CHAPITRE XL
La Lampe est volée.
Un matin j Catherine revint à la chaumière qui contenait toute sa vie et son bonheur : elle aperçut Abel assis sur son banc^ et du moment qu'elle vit celui qu'elle aimait, son visage quitta l'expression de douce mélancolie quiy résidait, pour prendre celle de la joie la plus pure. Abel était triste, elle le vit sur-le-champ , et sur-le-champ , clic devint triste ; car elle ressemblait à ces nuages qui , dans le ciel, empruntent leurs couleurs du soleil.
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— Qu'avez-vous? lui dit-elle, d'un son de voix qui respirait une tendre compassion.
— Hélas ! répondit-il, voila trois jours que je n'ai vu ma petite fée, je ne saurais vivre sans la voir. Ah! ma chère Catherine , elle m'infuse la vie par un regard : loin d'elle ou sans elle,tout est froid, sans couleur, terne , mort; rien ne me plaît: tout-à-l'heure j'ai dit quelque chose de dur à Galiba«, et le pauvre homme a pleuré!
j'aurais voulu me mettre à ses genoux, et lui demander pardon, mais quand il a vu ma douleur, il a prétendu qu'il voudroit toujours être maltraité ainsi:
j'ai pleuré à mon tour, et je me suis
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réfugié là, sur ce banc, pour penser à la jolie fe'e des Perles.
— EUe est donc bien jolie?... dit Catherine, oubliant en ce moment toutes les recommandations du village.
— Je l'ignore presque, répondit Abeljcar, alors que je la vois, je crois avoir une vision céleste qui me présente une ame pure, dégagée de toute circonstance humaine.
— Vous n'aimerez qu'elle au monde.... ? demanda Catherine en tremblant.
— Oui, dit Abel,jen'aimerai qu'elle d'amour; car toi, je sens que je t'aime!
Catherine resta pensive : ce mot, quoique dépouillé du sentimentqu'elle
demandait, ne lui parut pas moins un discours tout divin.
Enfin, elle rompit le silence pour supplier Abel de venir à la noce de Juliette. Abel s'y refusa long-temps j mais Catherine mit tant de charme et de grâce , elle insista avec tant d'ardeur , que le fils du chimiste consentit à descendre au village.
— Catherine , dit-il alors , c'est à une condition : je ne t'ai rien donne qui te rappelât avec quel amour de frère je t'aime; je veux qu'à cette fête, où chacun se parera, tu sois brillante. Viens ?... et , la prenant par la main , ils s'en furent à la pierre, Abel fit la cérémonie d'usage avec la lampe qu'il portait toujours sur lui: le joli gé-
nie, la tête couronnée de fleurs, toujours fraîches , toujours nouvelles , parut sur-le-champ, et Abel lui dejnanda une parure superbe pour Catlierine. Le génie cueilla un long brin d'herbe encore cliargé de rosée, prit la mesure de la taille svelte de la jeune fille qui rougissait^puis, il promit d'obéir aux ordres de son niait r(!
le plus promptement possible.
La pauvre Catherine s'en fut toute joyeuse (car elle espérait toujours ), annoncer cette nouvelle à Juliette.
« 11 viendra;,lui dit-elle; sans doute, tous les regards tonibeiont sur lui .
et moi seule, je pourrai presser sa main, sentir son ame, ah! ce lionheur est beaucoup, c'est tout... Oui! c'est ToM. II. s
tout ce que je demanderais au ciel!...
A quelques jours de là, Catherine e'tait prête à se coucher ; soudain grand bruit sur la place , elle ouvre sa fenêtre, et aperçoit un cavalier qui se dirige vers sa maison. Le cavalier approche, il s'arrête devant la porte:
Catherine dcscend^et, sans mot dire, l'inconnu lui remet un |)aquet sur lequel elle lut à la clarté de la lune , seul réverbère qui soit au village , et dont le gaz ne manque jamais: « A mademoiselle Catherine Grandvani.»
