TOM. I. II
bras d'Antoine, lui dit : «c Mon ami » que j'aime d'amour, tu m'as donne » une fleur de la terre, et mille au- » très fleurs qui viennent du ciel; en » retour, jene puis te donner que ce » ruban qui me sert de ceinture :
» prends-le! et souviens-toi, qu'en te » l'offrant, je t'ai donné tout moi- » même. » Antoine prit le ruban et le garda toujours : il voulut un baiser, mais Juliette refusa. »
« Ils en vinrent à se comprendre d'un regard, à lire dans leurs yeux, à neplus pouvoir se quitter : ils confondirent leurs cœurs et savourèrent les délices d'un amour délicat et pur. 1 1 n'y avait plus pour eux d'heures ni de temps , de saison , ni de terre : ils
étaient tout ame , et l'individualité avait cessé j car ils finirent par prendre les gestes, le parler , les manières l'un de l'autre , par penser l'un comme l'autre : enfin, Antoine était tout Juliette, et Juliette tout Antoine. »
(( Alors un matin, que Juliette avait pleuré, parce que le fermier parla de la fin de la moisson et de payer les moissonneuses , Antoine dit à son père qu'il aimait Juliette, et qu'il voulait l'épouser. Le soir même, le fermier qui voulait me marier avec son fils , chassa Juliette de sa ferme, après lui avoir donné ce qu'il lui devait : enfin il dit à son fils , qu'il ne consentirait jamais à son mariage avec la Lorraine, parce qu'elle était trop pauvre. »