CHAPITRE IX
De V empire des Fées.
A.BEL resta quelque temps plonge dans cet état charmant qui suit un plaisir extrême. Avoir rendu un être au bonheur, est une jouissance qui vient d'un sixième sens que tout h; monde n'a pas : or ceux qui l'ont , comprendront parfaitement ce que ressentait Abel , et ceux qui ne l'ont pas ne le comprendraient jamais, y eût-il vingt pages d'impression pour le leur expliquer.
Abel crut que sa chère fée vicn-
(Irait cette nuitj mais il se trompa, et passa tout le temps à la désirer en pensant tour-à-tonr aux encliantemcns qu'il avait surmonte's , au lac brillant qu'il traversa ^ et surtout au berceau de nacre , au sein duquel il avait admire' la fée des Perles. Le serrement de main par lequel ils s'étaient mutuellement témoigné leur plaisir , se retraçait à l'imaj^ination d'Abel , avec une telle fidélité , qu'il croyait par instans , tenir encore la main de la fée.
Le matin , il fut d'une tristesse mortelle: il allait à la pierre^ essayait de la soulever pour retrouver le chemin du palais enchanté, mais ses efforts furent inutiles. Il revint s'as-
seoir sur son banc rustique , en tachant de consumer le temps pour se déguiser à lui-même, l'espace qui le séparait de la nuit prochaine , pendant laquelle il espérait que la fée paraîtrait. Ainsi que les enfans de la nature qui n'ont jamais qu'une idée, un désir, et qui ne conçoivent pas qu'on puisse s'en distraire, Abel ne voulait qu'une chose, ne pensait qu'à une seule chose : sa fée.
Tout à coup , il entendit une voix céleste qui murmurait, si doucement, un chant d'amour que l'air n'en était que faiblement ébranlé. Elle était là, derrière lui : plus de prestiges !...
Une simple robe blanche, garnie par le bas de quelques perles j une
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ceinture de satin blanc ^ des roses blanches dans ses cheveux, et un joli cothurne blanc composaient sa parure. Elle s'assit à côtéd'Abel, et avant qu'il eut prononcé un seul mot , elle lui dit : « Je viens vous voir^privée de toute ma pompe , car vous vous êtes place' presqu'à côté d'une fée , par l'emploi que vous avez fait du talisman. Abel, ajouta-t-clle, en tremblant un peu^ si le génie est le feu et le sublime son d'une belle arae , la bienfaisance est le parfum qui s'en exhale. La bienfaisance pure sans autre vue que celle de fiiire le bien , est un des traits de ce Dieu , auquel les fées et les hommes doivent tout... Je suis contente, dit-elle, en
le regardant et baissant les yeux
aussitôt. »
Le fin sourire dont elle accompagna sa dernière phrase , enivra tellement le pauvre Abel , qu'il ne put rien répondre, et ils restèrent tous deux muets et comme honteux. La fée surtout, paraissait jouir d'une sensation long - temps désirée : elle contemplait Abel avec un air d'inquiétude qui semblait dire: « me parlera-t-il?... » ses yeux respiraient le désir et l'amour, et rien n'était plus attrayant que ce visage resplendissant de gruce et de tendresse.
— Ah ! dit Abel , après l'avoir admirée comme à la dérobée^ en lui jetant un de ces regards de côté qui sont si
voluptueux j VOUS avez beau prendre les habits d'une mortelle, on voit toujours que vous êtes une lee. »
« Non,repondit-elle en ce moment, je ne suis plus fee : vous pouvez me parler comme à votre éi];ale,et je suis sans force pour me lâcher de vos discours. »
Toute la contenance d'Abel avait déjà dit: « j'aime »,mais^ tout en le pensant, une invincible pudeur l'empêchait de prononcer cette divine parole qui lui semblait un véritable crime; ou plutôt, la crainte d'offenser la l'ée et d'apprendre qu'elle ne partageait pas un amour aussi insensé , retenait sa langue captive. En ce moment, il était au suprême degré sous ToM. II. 3
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rinflaence de cette pudeur, apanage des grandes ames^ qui fait, qu'au jeune âge , on ne peut que tressaillir à l'aspect d'une jeune beauté, l'adorer en silence, compter le tact de sa robe comme le plus grand des plaisirs , et baiser la marque de ses pas quand elle a disparu.
