‹ La dernière fée ou, La nouvelle lampe merveilleuseChapitre 23 sur 27 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Adieux de Catherine.

l^A pauvre Catherine fut quelque temps en proie à un chagrin si profond, qu'elle ne sortit pas de sa modeste chambre, et qu'elle feignit d'être malade , ce que l'on put bien croire d'après l'altération de sa douce physionomie.

Cependant, un matin elle se leva ^ voulut se promener , et se dirigea lentement vers la colline j car un dernier sourire de l'espérance l'avait soutenue : « La duchesse est bien belle,

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mais, s'était-clle dit, elle a trompe Abcl, et je vais voir ce qu'Abel t'ii pensera. »

Elle monta languissamment le chemin tortueux de la chaumière, elle arriva près d'Abel, et une douce rou- •^eur se mêla à la pâleur de son visage. Abel était sur la pierre, faisant ses projets pour l'avenir j car il ne pouvait douter de son bonheur , et il ne pensait qu'à rendre la fée la plus heureuse des fées.

— Je tacherai, se disait-il, d'aller avec elle loin, bien loin des tjénies et des hommes : nous serons dans un ' palais brillant , entouré de jardins délicieux: là, ignorés et contens, je | .serai pour elle l'esclave le plus d('-

voué, le plus attentif. De même qu'elle nie versait l'ambroisie dans son divin séjour il y a quelque temps, de même, moi, j'rpierai ses besoins, (si les fées en ont) sa pensée, ses désirs. Exécuter ses ordres sera mon délicej un rei^ard, ma plus i,a'ande joie j enfin elle sera une espèce de divinité visible que j'adorerai sans cesse, en me confondant sans cesse avec elle : nos pensées^ nos vœux seront les mêmes, et ma vie sera tout amour.

Là , Catherine parut.

— « Oli! Catherine, dit Abel, comme tu es changée!., qu'as-tu donc .^..

— Ahel, répliqua -t-elle en s'asseyant à côté d'Abel, tu es donc; heureux d'aimer une fée.

— Oh oui.

— C'est cette qualité de fëe, ce pouvoir brillant, ce prestige qui le charment.

— Oui, Catherine, je volerai avec elle sur les nuages, nos sentimens s'e'pureront dans la haute région du ciel , ô bonheur !

— Eh bien , continua Catherine en proie à un doute cruel, si ta fée n'était pas une fée, si ce n'était qu'une femme comme moi.... si elle t'avait trompé....

Abel resta muet, ses yeux exprimèrent tour à tour une foule de sentimens divers, et la pauvre Catherine consultait son visage, comme un criminel qui attend sa sentence , con-

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.suite les yeux des jures qui sortent de leur salle de delibe'ration ; son cœur battait avec une force et une rapidité étonnantes: la joie d'abord, le doute ensuite ; puis la joie, mais enfin le plus ^'rand clia^^rin l'agita , car Abel finit par s'écrier :

— Ah ! chère Catherine, quelle idée ose.s-tu me présenter?... si c'était... eh bien ! je serais le plus heureux des hommes, car elle ne serait plus audessus de moi : je sens dans mon cœur tant d'amour , une si grande conscience de force, qu'alors elle tiendrait son bonheur de moi. Son pouvoir me la faisait adorer , sa faiblesse tne la rendrait encore plus précieuse !... ah ! Catherine , puisses-tu dire vrai !

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— iurapprcudras bientôt, répondit la jeune paysanne en se levant, et dans peu tu recevras les adieux de ta petite Catherine: alors, dit-elle , tu me con- •

naîtras... car dans le inonde brillant

où t'entraînera la duchesse de Soni- j merset, ta j^entillc fée... Catherine i serait déplacée!.. Quedis-je? elle nui- * rait à ton bonheur, car tu es trop ,i sensible pour ne pas me plaindre : mais je tâcherai que mon souvenir ne trouble pas tes prospérités... Abel, je ne puis pas me plaindre de ton choix , car la duchesse mérite qu'on l'aime., elle éclipse toutes les femmes do la terre. Adieu, Abel.

— Ce que tu me dis, répondit-il, me fait Irissonner... Quel accent! Tu

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penses grand!., s'ecna-t-il, aprrs un nit (le silence.

— Chut !... (lit-cUr, en mctlant .^on joli doii^'t sur ses lèvres , je ne te demande qu'une i,Màce, c'est de ne pas quitter ta chaumière, sans avoii" reçu l'adieu de Catherine... Adieu , j'entends dans le lointain un équipage... c'est elle! c'est la duchesse!

Adieu !... » Elle s'enfuit à travers les rochers avec la démarche d'un être privé de raison.

En effet, ainsi qu'elle l'avait dit, une brillante calèche arriva devant la chaumière et la duchesse de Sommerset en descendit. Ahel la reçut dans ses bras et s'écria : « Catherine vient de me dire que vous n'étiez pas une fée.

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— Wjiij répondit-cllc, car les l'ecs n'existent pas , c'est une création iniajjinaire...

— Qii'etes-vous donc?...

— Plus qu'une fee !... dit-elle.

— Et quoi ?... re'pondit Abel avec une \'ive curiosité.

