union intime qui s'est faite en vous avec des murailles, des pavés, des bouts d'avenue? En m'endormant, souvent, après la prière dite, je fais par la pensée, pour me délasser, le trajet qui va de la rue de Babylone à la rue de Varennes. Je quitte la rue du Bac, étroite et bruyante; je prends la rue de Babylone et je passe devant un encadreur; je tourne rue Vanneau, à côté d'un charcutier, et Je m'arrête devant un marchand de tableaux qui n'a jamais rien d'intéressant; je donne un coup d'œil, par la porte cochère ouverte, dans une cour où il y a de la verdure ; j'enfile la rue de Chanaleilles, au coin de ce vieil hôtel qui a un aspect si particulier; je chemine dans cette rue Barbet de Jouy, si paisible et si charmante, et me voilà rue de Varennes...

J'ai suivi ce chemin-là bien souvent jadis, mais il ne m'est jamais arrivé là rien d'exceptionnel, et mon intelligence ne me fournit aucune raison de me remémorer cette route aussi distinctement.

Cette survivance d'images, que rien ne semble devoir fixer, m'a toujours paru particulièrement éton-

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