La petite fée s'aperçut bien de ce luuet bomniage d'un amour extrême , aussi le savourait-elle en silence avec un délice inexprimable! car qui peut, sans une joie indicible, se voir régner despotiquement sur un cœur plein d'amour, sur un cœur dans lequel nul autre objet ne trouve de place.
— « Abel, dit-elle, pendant quelques jours, vous ne me verrez pas^
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car je suis obligée de me rendre à une grande fête, à laquelle beaucoup de fées et beaucoup d'enchanteurs assisteront.
— Que cela doit être beau! s'e'cria Abel, et comme je voudrais voir une telle assemblée où vous serez, la plus belle, sans doute!....
— Rien n'est plus facile ! répondit la féej mais lorsque je vous aurai dit ce qui s'y passe, si votre envie n'est pas satisfaite , un jour je vous y mènerai. Ecoutez-moi bien ? A l'heure à laquelle tout dort dans la nature , les fées et les enchanteurs montent dans leurs chars et arrivent, les uns après les autres,dans le palais du génie qui donne la fête : chacun
a bien soin de tâcher de venir le dernier, afin que sa parure, étant vue la dernière, obtienne la victoire j car les fées tiennent singulièrement à faire triompher leur toilette. Cette circonstance singulière change dans l'empire des fées, le temps et ses mo- (lifications; car si l'on doit se rendre au palais à dix heures de la nuit , cela signifie minuit , et personne n'arrive avant une heure du matin. Les enchanteurs sont tous vêtus de noir , parce qu'ils ont sagement pensé que l'absence de toute couleur leur était très profitable , en ce que les couleurs sont en ce moment un objet de trouble et de confusion dans le royaume des fées. Le rouge, le bien
et le blanc , ont été successivement de mode, de manière que leur réunion est un sujet de scandale, en ce que le roi actuel est un génie blanc. Or, le génie bleu est l'ennemi du génie blanc, et le génie rouge est encore plus terrible. »
« Si les génies blancs n'étaient pas contenus par le roi des fées, ils auraient déjà mis en bouteille tous les bleus et les rouges : alors, pour éviter les désordres , tous se mettent en noir, de manière, que ce n'est que par le langage que l'on peut se reconnaître ; car , chaque couleur a son grimoire, son parler, ses habitudes :
les génies blancs voient tout en rose; les génies bleus tout en noir; et les
génies rouges ne voient rien. Pour les premiers, l'aspect de l'eau qui prend partout son niveau , est une chose horrible j pour les seconds, la vue d'un palais et d'un char, contenant des génies qui ne s'appellent pas génie tout court, et qui vivent d'un de y est un tableau funeste : enfin, la troisième classe de génies voudrait casser les baguettes de tous les enchanteurs et mettre tout sans dessus dessous , afin de donner à chaque fée un pouvoir égal^ ces sortes de génies ont tous une bannière, et en un mot auxquels ils rattachent leurs actions et leurs pensées , et ils ne s'aperçoivent pas qu ils désirent tous la même chose sous différens noms. J|
y a bien encore des génies-quarterous qui sont de toutes les couleurs j mais leur dictionnaire est si bref, et leur ventre si gros, puisqu'il contient toutes les nuances, qu'on les estime peu, car ils sont toujours pour le plus fort , c'est le fonds de boutique du pouvoir, que les enchanteurs se disputent. Ils disent toujours la même chose, et ressemblent aux statues de nos jardins, qui restent à tous les propriétaires; de manière qu'on les reconnaît sur - le - champ , d'autant plus qu'ils n'ont pas de baguette , puisque leur pouvoir est subordonné à celui de l'enchanteur du jour:
c'est ce qui fait qu'ils ont toujours faim , et qu'ils ont toujours l'air
de manger pour la faim à venir, on ce qu'ils ont peur qu'un jour un des trois partis étant assez fort, et n'ayant plus besoin d'eux , on ne les laisse pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire : des chevaux à toutes selles, des sacs à tout grain , des consciences mobiles, et qu'enfin on ne les renvoie régner dans les airs, et diriger les nuages fuyans, ou se grouper en brouillards autour du soleil , ou bien mieux , diriger les couleurs de l'arc-en-ciel.»
