CHAPITRE X
Catherine.
Pendant que ces clioses se passaient à la cliaumlèrc du diiniiste^ le village était en re'voiulioii, et Ton ne saurait en donner une image complète, qu'en introduisant le lecteur dans la maison de M. Grandvani, le père de la jolie Catherine.
Nos peintres font souvent dans leurs admirables tableaux , des inte'rieurs séduisans : pourquoi l'humble prose ne pourrait-elle pas approcher de reflet produit par le pinceau, et tra-
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cer des lignes que l'œil de l'ame colorerait des plus vives teintes? Les muses sont sœurs et par conséquent rivales.
Voyez donc ce village n'ayant qu'une seule rue, encore n'élait-elle pas droite, obéissant ainsi à la loi qui veut que toutes les choses humaines aillent de travers : les chaumières avaient chacune leur petit jardin , leur cour pleine de paille, l'humble demeure d'un âne, ou des poules fécondes, et contenaient des habitons laborieux, pauvres,mais ayant une même somme de bonheur et de mallieur que les citadins, si ce n'est que leurs afFect ions portaient sur de plus simples objets. A moitié chemin, s'élevait la
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maison tlu Seigneur, peu diflérente de celles des paysans , mais douée d'un clocher harmonieux , historien ve'ridique qui présidait à la vie et à la mort, comme à toutes les occupations des habitans. Devant l'éi^lise, dont le Dieu était simple et sans laste, une place,cntourée de jjjrands ormes, voyait tous les dimanches les ébats d'une jeune troupe dansante, entendait le gros rire excité par le vin, seul amour des vieillards; et là, la renommée, l'opinion publique, y dressaient leurs tréteaux, tout comme ailleurs, bien qu'ils fussent de bois qui gardât encore son écorce.
Sur cette lace était une maison un peu moins humble que les autres:
elle avait un premier étage orné de trois croisées à persicnnes vertes; la porte était peinte avec un soin tout particulier^ et le Girodct de l'endroit avait su trouver deux teintes de gris pour figurer des moulures. Enfin, au-dessus de la porte, il écrivit Mairie y sans faute d'orlhographe^ parce qu'il avait peint ce mot sacramentel à Y 2dàcdi\x Bulletin des lois. De chaque côté de la porte, vivait un rosier entouré d'un petit treillage vert, et ces rosiers portaient leurs télcs touffues garnies de roses, jusqu'aux persiennes du premier, habité par la chai mante Catherine, car cette maison est celle de son père. C'est la seule, celle du curé exceptée, qui soit couverte en
tuiles rouges, et qui ait un f,'renier où l'on puisse étendre et séclicr la perkalc que soulève le sein de Catherine , et la cravatto dont le maire a fait son e'cliarpe.
En entrant dans cette maison, on reconnaît sur-le-champ la présence d'une fille; car la propreté la plus recherchée est la seule chose qui décore l'escalier antique qui s'offre aux regards. D'un côté est la cuisine , à la large cheminée , aux fourneaux de terre cuite, au carreau toujours brun quoique propre : le coffre au pain , l'armoire aux provisions , la poêle suspendue, la table reluisante, tout est net, et il n'y a pas une seule araignée pour écouter le bruit mé-
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]ancoIi(j[ue des goiUles d'eau qui s'échappent lentement de la fontaine d'osier qui garnit un des angles. De l'autre côté,est la chambre de Grandvani : au fond , on voit le lit à colonnes torses antiques et à rideaux de serge verte :1e plancher est en solives de noyer, et le carreau de tuile est propre et toujours frotté. Sur la cheminée de pierre de liais , est un miroir à côté duquel pend l'almanach de l'année, d'un côté; et de l'autre , une mauvaise estampe qui représente la mort de ce pauvre Crédit tué par les peintres , les musiciens , les auteurs , les acteurs, les agioteurs , avec une longue histoire qui commente cette tragique aventure 3 mais le dessinateur
