‹ La dernière batailleChapitre 32 sur 49 · CINQ CENTS MILLIARDS · texte numérisé non relu

CINQ CENTS MILLIARDS

En SUS du transit, il pourrait y avoir upe plusvalue éventuelle de cinq cents milliards dont M. Charles de Lesseps vous parle avec une négligence adorable... Ci, à divers et pour mémoire... cinq cents milliards.

l'intérieur de la compagnie a paris

Le désordre est le raême que dans l'Isthme.— Gaspillage général — Prébendes et gratifications. — Les frais d'émission. — «Publicité et concours ». — Comment on payait ceux qui donnaient « leur concours. » — La publiciré légitime et la publicité mensongère. — Une réclame scandaleuse. — Un mot dq. M°*' de Lesseps, transmis à la postérité p^r Arthur Meyef .

Quittons risthme maintenant et revenons à Paris pour y regarder ce qui se p as se à Tintérieur de Is^ Compagnie, Nous y retrouvons à peu près le même tableau. Sur les bords de l'Atlantique, on vole, on noce et ou meurt; sauf qu'on meurt moins sur les boulevards, la situation est exactement la même qu'à 2,500 Ueues de la capitale. Tous les aigrefins de la politique et de la presse ont fait leur proie de l'argent de ces malheureux actionnaires et ils font chanter tant qu'ils

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peuvent cette Compagnie dont ils connaissent les secrets honteux.

L'affaire est un jeu de quatre coins et tous les coins sont occupés par des Juifs : Seligmann à New- York, Ermann à Panama, Arthur Meyer et Jacques Meyer à Paris ; l'un des Meyer joue pile, l'autre joue face ; tous les deux sont d'accord et se communiquent les nouvelles. Au milieu est placé Tactionnaire ; comme de juste, c'est lui qui est le pot.

Enfin, pour que la fêle soit complète, c'est Michel Ephrussi qui finit par gagner le gros lot de 500,000 francs...

Pas plus que pour les travaux de l'Isthme, il n'est facile de se retrouver, car tout est organisé pour dissimuler la vérité.

Il n'y a pas de compte : profits et pertes; il y a un compte : produits de placements de fonds^ qui a été institué dans les beaux jours.

Le chef de la Comptabilité générale et des titres porte le nom bizarre de Hiéronymus.

On lui reproche beaucoup à la Compagnie d'avoir fait échouer, en décembre 1888, la grande émission de la troisième série. Les bulletins, affiches, circulaires, furent reçus par les intéressés un jour après l'émission, lorsque celle-ci était close.

Le résultat fut que l'émission avorta. On demandait 200 millions, on n'en recueillit que 34, et l'on rendit l'argent, puisqu'on devait restituer aux souscripteurs si l'emprunt n'était pas couvert.

La vérité est peut-être qu'IIiéronymus, pris de pitié pour les infortunés souscripteurs, voulut leur éviter uno porto do plus.

Le compatissant Hiéronymus ne s'en alloua pas moins, sur mandat de paiement, une gratification de 6,000 francs. Lucas, chef de bureau, et Vivier touchèrent 1,000 francs chacun, ainsi que les autres chefs, tout comme si l'émission avait réussi. On n'y regardait pas de si près rue Oaumartin.

On gaspillait absolument comme à Panama.

A la dernière souscription d'actions, on a réparti 10,000 actions en moins. Il a fallu, pour les livrer aux souscripteurs, les racheter en Bourse, sous la dénomination : transfert Chevillard, ce qui a causé un déficit de six millions.

Or, on ne doit pas user du capital pour faire des affaires de Bourse.

Quand elle n'avait pas d'argent, la Compagnie s'en procurait à tout prix.

Pour un emprunt de trois mois au plus on a payé, en juin 1888, 4 millions d'intérêts pour une somme de 30 millions (environ 56 pour 100) empruntée à deux sociétés de crédit :

Crédit lyonnais, 15 millions.

Société générale, 15 millions.

Aucune assemblée n'a été appelée à ratifier cela.

On comptait quinze chefs de bureau pour cinquante employés. Aux titres^ par exemple, on avait trois chefs par cinq employés :

Chef des « titres », 12,000 fr.

Chef de bureau, 6,000 fr.

Sous-chef, 3,600 fr.

On avait, comme dans l'Isthme, créé pour les favoris de véritables prébendes. Jusqu'en 1884, on

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servait à M"* Blanchet, veuve d'un chef de service de travaux, une rente de 30,000 francs.

Cette dame Blanchet est la fille de Georges Lœw, propriétaire du Grand-Hôtel de Panama. Depuis, elle s'est remariée, ce qui lui fit perdre ses droits à la pension.

En revanche^ sur la décision d'Hiéronymus, dès la liquidation, on refusait aux femmes des agents encore dans risthme, le paiement des délégations mensuelles que ces agents laissaient à Paris. Ces délégations ne furent payées que trois mois après.

Voici pourquoi :

Lorsque Hiéronymus dut présenter ses comptes créanciers, lors du départ des administrateurs provisoires, il oublia de faire paraître les délégation?. Pour couvrir son erreur, il décida de sa pleine autorité qu'on ne paierait pas.

Un des employés lésés alla, à son retour, trouver Brunet et se plaignit violemment.

— Faites-lui un bon de caisse, dit Brunet, et qu'on le paie !

Il serait trop loDg d'entrer dans les détails du fonctionnement intérieur de la Compagnie, où les employés étrangers, les Allemands particulièrement, étaient l'objet de toutes les faveurs, et furent gardes en partie quand on renvoya les Français.

Nous avons réussi cependant à faire relever, sur les livres de la Compagnie, le chiffre des frais d'émission jusqu'au 14 décembre 1888.

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