‹ La dernière fée ou, La nouvelle lampe merveilleuseChapitre 21 sur 27 · II · texte numérisé non relu

II

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cria le cuirassier , pourvu que ce ne soit pas une couleur que Ton nous donne. »

Ils essayèrent à lever la pierre , firent tous leurs efforts pour découvrir,à la clarté de la lune, les ressorts <jui dirigeaient cet accouchement de la terre j ils ne purent y réussir, et ils s'en allèrent en faisant raille projets: le cuirassier^ pour le temps où il serait percepteur et époux de Catherine; le hussard, pour celui où il serait fermier et mari de Suzette,

Ils s'en allèrent en chantant de joie; le nouveau percepteur envoyait déjà ses avertissemens, et le fermier comptait ses vaches et ses moutons.

Pendant qu'ils bâtissaient leurs

châteaux en Espagne , Abel était plongé dans le plus grand chagrin :

il avait perdu sa chère lampe^ il la cherchait partout et ne la trouvait point. Aidé deCaliban, il partit pour le village, se doutant bien qu'ils la trouveraient sur la route, si elle était tombée, et ils comptaient, (les bonnes âmes!...) que si on la leur avait prise- , on la leur rendrait. Jamais les plaintes d'un amant qui a perdu sa maîtresse , d'un enfant sans sa mère , n'approcheront de la douleur qui éclatait dans les regrets d'Abel.

A moitié chemin , ils rencontrèrent la jolie Catherine , dont la voix pure et légère murmurait une douce chanson d'amour : « Qu'as-tu ,

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mon Abel , dit-elle avec crainte , en l'arrêtant et lui prenant la main ; tu es triste, oh! dis-moi ce que tu souffres? les larmes que l'on verse à deux n'ont pas d'amertume et je sens que je serais heureuse si tu répandais ta peine dans mon cœur.

« Catherine , dit-il, j'ai perdu ma lampe.... »

A ce mot , la fille du maire l'arrêta, elle resta toute interdite: et l'on ne peut comparer l'e'tat de son ame qu'àunc chanibre noire, dans laquelle s'introduit un rayon de soleil. En effet, les interrogations curieuses de Jacquesliii revinrent à l'esprit comme un trait de lumière.

— Abe] , dit-elle , c'est moi qui

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suis cause de ta peine, car c'est à ma prière que tu es descendu dans le vallon : c'est à moi à tout faire pour te rendre ta lampe que l'on t'a de'robe'e.... Attends-moi, espère, et dans peu tu vas me revoir. »

EUe sauta à travers les ronces et les épines, en prenant le plus court chemin et le plus difficile : elle semblait un oiseau rasant la colline , et se sentait mille ibis plus agile en courant pour son cher Abel. Galiban la regardait , craignant à chaque instant qu'elle tombât par terre j mais un Dieu la soutenait , ce Dieu vif, léger, mutin, le Dieu de l'enfance, le Dieu de la vie.

Elle traverse la prairie , arrive

au villai,'e , court chez Bontcmps , ouvre la porte avec violence et tombe au milieu de sa chaumière comme une bombe : elle voit le cuirassier e1 son camarade en contemplation devant la lampe. Avant que Jacques ait fait un mouvement, elle l'a saisie, et lançant un regard foudroyant à Jacques : « Comment, lui dit-elle, avez-vous pu priver le bienfaiteur de Juliette de son talisman?

il en serait mort le pauvre enfant !... » Jacques et Jean sont stupéfaits, Catherine s'échappe , et court avec encore plus d'ardeur vers la colline :

les gens du village qui la virent ainsi voler avec la lampe, crurent que le talisman magique la faisait marcher

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sur les airs, et l'on vint dire à Grandvani, que sa fille, à cheval sur la lampe, e'tait cmporte'e on ne savait où

Elle arrive haletante , et du bas de la colline, elle crie à Abcl : « Abel , la voilà !.... sois tranquille....» j elle gravit la montagne , parvient à lui , lui pre'sente la lampe, et il se livra à la joie en revoyant ce présent de sa petite fée.

