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qu'il m'est permis de k faire à cette heure.
— Je ne veux que ton bonheur, dit maître Bideau.
— Et moi, ajouta Horace, je veux épouser Denise et devenir le père de son enfant.
Bideau pressa Horace sur son cœur.
— Sois béni mille fois ! lui dit-il ; je te retrouve enfin. Te voilà tel que le Ciel t'envoya sur la terre; tel que je t'aimais, avant que le monde n'eût perverti en toi les dons sacrés du Créateur! sois encore béni, Horace ; je te sais gré de ton dévouement , mais je ne puis l'accepter.
— Que voulez -vous dire? s'écria le jeune homme.
^— Je veux dire que tu t'abuses, mon garçon; tu présumes trop de tes forces, tu prends pour la vertu une heure d'exaltation sublime. Moi, je n'ai pas fait de romans, mais je sais le cœur de l'homme, et lis dans le tien à livre ouvert. Quelques mois auraient passé à peine sur ton mariage avec ma pauvre fille, que tu me reprocherais secrètement d'avoir pris ton héroïsme au vol,
— Vous avez le droit de me juger sévèrement, je le sais, dit Horace; mais cette fois, j'ai pesé mon courage et ne l'ai pas trouvé plus léger que le devoir
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que je m'impose. Si l'un de nous s'abuse à cette heure, maître, ce n'est pas moi, je le dis hautement.
— Puisses-tu dire vrai! répondit l'aubergiste; tu auras répare un malheur irréparable , et séché des larmes bien amères.
— C'est le plus cher de mes vœux!
s'écria le jeune homme. J'ai besoin de bien mériter de vous, de Denise et de moi-même. Laissez-moi mettre une bonne action dans ma vie , comme un vase odorant, pour la purifier.
Un sourire mélancolique erra sur les lèvres de l'honnête aubergiste.
Voilà donc où tu en es arrivé, malheu
reux enfant ! dit-il avec un profond découragement; voilà donc où t'ont conduit les folles ambitions et les sottes chimères! O mon Horace, si fier et sibeair, si rempli de vie et de bonheur, si pleinement satisfait d'un sort obscur et modeste, 6 mon Horace, qu'es-tu devenu? qu'as-tu fait de la destinée que ta mère et tes amis avaient abaissée complaisamment vers toi, comme une branche de fruits mûrs où tes lèvres pouvaient atteindre sans efforts ? Denise était pure et belle alors ! c'était une fleur des champs qui aurait embaupé ta couche ; tu l'as laissée se flétrir, pauvre insensé! et maintenant que la voilà brisée par les vents, sans grâce, sans
éclat, sans parfum, sans fraîcheur, tu arrives pour la cueillir !
Je dois m'erapresser d'avouer, à l'honneur de l'honnête Bideaii, qu'il s'exprimait d'une façon moins ampoulée, plus nette et plus simple. Mais nous autres gens de lettres, nous avons la misérable manie de broder les faux diamans de notre style aux phrases de tous nos personnages.
Horace comprit tout ce qu'il y avait de triste vérité dans ces paroles de l'aubergiste , il baissa la tête et demeura silencieux; toutefois il persista dans la résolution qu'il avait prise : maître Bideau et Denise elle-même combattirent vainement une générosité qui , pour être tar-
dive, n'en était que plus héroïque; un mois après le retour d'Horace à Coulon, mademoiselle Bideau s'appelait madame de Saint-Aubin. Ombres des Rhoone et des Villerglé , avez -vous pardonné au dernier rejeton de votre illustre race?
Trois mois après son mariage, Denise mit au monde une fille. Maître Bideau eut beau s'extasier sur la ressemblance de cet enfant avec Horace, celui-ci ne s'abusa point sur sa précoce paternité et digéra difficilementlescomplimensde son beaupère.
Ce que l'aubergiste avait prévu arriva.
La générosité n'est pas dans le cœur de l'homme; le dévoûment est chez nous une