ne pouvant représenter les gouvernemens, sous une forme matérielle, attendu qu'ils en changent trop souvent, a oublié ces assassins du pauvre Crédit. En face la cheminée, se trouve une longue boîte qui contient dans son corps fluet le balancier d'une horloge à sonnerie, surmontée de la statue d'un animal dont la dorure s'efface. Le papier qui décore le mur est chargé d'oiseaux qui chantent, vous regardent sans cesse , et ont l'air d'avoir été médusés ; car ils restent éternellement à la même place, vous regardant toujours du même œil, ce que ne font j)as les souverains et les amis. La fenêtre est ornée de deux rideaux d'indienne à mille fleurs
doubles de calicot; et c'est là, qu'une chaise en permanence devant une petite table à ouvrage, en manière de seivantejSur laquelle sont des ciseaux, un dé, du fd, de la cire, la veste de Grandvani , une collerette à moitié brodée, vous dit que c'est la place habituelle de Catherine. C'est là qu'elle se met, parce que delà elle aperçoit, à travers le carreau, tous ceux qui passent sur la place. Avant de connaître Abel, elle voyait venir de loin le maréclialJacques Bontems, et son père savait quand il approchait,en voyant Catherine venir l'embrasser; car elle n'osait avouer qu'elle accourait pour se regarder dans la glace, afin de s'assurer que son fichu
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était droit, sa figure gentille et ses boucles de cheveux bien pose'es : elle rougissait , écoutait , et courait ouvrir la porte après avoir mis une chaise à côté de son père.
Pour Grandvani, il était au coin de sa cheminée , du côté de son lit , dans une grande bergère de velours d'Utrech , dont on ne distinguait plus la couleur primitive j mais il y avait gros à parier qu'elle fût jaune jadis , attendu qu'elle était presque blanche tant elle était usée, et que le jaune seul devient blanc. Ce vieillard toujours en culotte noire, en bas noirs, avec un habit bleu à gros boutons de métail taillé à facettes , et portant un bonnet gris en forme de pâté , tel
qu'en ont les conducteurs de diligence , ce vieillaid, bon homme et gai, un peu ;ivave, aimant le vin, mais encore plus sa fille , agissait , dans le pays dont il était le coq, comme les autocrates d'orient, c'està-dire , qu'il sortait larement, et son occupation favorite était de jaser et de lire. Il avait à côté de lui, une lablesur laquelle gisaient les registres de la Mairie , un encrier, quelques plumes , le cachet , signe de son pouvoir ; enlin , une bible à estampes , plus les lois et ordonnances qu'on lui envoyait, et d'oiiil tirailles principes de sa conduite, en cherchant à deviner celle du gouvernement ; recherche dans laquelle il était aidé puissam-
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ment par Jacques Bontcms , ce qui fait qu'ils se trouvaient deux à s'égarer dans ce labyrintlic inextricable.
Le plus souvent le silence réi^nait, et le balancier de l'horloge était seul à parler ^ sur tout depuis que Catherine aimait Abel.
Les meubles de celte chambre étaient à l'avenant :une table de noyer qui avait servi à plus d'une fête, des chaises garnies de coussins d'indienne, des fauteuils antiques , et sur la cheminée devant la glace, une bonne vierge de plâtre , tenant son enfant aux joues couvertes d'un peu de carmin, un portrait en plâtre du Roi, et un buste de Bonaparte ( ce dernier dans l'armoire), composaient l'ameU' ToM. 11. 6
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blement de celte demeure de paix et de tranquillité. C'était devant ce foyer, et devant Grandvani , que l'on venait vuider toutes les querelles du village ; il en était le roi, et il n'avait pas d'autres ministres que le curé cl le maréclial-des-loj(is ; tous gens de bonne composition, n'aimant ni les réactions, ni les interventions^ ni les révolutions, ni les deslitutions , ni les épurations, ni les conspirations, véritables ou non.