— Abel , dit-elle toute émue , ah !

Catherine a vécu , si Catherine une l'ois dans sa vie a pu te causer un moment de plaisir....

— Du plaisir, reprit Abel, ce mot n'est pas assez fort....

— Que je meure donc! réponditelle en confondant son ame dans celle

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d'Abel par un regard , que je meure .

Abel!....

— N'est-ce pas ma lee qui me l'a donnée? dit-il en bai5ant sa lampe. »

Cette phrase fit rester Catheiine comme une statue de marbre ; cette phrase avait retenti dans son diaphragme en le frappant comme d'un coup de poignard.

— Abel, dit-elle enfin, permets à ta petite Catherine de te demander une chose....; mais, reprit-elle après s'être arrêtée et l'avoir regardé avec douleur , je voudrais que tu me promisses de faire ce que je désire sans que tu connaisses encore ce dont il s'agit.

— Je le promets^ dit-il.

— Eh bien, continua la jolie paysanne, je voudrais voir la fée sans en être \ue.... Je veux savoir si elle est si jolie, si jolie, que rien au monde ne puisse l'efFacer....

— Je tacherai, clitAbel, et quelque nuit tu essaieras à te cacher dans le laboratoire.

— Elle t'aime donc bien cette fe'o?

demanda Catherine.

— Je me contente de l'aimer , répondit Abel, et je n'ose espérer qu'elle ait de l'amour pour moi....

— Tu seras donc heureux , continua Catherine, en chérissant un être surnaturel qui ne t^aimera pasî.... »

Abel se tut : ce silence équivalait à de l'espoir pour la pauvre paysanne

qui, après avoir contemplé son bicnaimé , retourna lentement dans sa maison, s'asseoir à côté de son père, lui raconter le vol de la lampe, et rêver, soupirer^ sentir dans la journée, mille fois les larmes rouler dans ses yeux, regarder sur la muraille et croire voir Abel.

A quelques jours de là , un courrier traversa rapidement le village , s'arrêta à la porte de Jacques Bontems , lui remit un paquet scellé du sceau du ministère des finances, et le cuirassier en l'ouvrant, trouva sa nomination à la place de percepteur, celle du percepteur à la place de receveur j une ordonnance du roi qui terminait le procès , et une promesse de

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bail signée de la duchesse de Sommerset, telle que Jacques Bontems l'avait souhaitée: et, par une lettre, un notaire indiquait que l'on attendrait à un jour nommé, Jean Leblanc, pour passer l'acte.

— Et les bouteilles devin de Champagne? demanda Jacques.

— Il y a long-temps qu'elles sont dans votre cave ! répondit le messager, en remontant à cheval et disparaissant au grand galop.

Le cuirassier stupéfait, descendit dans sa cave, et trouva effectivement les bouteilles couchées avec soin sur des lattes, et si bien arrangées qu'il ne put douter que cela n'avait pas été fait récemment. Alors il fut au comble.

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de la joie, entra triomphant chez Grandvani, suivi du percepteur et de Jean Leblanc ; il remit au maire l'ordonnance du roi, et réclama la main de Catherine.

A cette demande , la pauvre enfant pâlit, rougit, trembla et ne trouva pour le moment, d'autre expédient que de demander quelque faible retard qui lui fut accordé.

Laissons Jean Leblanc et Jacques Bontems regretter de n'avoir pas exigé du génie de la lampe , cent miUe livres de rente , Catherine pleurer , le village en proie à la surprise, à l'admiration , regretter que le curé fût absent pour savoir enfin ^ si l'on ne commeltait pas de péché , en

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croyant à la toute-puissance des fées , et revenons à la cliaumière du cliiiniste , à son fils et à la charmante fée des Perles.

Depuis quelques jours, Abel avait été privé des apparitions divines de ce doux génie qu'il adorait. Sa mélancolie commençait à devenir extrême, et Galiban s'inquiétait déjà en voyant pâlir les joues de son maître et une espèce de folie présider à ses pensées et à ses mouvcmcns.