On pense bien que Cat erine ne dormit guèe, lorsqu'après être revenue dans sa modeste chambre, elle eut défait le paquet, et admiré une charmante parure, composée d'une robe
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de dessous en satin blanc et d'une autre robe qui lui sembla être de la dentelle, mais qui, au fond, n'e'tait qu'un très beau tulle brode' : un rang de fausses perles, qu'elle prit pour de ve'ritables filles des ondes orientales , badinait et courait dans les sinuosités des crevés qui formaient la garniture, et le corsage de cette robe cliarmante avait une grâce qui ravit Catlierine. En effet , le haut des manches était garni de glands de perles qui jouaient autour des bras et le corsage , entre ses deux seins d'amour, dessinait un (delta) A renversé, qui à chaque angle , était terminé, par des masses de perles.
Un peigne en or garni de perles,
des souliers de satin noir, des gant.s blancs ^lace's et très fins complétaient cette parure j mais ce qui montrait qu'une lenmie avait présidé à cette toilette, c'est que Catherine trouva au fond du carton un collier délicieux et des boucles d'oreilles formés de gros grains de jais magnifique.
Apparemment, la fée avait pensé qu'il n'y avait qu'elle dont la peau fût si blanche (jue les perles s'y contbndîssent. Le collier noir était-il une épigramme à sa rivale , ou une attention délicate? la question est difficile à décider : quoiqu'il en soit , le collier fut la seule chose que Catherine osât essayer : elle dégagea son joli col^ mit le collier noir et sauta de joie , frappa
dans ses mains en voyant combien sa peau d'albâtre paraissait mille Ibis plus blanche par l'efFet de ce bijou.
Elle s'en lut à sa croise'e, regarda dans les airs du coté de la colline , et là, son cœur adressa mille tendresses d'amour à son idole cbe'rie; et elle chargea les zéphirs de ses prières :
certes, ils durent voler moins vite, et, cette nuit , les fleurs ne courbèrent point leurs tètes sous l'haleine embaumée des fils de Flore.
— On a beau dire , ajouta-t-elle en revenant à sa glace , une fille a un tout autre air avec des bijoux ! cela donne une tournure.... et la pauvre enfant, ivre d'un orgueil bien pardonnable,(car il ne cause Ja perte de
personne) pensant à tout l'éclat dont elle brillerait à la noce de Juliette , courut éveiller Françoise y et une seconde fois elle s'extasia sur sa parure, et en jouit doublement en voyant l'étonnement de Françoise.
— Ah! s'écria-t-elle , quand elle tut couchée, celui qui donne une telle parure doit m'aimer....
Le jour tant désiré du mariage d'Antoine et de Juliette arriva. 11 faudrait le pinceau de l'école hollandaise pour donner une idée du tableau que présenta la place de l'église.
Sous les ormeaux touffus, on avait semé du sable lin, et formé une place carrée, au bout de laquelle quelques
tonneaux vuides, recouverts par des planches, servaient de trône aux deux me'nétriers du villai^e, dont les violons e'taient garnis de rubans de toutes les couleurs. Devant cet aréopage de musique, une foule de jeunes gens et de jeunes filles, tous pare's, et le visage empreint de celte gaîtë franclie qui naît de l'oubli des travaux, riaient, dansaient, folâtraient avec une sincérité , un bruit , une confusion qui inspirait l'envie de s'y mêler.
Autour de la place, il v avait des tables toutes dressées, et les viedlards, en habit de gala, parlaient, raisonnaient et déraisonnaient en se servant à boire ou en jouant aux cartes. Quel-
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ques-ims cependant restaient debout^ les mains croise'es derrière le dos , et contemplaient les ébats de la jeunesse, en se souvenant de leurs jeunes années et faisant des réflexions sur l'approche de leur hiver. Ces visages bâlés sur lesquels on lisait les laols fatigue et travail, souriaient tous^, et les chants de la joie allaient aussi haut qu'ils le pouvaient dans les airs. J'imaf;;ine <]u'il y avait quelqu'ange du ciel^ (jui,de la voûte,leur versait cet esprit d'oubli des maux^ le don le plus précieux.