Ce salon de paix respirait donc une aisance champêtre , et un calme qui plaisaient à l'ame; mais il aurait paru le paradis , à qui eût vu la charmante Catherine assise sur sa chaise , le visage éclairé par le jour , la main agile
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à tirer le point, doucement rêveuse , et regardant son père avec une tendresse douce et calme, un plaisir pur j chassant par fuis les boucles de ses cheveux, de dessus son front blanc et riche d'innocence, et se levant pour chasser quelques !:,^rains de poussière, seule chose qu'elle put haïr au monde. Telle elle était jadis, naïve, rieuse, le regard vif^ mais ignorant et chaste, écoutant tout avec une curiosité de vierge, et souriant à ce qu'elle ne comprenait pas ; mais au moment que nous allons décrire, si l'ameublement, la chambre, Vair, le bon Grantlvani, rien n'est changé , la pauvre enfant l'est étonnemment.
Une lampe est placée sur la chemi-
nëe, Grandvani est à demi-assoupi dans sa bcrjrère , et Catherine se brode un fichu de moussehne, à la lueur rou£,^eâlrc de l'astre nocturne qui brille dans cette modeste chambre :
Françoise la domestique , est dans un coin qui tourne son rouet et file en silence. La pauvre Catherine qui , jadis, causait à tort et à travers sur ce qui se passait au villaLjo et remplissait,auprès de son père, l'office d'une gazette , et l'empêchait de dormir aprèsson dîner, Catherine, est muette, même après l'événement qui étonne le village et dont le bruit n'a pas encore franchi le seuil delà maison du maire:
cependant Catherine connaît le fait , puisqu'elle est une des actrices, et
qu'elle a VU de ses yeux ce qui slupéjle le village entier: oui, mais Catherine est muette , elle laisse endormir son père qui lonL;lemps , lâche de retenir sa tabatière qui enfin s'échappe d'entre ses doigts : Catherine tire le point de son feston lentement ; souvent elle s'arrête , lève les yeux , croit apercevoir une image chérie , et se plaît à cette contemplation.
La pauvre enfant aime, elle aime de l'ame , ses sens n'y sont pour rien : elle voudrait entendre t(3ujours celte douce voix qui parle enchantement et féerie relie voudrait toujours mêler, par un regard , sou ame à celle de celui qui lui paraît toute beauté, tout amour.
Le silence rèj^nc si bien dans la chambre , que l'on peut compter les mouvemens de riiorloi,^e et du rouet de Française j tout à coup, on frappe à la porte, et plusieurs voix se font entendre : on remarque celle de Jacques Bontems. Catherine ne se lève plus précipitamment , ce n'est plus elle qui court ouvrir la porte , elle ne regarde plus au miroir encadré dans du bois noir, travaillé et sculpté; non , elle reste immobile , les pleurs sont prêts à envahir la limpidité du cristal de SCS yeux d'amour , et c'est Françoise qui se lève et court ouvrir la porte : à ce bruit Grand vani s'éveille !
Le père d'Antoine et le maréchaldes-logis entrent, et leur contenance
annonce qu'un événement extraordinaire a eu lieu.
— Bonjour, M. le maire, dit le gros fermier en s'asseyant auprès de Grandvaui
— Cela va-t-il bien, père Grandvani? dit le grand cuirassier en secouant la main du père de Catherine; et vous , mademoiselle, ajouta-t-il en «'adressant à la jeune fille , vous ne reconnaissez donc plus vos amis , puisque depuis un temps infiiii,vous
ne venez plus ouvrir c'est que
j'entendais bien , à travers la porte quand c'était vous ! vous fredonniez si joliment un petit refrain de chanson. » Catlierine ne répondit rien
et Jacques Bontems la regarda avec e'ionnement.
— M. le maire, dit le gros fermier en tournant son chapeau entre ses mains, je viens pour une affaire de conséquence: mademoiselle Catherine vous en a sans doute parlé , car il n'y a pas un enfant dans le village, qui n'eu cause.