« Ce sont des enchanteurs de toutes ces classes , qui viennent à cette réunion avec une multitude de fées j et voici ce qui s'y passe. Lorsque les vieilles fées arrivent, on les place sur des bancs d'honneur , le long des
murailles ; cl , là , elles se contentent (ie voir ce qui se iait, sans y prendre part parce qu'elles sont vieilles: mais leur langue, ayant hérité de toute l'activité de leurs corps, elles se dédommagent en babillant sur les jeunes iées et sur les enchanteurs. Si un génie regarde trop une petite fée, elles crient au scandale, et toute cette tapisserie remue comme s'il s'agissait d'une révolution. Gomme on a tout prévu, les vieilles fées ont de petits morceaux de bois garnis de satin , et quand elles s'ennuient, elles étendent le satin devant leur visage et baillent en silence ; car il est défendu , dans l'empire des fées, d'ouvrir la bouche, autrement que pour parler. Ensuite
les vieilles fées gardent les places et les manteaux des jeunes, et leur rendent mille petits services , comme de découvrir aux enchanteurs que telle fée qui paraît droite comme un jonc, n'obtient sa taille délicieuse qu'à force de s'arrondir avec des petits coussins adroitement placés. Elles voient , d'une lieue de loin , les fées qui ont mis une substance rouge sur leurs joues trop pâles , et disent aux jeunes enchanteurs de se bien garder de les embrasser , de peur d'emporter leurs couleurs : elles devinent les jeux de cartes que l'on met dans les souliers lorsqu'on est trop petite , et toutes les ruses , qu'elles ont pratiquées jadis , elles les mettent au jour. Alors
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[es jeunes fées s'en vengent en marchant sur la queue des petits chiens , dont toutes les vieilles fces sont folles. En effet , si le chien vient à périr , elles en gardent le portrait sur leur boîte, comme celui d'un amant chéri: ou bien, encore, les jeunes fées se moquent des prétentions des vieilles , et c'est là^ mon cher Abel, un de leurs grands amusemens. »
a Le palais est tout éclairé par des feux artificiels, reproduits par des dianians, et il est orné de cailloux broyés et réduits en grands miroirs , afin qu'une fée, en passant, puisse voir si sa toilette ne se dérange pas , et fasse signe à tel ou tel enchanteur
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({u'elle comprend ce qu'il a voulu
lui dire par tel ou tel signe.