Le couple fortuné n'était pas encore arrivé, et Catherine man(|uait aussi. Catherine , après la messe , s'était hal^illée furtivement , et fur-
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tiveraent avait etc cherclier son cher Abel. Aussi, après la danse, on regardait du côté de la rue, et une inquiétude grave se manifestait sur les visaj^es des gens de la noce, privés des souverains de la fête : une curiosité encore plus forte agitait les esprits , car on n'avait pas oublié que Juliette s'était vantée de voir à sa noce son beau bienfaiteur , le fils du chimiste.
— Viendra-t-il avec sa lampe? demandait une jeune paysanne.
— On dit qu'il est beau comme un ange du ciel , disait une autre.
— Savez-vous , disait un fermier, dans un coin à l'un de ses confrères , que le gros Mathurin n'est pas sûr tle
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reiiouveller son bail pour la belle ferme de iiiadame la duchesse de Somnierset, cette princesse anglaise si riclie! et tjue c'est une bonne chose à faire que d'en offrir douze mille francs : si cette lampe dont on parle tant j avait le pouvoir de signer des baux, ce serait encore mieux.
— Est-ce que tu crois ces bêtises là, répondit le fermier? »
A ce moment, des petits enfans parurent dans la grande rue du village et ils accoururent avec un air d'étonnement qui donnait lieu de croire qu'il arrivait quelque chose d'extraordinaire : ils retournaient la tête maintes et maintes fois , s'arrêtaient , regardaient , et puis accou-
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raient en silence et comme stupéfaits.
Bientôt l'on vit arriver sur la place, Catherine dans sa brillante toilette, donnant le bras à Antoine , et le fds du chimiste conduisant Ja jolie Juliette; le père d'Antoine suivait respectueusement A bel , car un homnu* qui jette trente raille francs à une jeune fdle comme on jette un morceau de pain à un pauvre chien , n'était pas à dédaigner. A l'aspect de ce ([uadrille le silence réi,aia, et l'on accourut en haie sur son passage, il semblait que l'on n'eût pas assez d'yeux pour contempler Abel, dont la mise singulière et la beauté frappaient d'étonnement tous les paysans. La lampe surtout , cette lampe qu'il portait en
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sautoir^, comme la chose la plus précieuse qu'il eût au monde, puisqu'elle venait de ia fee des Perles , la lampe semblait un soleil dont tout le monde voulait avoir un rayon. Ce ne fut que longtemps après que cette première fureur de curiosité eut été assouvie , qu'un long murmure se fit entendre quant ou vit Catherine aussi belle , aussi resplendissante.
Le percepteur se trouvait à côté de Jacques Bontems qui , à l'aspect de Catherine habillée aussi somptueusement, avait froncé le sourcil et renmé la tète, d'une manière singulière j le percepteur dit à l'un de ses partisans, assez haut pour que le cuirassier Tentendit :
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— Voilà ce que c'est que de connaître des enchanteurs !... ils doiuicnt de belles robes ; voyez mademoiselle Catherine^ elle a joliment lVott(' la lampe , puisque l'on dit qu'il laut la frotter pour avoir ce qu'on veut. »
Le ton ironique de ces paroles enflamma le mare'clial-des-lojL:;is , qui se retourna vers le pauvre percepteur et le regarda de manière à le laire taire sur le champ.
— Sac à chiffres!... s'écria- t-il, pur mon bancal, ( c'est le nom que les cuirassiers donnent à leur sabre ) il ne tient à rien que je ne te si jamais j'entends une syllabe de médisance sur Catherine, je coupe les oreilles de l'orateur , c'est entendu...