— Je ne puis vivre sans elle , disait-il à ce vitaux serviteur; lout m'est insupportable , j'éprouve de la difTlculté à vivre ^ et si la vie est un feslin, je n'ai pas faim, mon pauvre Galiban.

Une nuit , il dormait profondé-

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ment : il se sentit, dans son sommeil , entraîner rapidement, il lui semblait qu'il avait des ailes et qu'il .volait; il mettait ses mains au-devant de lui , croyant s'épargner une chute, et il se réveilla dans ce moment pénible.,.

11 était à côté d'elle, dans un char aérien; elle le regardait dormir, et à son réveil, son regard encore embarrassé des langes du sommeil ^ se confondit dans les yeux pétillans de la fée des Perles; enfm des chevaux infatigables les entraînaient comme un nuage poussé parle vent des tempêtes.

Abel était presque dans les bras de la fée; il pouvait savourer son souffle , et il eut peur d'avoir profané son sein , car il eut la vague pensée

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que sa tête avait reposé sur ce trône de l'amour.

Elle le regardait encore sans mot dire , et ses yeux semblaient envoyer une flamme humide, dont Abel se nourrissait avec avidité.

— Où suis-je? dit-il enfin.

— Près de votre fée..., réponditelle d'une voix céleste, qui fit battre le cœur d'Abel.

— Où allons-nous?....

— Dans l'empire des fées : n'avezvous pas désiré être témoin des scènes magiques auxquelles assistent les génies, les enchanteurs et les fées?....

Mon char vous entraîne à l'une de leurs assemblées les plus brillantes.

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— Quoi, s'e'cria-t.-il , je les verrai face à face?..,

— Oui, répondit la fée, mais à une condition : c'est que lorsque je vous le dirai, vous fermerez, les yeux, car vous risqueriez de perdre la vue , si dans certains momens la lumière vous frappait.

Abel promit ce que la fée lui demandait, par un simple signe de tête; car il était plongé dans une admiration toute divine, en contemplant la rare beauté de la fée des Perles. Elle était mise avec une somptuosité élégante , qui doublait ses charmes , sans que cet éclat nuisît à la douceur de son caractère qui était peinte sur sa jolie figure avec l'amour et la bonté.

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Sa tète était couronnée de (leurs et de ftuits artistement posés , les boucles noires de SCS cheveux se mariaient à son front et venaient jouer auprès de ses yeux, de manière à ajouter encore à la (inesse de son rei^avd , et à doubler l'éclat de sa peau satinée et de ses vives couleurs.... Elle se taisait; mais ses regards, tour à tour portés sur Abel et baissés aussitôt, semblaient parler et dire à Abel de parler à son tour, et que, tel discours qui sortît de sa bouche , il serait accueilli avec reconnaissance. Leurs pensées , pendant ce charmant silence, voyagèrent sans doute dans la même région, car leurs mains se joignirent , se pressèrent involontairement, et Abel

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s'écria avec sa naïveté gracieuse :

— Je souffre 1 mon cœur est

comme gonflé!

— Auriez-vous quelque peine? dit la fée.

— INon , dit-il , je crois que c'est , au contraire , trop de bonheur.... )>

La fée rougit et détourna les yeux :

elle ne répondit pas , et ce moment ne sortit jamais de la mémoire d'Abel.

Il se sentit alors assez de hardiesse pour parler de son amour; mais ime invincible crainte , une pudeur de sentiment lui glaça les sens et retint sa langue captive.

Tout le temps que dura le voyage, leurs yeux seuls parlèrent , et souvent un sourire charmant vint errer sur

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leurs lèvres et leur firent comprendre l'un à l'autre , qu'ils s'entendaient.