Alors, quand presque tout le monde est arrivé , chaque enchanteur prend une fée, et aux sons de la musique, ils se mettent tous à danser, à traverser la principale salle du palais, avec des manières plus ou moins jolies, en traçant de bizarres figures par leur danse, et c'est à qui sautera, dansera, traversera, tournera avec plus d'adresse. Enfin , pendant que tout le monde saute , danse et rit , on traite les affaires les plus sérieuses. Un génie ([ui saute est beaucoup plus traita ble, on obtient plus facilement de lui ce qu'on en désire. Si l'un de vous entrait alors, sans entendre la musi-
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(|iie , il aurait le plus singulier spectacle qui fut au monde : il verrait deux cents divinités presque toujours en l'air, jouant des pieds sans but, sans vouloir rien atteindre , et remuant la tête, les yeux, et la langue à qui mieux mieux. Pour cette sotte fête d'un moment , pour cette danse ae'rieime , les toilettes les plus somptueuses sont prodiguées, tandis que leur prix soulagerait des milliers de malheureux. »
H Enfin, les enchanteurs et les vieilles fées, dont toutes les articulations sont racornies , dont les fibres sont trop dures, et qui ^ par conséquent, ne peuvent plus sauter , se rendent dans d'autres salles , et là, ils sont tous de-
bout, devant une planche , occupés à i regarder deux enchanteurs qui tiennent de petits cartons : c'est leur phis subUme occupation , leur langage le plus cher, leur amuisement favori, leur rêve , leur pensée unique. »
«En efïet, pendant tout le temps que dure la fête , la salle où sont les planches vertes et les cartons , ne se désemplit pas : tous les génies et les géniesses , bleus , blancs , ou rouges ( car à cette occupation , rangs , opinions , distinctions , tout disparaît ) tous donc, ne quittent pas des yeux les petits cartons coloriés qui vont et viennent: et , si l'un de vous , voulant profiter des discours admirables que les plus grands des enchanteurs
doivent tenir lorsqu'ils se rassemblent,e'coutait, il entendrait: «Quatre à cinq, quatre à quatre, trois à un, un à, deux à, trois à, un à quatre, quatre à rien , trois à rien , gagné, enfoncé , rien ne va plus, vingt francs à prendre , un danseur, le Roi, la vole , ir coup du lion, la fourche royale, etc.»
Ces juots, et ces cartons ont un tel altrait , que les fées et les génies oublient de boire et de manger , et que la salle écroulerait , qu'ils ne s'en apercevraient que si l'on venait leur dire que le palais a la vole. »
(( Quand les fées et les génies sont las de traverser en tous sens les salons de l'enchanteur , et qu'ils voient l'aurore répandre sa fraîcheur, ils s'en
vont sans rien dire à l'enelianteur qui les a reçus, et comme ils ne l'ont même pas cherché en entrant , il arrive souvent qu'un enchanteur qui donne une fête , ne sait pas quels sont h'S génies qu'il a vus. »
(( Tel est le principal amusement des fées : c'est un de leurs plaisirs favoris, pendant la durée duquel, elles oublient la terre et ses habitans , les malheureux , les malades , tout , et même, on se fait une gloire à ces assemblées, d'avoir un langaj^e plaisant par lequel tout, jusqu'aux choses les plus sérieuses et les plus lamentables , sont présentées avec des modificatifs spirituels , et l'on fait assaut de cruauté plaisante. Si un malheureux sur la
terre est ruine', et qu'on Tapprenne à une jolie petite fée, elle répondra:
« 11 n'ira plus en carrosse !. » Si la famine désole une contrée, et qu'il n'y ait pas un grain de blé pour faire du pain, on dira : « Que ne manf,'e-t-on de la brioche ! »
— J'aime mieux secourir quelque Juliette avec ma lampe, que de goûter ces plaisirs-là , dit Abel.
— Cher enfant , s'écria la fée, vous êtes heureux d'être seul dans cette petite chaumière ! car l'empire des fées a bien d'autres singularités que je vous expliquerai quelque jour , et notre pouvoir nous est vendu plus cher que vous ne pouvez le penser.
— Il est cependant un lieu tel , ToM. II. 4
repondjt-il timidement, que toutes les chaumières sont des lieux de souffrance quand on Va vu
— Je vous entends, répondit la fée en souriant^ eh bien, ne voulezvous pas rn'accompagner un moment
sur cette route terrestre , vers ce
lieu ? »
Il se leva, et, la prenant par la main, ils marchèrent ensemble vers la foret. A bel avait la tête pleine d'idées nouvelles , que le récit singulier de la fée venait de faire naître , le silence était donc entre eux deux, comme un ami commun qui leur eût servi de médiateur , et auquel ils auraient confié leurs pensées : par instant, A bel reg^ardait sa belle et gen-
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tille compagne, à la dérobée, comme s'il avait eu quelque pensée secrète à lui dévoiler j puis , il baissait les yeux et n'osait parler de peur de l'offenser. Dans ces momcns , on est plus que jamais porté à faire des questions insignifiantes, soit pour s'enhardir à parler, soit pour tromper le désir qui dévore.
