LA DERNI^.IŒ FF.E
— Eh bien! qu'à cela ne tienne, M. Bontems^ répliqua le pcrcepteuiv,
le receveur de L vient de mourir,
qu'on me donne cette recette particulière, et je vous cède ma perception avec plaisir....
— On verra!... répondit Bontems avec l'air d'un ministre en faveur , on verra dans quelque temps. »
Le cuirassier pensif, contemplait Abel et Catherine, et il frémissait de ra^^e : tout à coup , en voyant le ruban ([ui tenait Ja Lampe merveilleuse , il conçut l'idée de s'en rendre le maître: « Si cette lampe, se dit-il, a donné trente mille francs, des robes, des bijoux , si elle est aussi puissante qu'on
le dit , le génie que j'aurai à mes ordres me fera avoir la place. »
Alors quand la fête fut sur le point de finir, que la nuit fût venue et qu'Abel parla de s'en aller, Jacques Bontems se glissa derrière les tonneaux , se munit d'une paire de ciseaux ^ coupa le ruban, se saisit du précieux talisman, et ^ avant qu'Abcl s'en fut aperçu, il était déjà loin, possesseur de ce bijou miraculeux et en pioie à la joie la plus vive.
Juliette et Catlierine reconduisirent Abel, jusqu'à sa chaumière : Galiban l'attendait avec une vive impatience. En se séparant des deux jeunes filles, il les embrassa avec une candeur toute virginale , et Catherine re-
venue dans sa modeste chambre, se jeta à genoux, éleva au ciel une fervente prière, pour le remercier du bonheur de cette journée : le baiser d'Abel, tout chaste qu'il était, lui brûlait encore les lèvres.