Connaît-on rien déplus délicieux que ce langage de l'ame V cette puissance sympathique qui , sans le secours incomplet de la parole humaine, vous fait pressentir ce que pense , ce que souhaite, désire , l'objet chéri que l'on aime ? Dans cette région pure de la pensée , dégagée des grossières sensations du corps, règne un charme subtil que nulle parole humaine, ne peut rendre , puisque nulle parole humaine ne peut donner l'idée d'un mystère qui ne doit être que senti par l'ame : il semble qu'en ces momens trop rares , une flamme légère aille d'un cœur à Fautrc, y porter succès-

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sivement le jour de la pensée et une fraîcheur, un délice indicibles j enfin peut-être est-ce ainsi que s'entretiennent les anges des cieux! Une fois que deux êtres ont ainsi mêlé leurs sentimens , et que leur accord parfait à rendu un son semblable, ont pour ainsi dire, chanté la même hymne, il leur est impossible de concevoir une séparation, une absence j ils s'aiment!, et toujours , à mille lieues de distance même , leurs âmes auront des mouveincns pareils.

A bel et la fée des Perles goûtèrent donc cette volupté sur-humaine , et ces deux merveilles de nature, ayant des âmes dignes de la perfection de leurs corps , s'entendirent parfaite-

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ment et si bien , qu'à la fin du voyage, les yeux d'Abel devenant de plus en plus expressifs, la charmante fec fit avec son éventail un petit geste divin , plein de délicatesse et de grâce , comme pour lui abaisser ses belles paupières aux longs cils , et elle lui dit : « Silence, Alicl, vous parlez trop ! »

A cette phrase, la seule qui eût été prononcée depuis une heure, ils se regardèrent et se mirent à rire.

— Ah! dit Abel, je ne connais rien de plus délicieux qu'un amour qui naît et grandit au milieu de la recherche, du luxe, et de l'élégance !

Vous voir toujours parée , respirant les plus doux parfums , entourée du

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prestige de votre puissance? ah! c'en est trop si je ne suis que votre protégé, je veux mourir.

— Vous, mourir?., ah! vivez Abel, vivez pour répandre sur le monde ia douce influence de votre belle anie. »

A ce moment, elle posa sa main sur les yeux d'Abel , et Abel entendit un bruit et une confusion , une multitude de cris et de voix ; mais au bout d'un quart-d'heure, il s'arrêtèrent : la fée lui recommanda de bien fermer les yeux j et , le prenant par la main , elle le guida à travers des galeries et des escaliers. Enfin ils parvinrent à un lieu où la petite fée fit asseoir Abel, et lui permit d'ouvrir les yeux, en ne regardant qu'elle.

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— Et quand les cieiix seraient ouverts , dit-il , je ne pourrais voir que

vous !.... »

Comme il achevait , une musique enivrante commença; et lafëe, abaissant de sa jolie main , un panneau qui se trouvait devant eux , Abel resta muet de surprise devant le ma{,'ique tableau qui s'offrait à ses rej^^irds.

Un vaste cirque décore' de colonnes d'or et de guirlandes , de rosaces , de fdets, de plinthes, d'ornemens en or, contenait une foule innombrable de génies et d'enchanteurs ; le cirque en était noir : d'étage en étage, Abel aperçut une foule de fées plus jolies les unes que les autres. Elles lui apparurent environnées d'un nuage de ToM. IL i3

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lumière,' car, entre chaque rangée de ïées, il y avait un lustre de diamans «ouvert de bougies qui répandaient un éclat merveilleux: leurs toilettes rivalisaient de richesse et d'élégance : elles riaient, causaient et badinaient avec des enchanteurs et des génies , qui se trouvaient confondus avec elles.

Un immense soleil, brillant et orné de cristaux , semait dans ce palais superbe , des sillons de lumière qui semblaient arroser tout d'une rosée de lueur vive et scintillante.

Le plus profond silence régnait , et tous écoutaient avec attention , la musique divine qui répandait ses sons dans le palais : Abel se crut dans les cieux et entendre les magiques ac-

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cords des anges. Il était profondément ému , et ne pouvait que serrer la main de sa petite fée, qui jouissait de son étonnement avec un plaisir indicible.

— Cachez -vous bien dans cet angle , lui dit-elle , car si les fées mes compagnes , s'aperçoivent de la présence d'un mortel âmes côtés, je suis

perdue! j'ai déjà eu de la peine

à vous faire passer, quoique velu comme un génie. »

En effet , Abel portait un habillement absolument semblable aux plus beaux vétemens qu'il voyait aux génies : il se retourna , se regarda dans une glace , admira cet enchantement en se voyant lui-même , et il éprouva

un espèce de mouvement de coquetterie , en s'apercevant qu'il était plus Iteau que la plupart des génies qu'il voyait.