— Ah! dit Abel en tremblant, nous avançons vers la forêt , racontez-moi, je vous suppHe , racontez-moi encore ce qui se passe dans l'empire des fées ; car j'ai faim de vos paroles , elles me nourrissent , et j'aime le son de votre voix comme jadis, j'aimais l'aspect de .mon père
— Cher enfant, répondit-elle avec
une vive émotion, plus je vous instruirai des usages de l'empire des fées, et plus vous trouverez ses liabitans à plaindre. Par exemple : crojez-vous que le mariage d'une fée et d'un enchanteur se passe comme vous imaginez que doive se faire l'union de deux êtres Voyons, Abel , que pensezvous de l'amour? que vous en a révélé votre amepure?
— M Ah ! dit Abel, l'amour e.st la fusion de deux âmes en une seule :
c'est une sympathie qui réunit tellement deux cœurs , que l'un n'a pas une seule pensée que n'ait l'autre :
c'est mais non , ce sentiment perd
à être défini , car je sens quelque chose d'immense qui me confond: ef ,
là , je comprends que le langage humain cesse, et qu'on en devrait parler qu'avec l'ame seule: enfin j'imagine ( pour tâcher de dire quelque chose qui puisse rendre ma pensée,) qu'une fois que l'on aime, l'amour s'empare si bien de nous et de la nature , qu'il n'y a plus que lui , le ciel et nous , comme,lorsqu'on est sur l'Oce'an dans une barque , il n'y a plus que la voûte céleste et l'eau.
— Eh bien , Abel , reprit la lée , dans notre empire , on ne s'inquiète nullement des sentimens : aussitôt qu'un enchanteur a une petite fée à marier , on commence par la parer un peu mieux qu'à l'ordinaire, et l'on regarde combien , dans sa famille, on
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peut avoir de dragons volans à l'écurie , et d'esclaves dans le palais : mais surtout , on examine avec un soin curieux , quel poids a la baguette de la famille ^ si cette baguette est de diamant, d'or, d'argent, de cuivre ou de fer, et à quel titre. »
« Ces importantes observations une fois faites ; le père et la mère tiennent à leur fille des discours répétés qui équivalent à ceci : « Mon enfant,vous avez dix-huit ans , ( car les fées prennent de l'âge tout comme un mortel ) or, c'est une honte de ne pas être mariée d'ici à vingt ans : tachez donc de tendre vos filets , et de prendre un mari , l'année sera peut-être bonne :
mais , attendu que nous avons deux
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hippogrifî'cs à notre char, et un esclave derrière , que notre baguette de Famille pèse trente carats et qu'elle esi en or, au premier titre, il yous faut un enchanteur qui ait une baguette digne de la votre : vous n'aurez pas de vertus, vous serez indigne (le vivre si vous ne trouvez pas un enchanteur qui ait un char à deux liyppogrifTes. Nous avons trois cents ans d'ancienneté , dans l'empire des fées, il faut encore que votre mari soit d'une race d'enchanteur égale à la nôtre ! gardez-vous donc bien de jamais lever les yeux sur les génies j marchez droite j conservez-vous poui' celui qui vous plaira , mais qu'il ait une belle baguette, de beaux dragons
à son char , et au moins deux cents ans de date. »
« Là-dessus , un matin ou un soir, c'est tout un , le père amène par la main , un enchanteur tel quel , et lorsqu'il est resté une heure ou deux, auprès de sa fdle , et qu'il est parti , la mère, sur un signe du père, dit à la fée : « Mon enfant, ce génie est bossu, bien fait , laid ou beau , cela n'y fait rien, ce génie, mon enfant, a quatre liyppogrifTes, il possède une baguette de diamant , il reviendra demain , tache de lui plaire , car voilà ton mari. »
« Alors la petite fée qui est curieuse et qui veut savoir pourquoi l'un
la marie, n'y regarde pas à deux fois; et, if^norant ce qui constilue le bonheur ou le malheur , elle consent parce qu'elle ne peut pas faire autreraent:alors au bout tle quinze jours elle devient l'epousc du génie, uniquement parce qu'il a une baguette de diamant. Elle sera heureuse, si le caractère du génie est bon, malheureuse au cas contraire ; cela est parfaitement égal, les baguiltcs sont du même genre ; c'est là l'essentiel. Aussi souvent , presque toujours même, les fées sont malheureuses...