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marchez au pas, et gare la bombe ! »
Jacques T3oiitems aimait Catherine, il l'aimait profondément, quoique ses manières brusques, son écorce semblassent incompatibles avec ce sentiment si délicat. Ce sentiment du cuirassier était comme le tableau d'un grand peintre qui met en scène un homme violemment agité : vous regardez? rien ne trahit l'émotion j vous examinez? et la manière dont il tient sa main , son pied , ou dont il froisse sa poitrine vous donnent la sueur froide; ainsi un mot, un geste de Jacques disaient tout: il serait mort pour Catheiine , avec le même sangfroid que s'il eût obéi à son capitaine. Abel se tint debout contre les ton-
neaux , c'est assez dire que Catherine n'eut pas d'autre place ; Jacques Bontems viut trouver la fille du maire, et la regardant avec un air d'intérêt et de douleur, il lui dit à l'oreille de manière à ce que personne ne put entendre :
— Catherine , je t'aime du plus profond de mon cœur , et quand tu serais éprise d'un autre, je ne t'en chérirais pas moins ; mais , mon eniant, la vanité te perdra, ces beaux habits te trahissent, et tout le monde fu jase: tu peux être plus belle pour les autres , mais pour ceux qui t'aijhent , sous quel(|ue forme qu'on t«
voie, tu seras la même ([ui t'a
doimê cette parure ?
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■ — La lampe, dit-elle en rougissant.
— La lampe !.... répe'ta le cuirassier en remuant la tête : ah ! Catherine î Catherine , je m'en assurerai !.... »
La jolie iille n'entendit pas ces derniers mots. En effet, la présence d'Abel qui ne parlait qu'à elle, et lui gardait sa place , as ait rendu la pauvre Catherine presqu'ivre de bonheur : elle était gaie , vive , animée , et sa folie d'amour semblait se répandre sur toute l'assemblée,
Catherine venait à chaque instant recueillir les paroles d'Abel, interroger son ame , épier ses regards , jouer avec la lampe qu'un cordon de soie passé autour de son col laissait
pendre sur son cœur, et Abel de son côté avec la naïveté qui le distinguait, passait ses doigts dans la chevelure de Catlierine , lai pressait la main devant tout le monde , et tout le monde enviait le bonheur de Catherine ; et personne , pas même Grandvani , n'osait parler à ce beau jeune homme qui, par sa pose et son air, ressemblait à un roc élevé sur les mers , au bas duquel jouent les habitans de l'onde amère.
— Tu es bien jolie aujourd'lmi , Catherine , ^^ lui disait Abel , et Catherine de danser en souriant à chacun , et de dire à Juliette : (( Je suis la plus heureuse qui soit en ce moment sur la terre : il m'aimera , la
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ferveur de mon amour aura sa récompense. »
Jamais il n'y eut pour Catherine une plus heureuse journe'e, une e'poquc de sa vie plus belle et plus gracieuse ; et les incidens les plus simples , furent pour elle des événemens qui se gravèrent dans son souvenir d'une manière ineffaçable.
En dansant avec un abandon , un charme , un plaisir céleste , son collier noir se détacha , et tomba par terre , aux pieds d'Abel. Il le ramassa, le tint longtemps entre ses mains , le froissa, s'en amusa , le fit tourner :
Catherine , après la contredanse , s'aperçut de l'absence de son collier , elle le chercha; Abel, qui le cacha
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dans son sein , la laissa quelques momens en proie à son inquiétude.
— Mon collier!.. )) dit-elle, et tout le monde de chercher : « Je n'y attache de prix, dit-elle à Abel , que parce qu'il vient de vous !.. » Abel le tira de son sein, baisa le collier et le passa lui-même au col de Catherine qui, furtivement, embrassa le collier à la même place. Le collier dès ce jour fut tout son tre'sor.
Après chaque contredanse j elle accourait vers Abel, avec la joie, la le'gèreté, le bonheur d'un jeune faon qui retourne à sa mère après avoir e'té jouer un moment sur l'herbe fraîche : regarder cet amant chéri pendant qu'elle dansait , de'sirer la
lin de la rij,nirc pour se trouver à ses cotes, et lui presser la main, tels étaient les faibles riens qui nuançaient son bonheur et sa soire'e par des accidens de peine et de plaisir. Il faut avoir aimé , il faut avoir senti sa poitrine comme déchirée par le dernier coup del'heure du rendez-vous, lorsqu'on vous a dit : « à telle heure je vous attends » pour connaître la joie de Catherine^ et ressentir leur volupté pure en lisant le récit de ces simples événemens qui en forment de Lien grands pour le cœur.