Tout à coup la musique cessa , et un couj) de baguette du génie qui présidait à la musique , lit enlever subitement une décoration magique qui attirait l'attention d'Abel,etun spectacle encore bien plus surprenant vint le plonger dans un océan de jouissances nouvelles.

Un palais orné d'une profusion de colonnes de marbre et de porphyre , avec des galeries à perte de vue, et des ornemens d'une somptuosité miraculeuse vint s'offrir à ses regards , comme par enchantement : une foule

gracieuse de fées et de génies, habillés magnifiquement et dont quelques-uns lui retraçaient le génie de la lampe , entonnèrent un chant de joie, qui lui étourdit un peu les oreilles ; mais la jolie fée des Perles lui dit ce que c'était, parce qu'il nVlait pas un génie, et que ce chant ne convenait qu'à la troupe immortelle des enchanteurs, que les hommes ji'y comprenaient rien.

— Attendez un peu^ continua-telle, et vous allez voir les génies t'u proie à une espèce de Irénésie qui leur fera élevet" leurs mains et 1rs frapper avec rgge les uns contre les autres; car ici , il se passe des choses qui vont bien vous surprendre. »

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En eflët , au bout d'un quartd'iicure, il y eut un fracas tel qu'Abel lut obli^^é de se boucher les oreilles ; cependant nombre de merveilles se succédaient pour l'étonner : à un palais , venait se substituer une foret , des champs et des chaumières ^ à la chaumière , un jardin enchanté^ au jardin, un cachot; au cachot , des lieux qui le ravirent d'admiration.

Il n'avait pas assez d'yeux ni d'oreilles pour entendre les chants et la musique, et voir les danses voluptueuses des plus jolies fées. Ces tableaux magiques étaient entremêlés des remarques piquantes et spirituelles de h fée des Perles qui, par in-

tervalle , lui expliquait les usaj^es de l'empire des fées.

— Les ge'nies que vous voyez, ici rassemblés, lui disait- elle, ont de singulières manies: on peut leur toucher la main , les doigts , le bras^l'e'paule, tout le corps enfin, excepté la joue,., aussitôt que la joue d'un génie est seulement efîleurée par un autre génie, on ne peut la laver qu'avec du sang; c'est une des bizarreries auxquelles se sont soumis les enchanteurs. Ensuite , ils ont ce qu'ils nomment leur patriotisme, et qui consiste à se louanger eux-mêmes sur leur courage et leur gloire ; ce serait un attentat , que de reconnaître le courage des autres nations de génies. Cv,

rofi LA DERNIÈRE FÉE.

n'esl pas tout , voyez-vous quelques enchanteurs qui portent quelque chose de rouge à leur vêtement? eh bien, ce ruban-là est une de leurs passions.

Suspendez une friandise dans une salle , et amenez des dogues ^ ils se fatigueront à sauter pour en avoir quelques morceaux; il en est ainsi des génies pour le ruban : ils se fatiguent. et se consument en efforts pour en avoir quelque morceau, et une fois qu'ils l'ont, ce n'est plus rien pour eux.

Enfin vous voyez des génies en linge bien blanc , avec des habits propres et des bijoux recherchés, hélas! voibà ce qui leur plaît le plus!.. Vous Abel, avec votre ame sensible , noble et fière , malgré le cortège de vertus et

LA DER?<IÈRE FÉE. ifi;

de j^iacesqui vous accompagne, avec votre belle figure, si vous n'étiez pas mis avec recherche conune vous l'êtes en ce moment, le plus scélérat des enchanteurs aurait la préférence sur vous, s'il était bien mis. Entr'autres usages , ils ont des génies qui leur prêchent l'art d'apprendre à mourir , et quoiqu'on y réussisse bien la première fois , on continue à le leur prêcher. Ensuite, si parmi les génies il y en a d'éclatans, tant qu'ils vivent on n'y prend pas garde; aussitôt qu'ils ne sont plus, on les célèbre. En général les génies ici , mettent de la grandeur dans les petites choses , et de la petitesse dans les grandes : il faut dépenser dix fois plus pour se promener

