‹ La dernière féeChapitre 7 sur 12 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Aux environs de Leith, en Ecosse, est une chaumière située sur les bords d''un ruisseau ; des peupliers ombragent la chaumière et bordent les rives du ruisseau.

Au commencement de Tautomne de 181 — , les habitans de ce village voyaient une jeune fille parfaitement belle conduire les pas dHm jeune homme avec toute Tattention de Tamour, avec tout son dévoùment.

Ils marchaient ensemble en faisant retentir les feuilles séchëes qui tombaient des arbres. La jeune fille regardait au loin pour s'assurer qu''aucun objet proscrit n'^offenserait la vue du malheureux auquel elle s'^était dévouée. Si, par hasard , le jeune homijie aux cheveux épars , à la démarche hasardée , aux yeux ha3ards , lui échappait pour gravir les rochers , se suspendre aux arbres , ou courir du côté du ruisseau défendu , elle avait une telle ardeur à le devancer qu''elle Tatteignait , lui parlait de sa douce voix, et le ramenait paisible et calmé sur un banc de gazon. S''il était silencieux , elle imitait ce silence et le caressait doucement , le flattait et passait ses mains dans sa

longue chevelure noire , f{u''il laissait croître. Parlait-il , elle Técoutait avec une soumission respectueuse , et trouvait un triste eLsauvage plaisir à entendre les accens de cette voix chérie , quoiqu''elle rendît des sons dénués de sens et qu''elle ne peignît aucune pensée. C'étaient les accords errans d''un or.a-ue dont une main enfantine parcourt le clavier mobile. Elle épiait ses regards et croyait a chaque instant que la tranquillité dont elle entourait Finfortuné leur rendrait cette expression primitive , cette lucidité de tendresse et d''amour, cette pureté qu''elle adorait.

Elle était belle , et Ton voyait que son jeune compagnon avait été comme elle , car ses yeux noirs étaient grands , sa figure d'une belle forme , ses manières distinguées ; mais le chagrin n'avait laissé de tout cela que des vestiges.

Le malheureux voyait le ciel avec indiffé-

rence ; il recevait avec indiflFérence les soins de son amie , et avec indifférence il regardait le doux visage de cet ange d''amour. Elle était belle cependant.

A leur retour à la chaumière , ils trouvaient un repas frugal préparé par un vieillard centenaire qui n''avait guère plus de sens que son jeune maître. Il fallait qu''il rassemblât toute la somme de ses idées pour arroser le jardin qui leur fournissait les mets de leur table champêtre; à peine avait-il la force de bêcher la terre, de recueillir les graines et de les semer : il parlait tout seul comme si sa tête eut été dérangés.

— Je finis ma vie comme je Tai commencée, disait-il; je crains Dieu, j'^aime mon maître et j''arrose mon jardin. Je n''ai jamais eu de trésors : ceux qui en ont possédé et qui ont mon àgc n''ont rien de plus que moi...

Il aidait la jeune fille a asseoir son maître

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à la table , et lorsque le jeune homme devenait furieux , ils unissaient leurs forces pour le retenir et Pempècher d'attenter à ses jours.

Quand ces accès commençaient, la jeune fille pleurait , et souvent ses larmes et ses caresses prévenaient les convulsions de Tétre qu'elle soignait et qui ne lui avait jamais cause que de la douleur. Elle ne cessait de Taimer, car il était bon.

Quelquefois elle essayait de lui parler raison et elle lui disait : — Regardez-moi , je n'ai plus noirci mes cheveux pour les rendre méconnaissables ; de même que mon cœur, ils n'ont pas changé ; mes yeux respirent la même tendresse : je ne grasseyé plus , je suis tou- J9urs Catherine,

— Catherine ! répétait Abel machinalement et avec la même intonation, Catherine!.... Quelquefois il changeait de ton , redisait ce nom avec mille inflexions de voix différentes,

comme si tour à tour il se moquait ou la plaignait , ou rappelait , etc.

La pauvre fille, pour obtenir quelque lueur de raison de celui qu''elle adorait toujours , lui présentait le collier noir qu''elle conservait avec reconnaissance. L'infortuné le prenait, le tournait entre ses doigts, le baisait, lui faisait Taccueil par lequel on témoigne sa joie à un ami , souvent le rendait en se taisant, souvent pleurait, et quelquefois disait : Elle est morte!

— Non, répondit Catherine, elle n''est pas morte ; elle a voulu te le persuader, pour que tu ne craignisses pas d"'accueillir Justin et de le garder près de toi. Son fiancé a renoncé à elle quoiqu''il Paimât passionnément. Elle a été long-temps malade, mais elle vit, elle t*'aime toujours ! ... Il répétait : — Elle est morte ! . . .

Le bon vieillard venait se placer devant lui et tâchait d''en être reconnu ; il lui disait : — Je suis Caliban... Pour toute réponse Abel

hochait la tète , et quelquefois pleurait s^ns mot dire.

En vain Catherine désirait-elle avoir des renseigneniens sur la catastrophe qui avait plonge son tendre ami dans un état aussi désespérant ; il lui était interçlit de le tenter, car c'était alors que le jeune comte tombait en d'horribles crises. Alors, dans ses accès de terreur, les. mots entrecoupés , les demi - confidences qu'il faisait , donnaient des lumières sur ces événemens; mais Catherine avait toujours calmé jusque-la ces accès, préférant le repos d'Abel à tous les détails qu'elle ignorait.

C'est ainsi que, par degrés, elle avait appris tout ce qu'il fallait éviter avec soin. Prononcer le nom de Tambroni , de fée des Perles, àe 'comtesse deSommerset, suffisait pour lui donner une crise.

Mais le hasard voulut que Catherine apprît tout. Un soir, Abel était calme; le pauvre

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