Catherine sentait dans son ame une telle bienfaisance, qu'elle accourait par fois à côté de Jacques Bontemps, le lutinait, riait avec lui 5 et le pauvre
cuirassier était content de ce bonheur de re/?e^, tant Catherine y mettait de ijrâce et de gentillesse. Enfin elle parut si charmante, que toutes les jeunes filles et les jeunes j^^ens, les femmes et les vieillards , tout le village enfin l'admiraient et lui portaient non pas envie , mais ce sentiment qui se trouve entre l'admiration et la jalousie. Cette fête fut son triomphe , le plus beau jour de sa vie, et toute cette clarté céleste venait de la présence de celui qu'elle aimaitjelle s'était étourdie sur l'avenir, et jouissait du présent qu'elle embrassait avec ardeur.
Au milieu de la fètc, on apporta au maréchal-des-logis , un paquet timbré du cachet du ministère des finau-
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ccs:Calheriiie était auprès de Jacques, lorsque celui qui allait clierclier les lettres, apporta cette importante dépêche.
— Ali ! dit Catherine , en saisissant la lettre, vous nous parlez toujours de votre correspondance avec les ministres , moi je veux savoir comment ils parlent , écrivent^ donnez-moi cela , M. Jacques?
— Non, Catherine^ non, répliqua le cuirassier, en voyant que le percepteur était accouru en craignant que ce papier n'annonçât la nomination de son rival,
— Lorsqu'on aime quelqu'un, répondit Catherine, on n'a rien de caché pour lui » et la petite mutme
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s'enfuit à côté d'Abel, en tenant le paquet et liaisant min(î de le décacheter.
— Eh bien, jurez-moi de m'épouser si cette lettre contient ma nomination , ou si l'on m'y donne l'espoir d'être nommé.
— L'épouser 1 répéta Catherine,
en regardant tour à tour le cuirassier, la lettre et Abel • tout le monde faisait cercle et attendait avec impacience : Jacques n'était pas tranquille, car on allait décou\rirla vérité, quant à son prétendu crédit, et Catherine tenait son sort entre ses mains.
Catherine,regardantla lampe, juijea qu'elle ne s'engageait pas à grand chose ^ car se disait-elle : « Le génie
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ayant tout pouvoir, me dégagera de ma promesse^ si Abel vient à m'aimer. » Elle promit devant tout le village d'épouser le cuirassier, si la lettre lui donnait l'espoir d'être percepteur , et le père Grandvani engagea sa parole avec celle de sa fille.
Le cuirassier cliangea de couleur lorsqu'il vit l'enveloppe tomber en morceaux, et le silence régner : Abcl regardait cette scène avec curiosité sans y rien comprendre. Pendant toute cette fête même, il avait eu cette insouciance que donne la mélancolie, et il ne pensait qu'à sa fée , il était là sans y être.
A peine Catherine eut-elle lu les premières lignes des yeux, qu'elle plia
la lettre et la remit à Jacques Bontems qui crut , avec tout le village , que Catherine devenait son épouse :
le percepteur fre'mit , mais il eut sujet d'être joyeux, car le visage de Bontems n'annonça pas le plaisir. En effet voici ce que contenait la lettre :
Monsieur,
« Son Excellence a été indignée » de la manière dont vous avez ré- )) clamé sa protection , et le souvenir » de l'obligation que Monseigneur » vous a eue, vous a seul préservé » des effets de sa colère. Calomnier , )) quand on a été soldat, est un mau- » vais moyen d'arriver à son but:
» l'employé que vous cherchez àévin-
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)) cer est un lionnéte homme, et a » toujours bien rempli ses devoirs • » il n'a pas encore acquis le temps » de service nécessaire pour être mis » à la retraite, et le style de votre » placet n'a pas engagé son Excel- » lence à vous chercher un autre )) emploi, etc. »
Jacques Bontems atte'ré , admira la délicatesse de Catherine ; mais quand Grandvani vint lui demander quelles nouvelles il recevait, il n'eut d'autre ressource que de rappeler toute son audace et de lui répondre : « qu'il serait nommé à la place de percepteur^ et que son Excellence venait de la Ini promettre, aussitôt qu'on aurait trouvé une autre place pour le percepteur actuel. ))