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que pour manger ; il y a des animaux même qui coûtent à entretenir plus que les hommes. Enfin la religion des génies consiste à se mettre à genoux, lire dans un livre, écouter des hymnes ; mais faire du bien , sauver les malheureux, dépouiller le moi et s'oublier un peu, ah! il n'3' a que de bons génies bien rares , qui aillent l'un et Vautre , c'est-à-dire , le culte extérieui avec ce culte intérieur qui gît dans la conscience •.Y'^MV la plupart , le culte «'Xtérieur est tout, et ils croient gagner le ciel , comme on gagne une tour aux échecs , à force de manœuvres.

— Ce que vous me dites là, répondit Abel , m'étonne encore plus que ce que je vois.

— Ah ! repondit-elle , vous apprendrez bien d'autres choses encore plus étonnantes »

Après mille enclianteniens plus extraordinaires les uns que les autres , la jolie fëe ordonna à son jeune protégé de fermer les yeux , et elle le transporta dans son palais : là il eut toute liberté d'aller et de venir. Une jolie fille, l'une des esclaves de la fée , le conduisit dans un endroit près qu'aussi joli que le boudoir de perles qu'il avait vu jadis, ii se coucha dans un lit dont les étoffes étaient dune blancheur éblouissante, et le lendemain la jolie fée vint le réveiller aux sons d'un instrument qui rendait une mélodie enchanteresse.

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La fée des Perles jouit du re'veil d'Abel , comme la nature du retour du soleil ; elle était mise avec une simplicité qui contrastait avec son vêlement de la veille : après avoir demandé à son jeune protégé comment il se trouvait dans l'empire des fées , s'être assis sur son lit , et avoir folâtré avec cet enfant de la nature, elle le laissa , et s'en fut lui préparer, de ses mains , un repas tout nouveau pour lui.

En effet, des mets inconnus, des cristaux précieux, le linge de table ^ l'argenterie , lés meubles , tout était pour A bel un sujet d'étonnement.

La jolie fée le servait et partageait avec lui chaque chose : un amour tendre, pur et céleste, répandait sur

LA DERNIÈRE FÉE. i6i

CCS deux cliarmans êtres une magie inde'finissable. La pauvre Catherine pouvait-elle être quelque chose pour Abel, et entrer en comparaison avec la fiée des Perles!...

Catherine aimait, son cœur contenait tout l'amour de la nature : elle était d'une simplicité', d'une candeur admirables 3 mais la fée avait tout autant d'amour, elle le témoignait d'une manière moins naïve, mais plus gracieuse peut-être , et à la simplicité elle joignait toute la majesté, les séductions de la richesse et le cortège de la fortune et du pouvoir; de plus, elle était aimée î que dis-je aimée ?

adorée!.. Alors l'amour d' A bel , joint au sien, embellissait chaque mouve-

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ment, chaque parole, chaque sourire ;, d'un charme que Catherine trouvait bien à Abel, mais qu'A bel ne trouvait pas à Catherine.

Abel passa dans le palais de la fée des Perles des instans de bonheur qu'aucun discours ne peut rendre.

Enfin, un soir il tomba à ses genoux, lui déclara sa passion , et jamais homme ne parla plus éloquemment que lui.

Le lendemain il se réveilla; le sourire dont la fée avait accueilh son discours, était encore si bien gravé dans son cœur, qu'il croyait la voir, lui présenter sa main, et essuyer furtivement une larme : il regarde autour de lui pour admirer la somptuosité du lieu

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où il dormait : il voit le laboratoire, sa cliaumière, les cornues, la poussière :

Ic^ cricri chantait , c'était la seule musique qui accueillit son réveil : il crut avoir songé et sortir trop tôt, hélas ! des illusions enchanteresses d'un rêve d'amour.

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