— Je suis, dit-elle, en embrassant son bien-ainié, je suis une femme qui | aime! Qui se consacre à votre existence, qui tâchera de l'embellir , qui sacrifie ranj;, fortune, honneurs, préjugés, qui brûle toutes les vanités humaines comme un encens à peine di«,'ne de l'autel de l'amour... Votre ame naïve . ne peut pas encore connaître la so- j; ciété, ses bizarreries, ses distinctions. Un jour, Abel, vous comprendrez

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l'espèce de sacrifice que je vous lais, vous serez même étonne qu'une femme du monde l'ait lail , mais voyant chaque jour combien je vous aime, vous le trouverez tout simple... Quand je vous dirai f[ue je suis duchesse, <[ue j'ai plus d'un million de revenu, vous n'en saurez pas davantage ! Vous , vou s n'avez rien , si ce n'est une chose que rien ne saurait payer : une belle ame , dont tous les sons purs, harmonieux, résonnent comme un écho du ciel.

Voyez, je dépouille tout sentiment de coquetterie, elle est inutile avec l'élève de la nature : je viens à vous , je vous prcndsla main, jela serre con tre mon cœur (ce qu'elle faisait), je dépose sur vos lèvres un baiser d'amour,

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et jo VOUS dis avec la naïveté que vous avez dans l'amc,et dont je n'ai qu'un reflet : c( Alx'l, je t'aime, veux-tu marcher avec moi dans la vie? Je te sourirai toujours j lorsque tu dormiras sur la route , je veillerai pour étendre sur ta tête des rameaux, et empêcher que des insectes ne troublent ton sommeil: le chemin sera toujours parsemé de fleurs- ta vie sera un enchantement continuel , et je tâcherai d'être toujours une fée pour toi. »

Abel était aux genoux de la duchesse^ sa tête se confondait avec^es pieds de cette charmante femme , et des pleurs mouillèrent même le cothurne élégant qu'elle portait.

— Relevez - vous, Abel^ c'est sur

moii cœur qu'il faut venir! » Elle s'assit à côté de lui.

— Voulez-vous, dit-elle en souriant, que je vous emmène et quitter dès ce jour cette chaumière pour venir habiter mon hôtel, le vôtre, c'està-dire, car tout est à vous.

— O chère fée, oui fée , ce nom vous restera toujours !... Puis-je (juitter ce lieu subitement? puis-je abandonner Caliban, Catherine ma sœur d'amour sans leur dire adieu? et je vais aller habiter les villes avec vous! mon père m'a dit qu'alors je devrais lever la pierre de la cheminée, et que j'y trouverais un talisman.

— £h bien, mon cher Abel, je vous laisse jusqu'à demain! mais de-

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main, mon amour, mon céleste, permets que je vienne l'enlever de ces lieux et jouir toujours de ton regard, de ta présence....

— Oui, oui, dit Abel au comble (le la joie. »

Après avoir passé ensemble une matinée délicieuse, un de ces momens où l'ame seule s'épanche, où l'on a en quelque sorte une double existence, la duchesse quitta son époux en espérance, et le laissa ivre de bonheur.

Il dit à Caliban : « Vieil ami^ je te donne ma cabane et mon jardin, soisy heureux: tous les ans je viendrai te voir, je te donnerai quelqu'un pour rtre Caliban auprès de toi, comme tu le (ùs pour moi. Conserve bien

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cotte chaumière, tout mon père y respire! son ame semble réfugie'e sous ces fourneaux, son tombeau est ici |)rès, ce lieu doit être sacré, rien ne doit le profaner.»

Caliban lui dit: « Si tu dois être lieureux, va-t'en, Abel! mais ton père était saj^e et il voulait ([ue tu restasses ici : crains que le monde ne vaille pas cette solitude »

Ils levèrent ensendjle la pierre de Ja cheminée et trouvèrent un coiVrc pesant : leur surprise fut extrême en l'ouvrant , car il était plein de diamans de la ])lus i;iaude beauté, soil qu'ils eussent été faits par le chimiste, soil qu'il eût amsi réalisé sa fortune.

— Ah ! s'écria Abel , si je pouvais

t'trc aussi riche qu'elle !... » De vieux parchemins etaients joints aux diainansrAbel après les avoir lus, trouva qu'il avait un nom de plus que celui d'Abel, et que ce nom était : Le comte Oslenvald. Comme un homme récemment ennobli sera indigné en apprenant que cette découverte ne put rien l'aire éprouver à Abel !

Caliban s'en fut au villat,'e : il entra dans la maison du maire, annonça à Catherine, que demain Abel parti- \ rait avec la duchesse de Sommerset.

Elle était au coin du feu , jouant mélancoliquement avec le collier de jais, son plus grand trésor. Son père, qu'elle n'amusait plus par ses douces chansons , dormait : lorsque Caliban

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fut parti, elle cacha son visage entre ses mains et se mit à pleurer : accablée de questions par son pèrcjqui s'était réveillé, elle ne* voulut jamais réj^ondre , et, en entendant vetnr Jacques Bontems , elle se retira pr*'cipitamm(;nt ne voulant rendre personne témoin de sa douleur.

Le lendemain matin, elle vint à la chaumière j elle était mise exactement comme elle était naguère , lorsqu'elle passa devant Abel pour la première fois. Elle entra dans la chaumière, mais aussitôt qu'elle eut franchi la porte . elle fondit en larmes. Elle s'assit sur le fauteuil vermoulu et regarda Abel sans pouvoir parler.

IjC jeune homme s'approcha , lui

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