— Qu'est-ce donc, répondit Grandvani ? non, je ne sais rien.... Françoise, apporte-nous une bouteille de vin , cela nous rincera le gosier.
— Et la poussière s'en ira en paroles , ajouta le soldat.
— Figurez-vous, continua le fermier, que cet petite Juliette qui voulait épouser mon fils, est revenue
cette nuit chez elle avec trente mille trancs en or.
— Bail!... dit Grandvani en ouvrant de grands yeux, où donc les aurait-elle pris V
— Ali! mais voilà !... reprit Jacques Bontems, c'est (ju^il y en a r/id disent , qu'elle qui n'avait pas un sou vaillant, et qui avait le diable au corps pour Antoine, aura été détrousser quelqu'un! car une lille qui aime , c'est pire ([u'un régiment de grenadiers.... »
Ici , Catherine se mit à rougir et interrompit brusquement le cuirassier, en s'écriant : w Fi, que c'est mal d'accuser cette pauvre Juliette, d'une action aussi infâme!.... Elle qui est ToM. II. 7
si douce, si aimante, si jolie, comment voulez-vous ?....
— Ali ! vous en savez quelque chose, dit le fermier ; car tout le village dit que vous l'avez aidée à porter jusque chez elle le sac d'or.
— Certainement , répondit Catherine.
— Ah! père Grandvani , s'écria le cuirassier, voyez donc votre fille! en a-t-elle un pied de rouge sur la figure j c'est comme un régiment d'anglais qui galopperait jusque sur son front. »
Grandvani regardant sa fille, lui dit avec un ton qu'il voulait rendre sévère : « Catherine , que signifie ce mystère , qu' est-il donc arrivé ?.. Est-
ce que ce serait toi qui aurais ouvert si doucement la porte à dix heures j j'ai cru que c'était Françoise !... et je cherchais déjà qui pouvait être son amoureux.
— Oui, mon père, c'est moi....
A ces mots , Grandvani posa son verre sur la table , Françoise quitta sou rouet , le cuirassier caressa sa moustache, le fermier ne tourna plus son chapeau, et tous les quatre restèrent immobiles , l'œil attaché sur Catherine , la bouche béante , et la pauvre enfant , regardant le fermier , lui dit :
— Eh bien, père Verniaud^ vous allez rendre votre fils heureux puisque Juliette est riche, et vous venez
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sans doute ici , pour remplir formalite's.
— Non , mademoiselle , reprit le fermier ; tant que je ne saurai pas à quelle source Juliette a puisé ses trente mille francs, je ne bougerai pas.
— Allons , ma fille , dis-nous d'où cela lui est tombé ? »
Alors Catherine , en rougissant , maintes et maintes fois , raconta l'apparition du génie de la lampe , aussitôt qu'un beau jeune homme la frottait et frappait sur la pierre enchantée. Elle dit tout ce qu'elle savait sur le fils du chimiste , et ses éloges naïfs , sa candeur , allumèrent la bile de Jacques Bontems , qui s'écria :
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— Nojn d'un petit bon homme y j'y vois clair! et ce beau conscrit là est quelque malin qui n'aura fait que payer ce qu'il prenait.... par le tuyau de ma pipe, mille Lombes, vous ne serez pasle grand-père du garçon de votre lils, père Verniaud , car cette mairie-là cache p^neic^uc farce j et je vous dis que c'est une couleur que mademoiselle Catherine nous donne. Une lampe qui crache des génies qui ont des e'cus!.. à d'autres !.. l'argent est si liaut que personne ne peut l'atteindre!
comment veut-on qu'il pousse comme cela?....
— J'ai dit la vérité' î reprit Catherine avec un accent plein d'innocence:
ce que j'ai raconlé, je l'ai vu, et quant
à Juliette , j'ignore ce que M. Bontems veut en dire.
