‹ La dernière féeChapitre 8 sur 12 · LÀ FÉE. H. 1,S · texte numérisé non relu

LÀ FÉE. H. 1,S

jeiipe homme au front soucieux , au visage décolore, maigre et hâve, s'appuyait sur sa compagne , qu'ail commençait a connaître de la connaissance qu''a Fenfant pour sa nourrice, qu''il pressent plutôt qu*"!! ne la voit : Abel s''appuyait sur le bras de Catherine , et tous deux marchaient sur la rive aux peupliers sans que le J£une honune jetât sur Teau de ces regards qui faisaient trembler son amie-. Le soleil se couchait et répandait sur les rochers des teintes d'or foncé : toute la nature était tranquille. Catherine venait d'asseoir Finfortuné sur un banc de gazon qu'elle avait construit elle-même. Elle entourait de son schall la tète du malade , afin que la fraîcheur du soir n'influât pas sur ses idées ; enfin , elle espérait un retour de raison , car depuis deux jours Abel paraissait revivre.

Tout-à-coup, dans le lointain, Fon entendit les sons d'un hautbois : Abel écoute; son œil

s''anime, et il remue ses cheveux comme un lion qui veut combattre. Le hautbois paraissait ^""approcher, et le malheureux reconnut la célèbre romance que Tambroni chanta la première fois qu''il vint chez madame cVOsterwald. La fureur d*'Abel grandit comme le point noir que les navigateurs redoutent avec tant de raison, puisqu''il finit par exciter une horrible tempête. Abel commença par s''écrier : — Justin ! Justin! Sa voix devint rauque et sa respiration embarrassée.

— Entendez-vous cet air ? il Fa composé pour elle. On se plaignait que ce noble génie oubliât les soins de sa gloire depuis qu''il habitait Paris; une passion invincible le dominait. — ]\rcntends-tu, Justin? Alors il saisit la main de la pauvre Catherine tremblante , et il la serra violemment. A ce moment , le hautbois recommença Tair,. et Abel emmena Catherine vers un rocher en lui disant . — Justin, juge

de mon malheur ! je lui dois la vie , a cet homme; je Tai provoqué; mon ignorance de Tescrimeet le juste ressentiment d''une injure que la mort seule pouvait laver me firent choisir le plus meurtrier de tous les duels, un pistolet seul fut chargé, le hasard le fit tomber entre ses mains, on nous plaça a deux pas Tun de Tautre; nous devions tirer en même temps, mon adversaire me laissa tirer seul, puis déchargeant son arme sur un arbrisseau qu'il brisa : Monsieurle comte, me dit-il, injustement soupçonné par vous, je suis heureux de vous laisser la vie; croyez bien que si j'étais coupable , je serais trop heureux pour exposer mes jours sans les défendre.

— Tu vois, lui dit-il , que mon malheur est sans ressource. Il a fui avec elle , oh ! je veux les chercher non pas pour la revoir, mais pour rimmojer à ma rage ; pour les frapper tous deux.

Abei s''arréta; il descendit la colline lentement après ce paroxisme qui Pavait couvert d'une sueur froide , croisa ses bras, s''assit sur un tertre et resta long-temps plongé dans une sombre me'ditation.

Tout à-coup il 3e roula par terre en poussant des cris inarticule's. Catherine appela les paysans, on se rendit maître de lui, et on le transporta à la chaumière.

Depuis ce moment, Catherine fit veiller aux environs pour que jamais aucune musique ne pût parvenir aux oreilles d''Abel.

Ce fut un matin de printemps, quand la nature semblait renaître, que cette fête du cœur fut célébrée par leurs âmes avec la rapidité de l'éclair. Catherine et Caliban avaient ramené Abela son insu dans la chaumière de son père : l'ordre qui y régnait jadis y avait été rétabli; Catherine, assise dans le vieux fauteuil vermoulu, tenait latéted'Abel entre ses mains, et

parfois elle Tappuyait sur son sein. Caliban les regardait et faisait des vœux pour que rinfortuné , après avoir retrouvé le calme , retrouvât enfin le bonheur.

Tout-à-coup Àbel, dont les yeux seuls témoignaient depuis quelques joursduretour de sa raison, regarde fixement Catherine , et la contemple attentivement ; enfin, il s''écrie : C'est

Catherine ! Un long baiser suivit ce

mot , qui , pour Catherine, renfermait toutes les joies de la terre.

Page 1