« Alors, pour se venger, elles s'amusent à contrarier leurs maris : tout ce qui vient de lui , est toujours empoisonné , par cela seul qu'il vient de ToM, I. 5
lui : s'il a de bonnes qualités, on en convient, mais il y a toujours quelque chose, quelque vice qui les gâte, et ce vice équivaut toujours à ceci :
c'est un mari.
« L'enchanteur de son côté , ne saurait aimer sa fée, parce que c'est toujours la même fée j et qu'elle n'a pas le bon esprit, comme le font quelques fées, de se métamorphoser de mille manières , de sorte qu'elles offrent mille fées en une seule ; alors la plupartdes mariages sont malheureux... >»
— Et vous? demanda sur le champ Abel , êtes vous heureuse ou malheureuse V vous avez une belle baguette, de qui la tenez-vous ?
— D'un enchanteur qui me fui
bien cher.... : » dit-elle alors, et les
larmes lui vinrent aux yeux
« Abel, j'ai e'té mariée , mon enchanteur est mort , et j'ai e'té bien malheureuse!., un jour je vous raconterai mon infortune : qu'il vous suffise de savoir que je suis libre, et l'une des plus puissantes et des plus riches de
toutes les fées »
Ils étaient sur la lisière de la foret : là , la fée des Perles dégagea doucement son bras que tenait Abel ; et, par un geste , elle lui défendit de la suivre: bientôt elle disparut, en laissant le jeune homme en proie à son délire. En eflet , il venait de voir, pendant celte matinée, la fée des Perles, peut-être encore plus belle
que lorsqu'ellearrivala nuit, entourée du prestige de son pouvoir. Elle s'était montrée sous le costume le plus élégant et le plus simple ; elle avait pétillé d'esprit et de grâces; sa taille fine et délicate , la beauté pure de son visage, le charme de son ame tendre, tout s'était déployé avec une vivacité, une plénitude qui l'avaient enivré.
— Ah! je l'aime!.... s'écria-t-il , après avoir écouté longtemps le bruit lointain du char qui emporta la fée :
serais-je jamais sûr que mon hommage ne lui déplaira pas?., hélas ! aurais-je jamais la pureté d'ame , de désir , et de pensée dignes de cette créature des cieux ! toute la douceur de la nature est dans son œil , et son œil semble j
être un faible voile à travers lequel
on aperçoit son ame! rjue faire
pour la mériter? Ensuite, m'aimerat-elle ! »
Telles furent ses pensées , en revenant lentement à la chaumière : le souvenir de cette charmante matinée se gravait éternellement clans son cœur , car il devait toujours se souvenir des moindres paroles , des moindres gestes de la fée , ainsi que de l'aspect que présentait le ciel durant leur conversation : cette douce souvenance est un des attributs de l'amour.
Abel, en approchant de sa chaumiêre,entendit des cris de joie immodérés, des éclats de rire, et un bruit de bouteilles et de plats : il se Jiâta
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d'entrer par la liaie du jardin, et trouva Caliban assis sur une escabelle cl accoudé sur une table couverte des débris d'une foule de mets. Le vieux serviteur était ivre : il tenait d'une main une bouteille , de l'autre , un verre ,et il cbantail à gorge déployée. Tout ce qu'Abcl put tirer de lui, ce fut d'apprendre que le malin , il avait été frotter la lampe , à la pierre enchantée; qu'il avait demandé au génie, un bon festin qui, dans l'espace de deux heures , lui avait été apporté et servi par les gens de la fée. Abel, laissa le pauvre Cahban ^ entre ses bouteilles , et ce vieux serviteur , en perdant la raison , ne perdit pas grand' chose.