— Je sais bien qu'avant la révolution,dit le maire, cette chaumière avait une cheminée comme celle d'une forge , et lorsque j'y fus, par l'ordre de M. le curé, j'y vis comme des diables j mais , il se pourrait bien qu'on y ait fait de la fausse monnaie. »
L'idée de Grandvani fut saisie avec avidité , et sur le champ , on envoya Françoise chercher Juhette.
Elle vint: Antoine l'accompagnait, ils se tenaient par la main , le bonheur le plus pur animait leurs yeux , leurs mouvemens , leur contenance.
Ils ne disaient pas un seul mot sans se consulter de l'œil, ne restaient pas
une minute sans se regarder et semblaient craindre que le Temps avec tous ses siècles , n'eût pas asssz d'espaces pour suffire à leurs tendresses.
Antoine, ijraud , fort j Juliette , mince, fluette , jolie , étaient là , devant le maire, comme un modèle, une image éternelle d'une heureuse union.
— Voyons, dit le maire , une des pièces d'or de votre dot? »
Juliette en jeta une sur la table, et tout le monde la fit retentir sur le carreau , sur le manteau de la cheminée, et toujours elle fit entendre ce son pur et agréable , cet harmonica au bruit duquel tombent les consciences des hommes et les murailles des villes, après lequel tout le monde
court, et dont le tintamarre le plus bruyant ne vaut pas une minute de plaisir.
— C'est bien extraordinaire !...
s'écria Grandvani convaincu que la pièce était de bon aloi.
— Allons, ditle fermier, craignant déjà que les trente mille francs lui échappassent j puisque mademoiselle Catherine est témoin du fait, Antoine épousera Juliette^ quitte à vérifier l'existence de la lampe: ce sera un bien pour le village, si l'on peut avoir tout ce que l'on désire.
Il ne fut question que de la Lampe Merveilleuse dans tout le village , et tout le monde tourna des regards d'envie vers la chaumière : les uns
revo(iuaicnt en doute une pareille aventure, les autreSjCn voyant Juliette et sa dot, souliaitaient qu'il leur en arrivât autant; enfin, tous desiraient voir le bel habitant de la chaumière du diable. Au milieu de toutes ces circonstances, il y eut un tel contentement de l'heureuse re'ussitc des amours de Juliette et d'Antoine , que tous les matins les jeunes lilles du vil lage vinrent mettre une fleur aux ban qui e'taient affiches à la porte de la Mairie.
Ces rubans, ces fleurs, Catherine les voyait j et, cbaque jour, ils excitaient une vive peine au fond de son cœur ; car la félicité de Juliette lui Faisait comparer son sort au sien , et
cette comparaison lui était bien cruelle.
Quelques jours après cette scène, elle fut trouver Juliette , et lui dit :
« Tues heureuse, loi !.. ôma chère amie, j'ai hérité de tout ton malheur!
j'aime ton bienfaiteur, aide-moi, je t'en supplie, à rester seule en possession d'aller à la chaumière de la colline : tu vois, comme tout le monde dans le village, parle de se rendre à son habitation pour le voir, lui, sa lampe, car c'est sa lampe plus que luimême qu'ils veulent examiner ! ils l'importuneront , il verra d'autres êtres que moi! n'est-ce pas assez que j'aie déjà sa fée pour ri\ale? aidemoi donc, ma chère Juliette, et pu-
blions qu'il a dit qu'il ne voulait correspondre qu'avec l'une de nous deux , et tu auras bien soin , si quelqu'un désire quelque chose, de toujours t'en rapporter à moi. »
En entendant ce discours entremêle' de pleurs, Juliette consentit à tout 3 mais elle supplia de son côté Catherine, de faire en sorte que le bel inconnu vînt à sa noce et fût témoin du bonheur qui était son ouvrage.
Lorsque cette singulière volonté du fils du chimiste se répandit dans le village , Jacques Bontemps, réfléchissant au changement de conduite de Catherine , commença à soupçonner quelque drôlerie, car telle fut S(H1 expression; et il se promit bien de
découvrir le secret de cette aventure mystérieuse.