‹ La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-MackenzieChapitre 13 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

TOBLACH. — VENISE. — BAVENO

La maladie entre dans une nouvelle phase.

— Le Prince Impérial quitta Londres le 3 septembre et, voyageant par la voie de Francfort et de Munich, arriva le 7 à Toblach.

Je trouve dans le journal de M. Hovell, à la date du 9 septembre, la note suivante :

« La gorge du Prince Impérial a certainement été pins relâchée pendant le voyage ; le 6, je remarquai que le coussin de l’épiglotte était congestionné et légèrement enflé; le 7, en arrivant à Toblach, cette disposition avait entièrement disparu, mais le pli ary-épiglottique de droite était légèrement enflammé juste au point où il joint le^artilage aryténoïde, et le cartilage de Wrisberg était de ce côté plus proéminent; le pli inter-aryténoïde était aussi légèrement

enflé, quoique de couleur normale. Le 8, la congestion du côté droit avait entièrement disparu, mais il y avait un petit point hypérémique juste au-dessous du pli inter-aryténoïde. Il n’y avait cependant aucune enflure. J’observai une légèi'e épaisseur sur la partie arrière de la corde vocale gauche, un peu plus loin en arrière que le point où se trouvait la tumeur détruite

par sir Morell. Il y avait plus d’enrouement et un peu de congestion du larynx, congestion qui, cependant, disparut bientôt. Le 14, une enflure oblongue, d’environ 5 millimètres en longueur et 3 en largeur, se présenta à un dèmi-pouce audessous du milieu de la corde gauche et parallèle avec son bord. Le 48, la tuméfaction de la partie postérieure de la corde avait disparu, mais la nouvelle tumeur sous-glottique était encore visible. »

Le 20, lorsque j’arrivai à Toblach, l’enflure était presque ronde eL avait un diamètre de plus d’un demi-centimètre, mais faisait une très légère saillie sur le côté du larynx. Le Prince Impérial avait bonne mine, et le docteur Schrader me fit un rapport très satisfaisant sur l’état général de sa santé. La marcfie paraissait pourtant le fatiguer plus vite que les personnes qui l’accompagnaient. Deux jours après mon arrivée il prit froid, et le lendemain il était languissant et sans appétit, sa température étant 101 0 F. ; le pli ary-épiglottique gauche devint so udainement œdémateux; mais, en vingt-quatre heures, cette condition avait disparu, ainsi que les symptômes fiévreux. L’œdème était probablement dû à l’inflammation causée par le refroidissement, mais nous discutâmes la possibilité qu’il eût été amené par une périchondrite limitée. Il est bon de remarquer que l’enflure œdémateuse aiguë à laquelle je viens de faire allusion paraissait être complètement indépendante de la petite tumeur au-dessous du bord de la corde vocale, qui devint graduellement plus petite, mais sans jamais disparaître entièrement.

Accalmie trompeuse. — On avait déjà décidé que le Prince héritier passerait l’hiver en Italie,

et San Remo avait été choisi pour sa résidence. Le temps devenait froid à Toblach et je conseillai au Prince de passer une semaine à Venise qu'il aimait beaucoup. Il s’y rendit le 28 septembre et y séjourna jusqu’au 6 octobre, période pendant laquelle la condition du larynx s’améliora beaucoup. Le 7, il alla à Baveno, où M. Henfrey avait mis à sa disposition sa magnifique villa. Là je trouvai la gorge de Son Altesse Impériale entres bon état, sauf la corde vocale gauche dont l’action n’était pas assez libre, et son extrémité postérieure qui était à un niveau légèrement plus élevé que la partie correspondante de gauche. Je jugeai qu’une inflammation périchondréale avait eu lieu vers l’éperon antérieur du cartilage aryténoïde gauche et avait poussé la corde vocale un peu plus haut dans cette direction. Mais il n’y avait pas de rougeur sur ce point et j’espérai en conséquence que le progrès morbide avait été arrêté. Dans le larynx lui-même il n’y avait rien, excepté une légère congestion générale et le restant de l’enflure sous-glottique découverte le 14 septembre.

Espoirs et craintes. — Je quittai le Prince Impérial avec la pensée que je n’aurais pas l’occasion de le revoir avant plusieurs mois. Je n’avais pourtant pas, même à cette époque, une

opinion bien optimiste de sa position, ainsi que le prouvent les passages suivants d’une lettre que j’écrivais le 21 octobre au professeur Œrtel de Munich en réponse à celle que j’avais reçue de lui peu après mon retour à Londres :

« Relativement au Prince Impérial, je suis heureux de vous dire qu’il allait très bien lorsque je le vis à Baveno. Il n’y a jamais eu aucun caractère de malignité à en juger par l’apparence (à l’œil nu); aussi ai-je entièrement basé tout mon traitement sur les observations de votre grand anatomo-pathologiste. Mais, quelle que soit la valeur des investigations du professeur Virchow, elles ne fournissent naturellement qu’une évidence négative, et je ne serai pas sans inquiétude jusqu’à ce que six mois au moins se soient écoulés depuis l’application de l’électro-cautère. 11 est inutile que j’assure à ceux qui me connaissent que je n’ai pas la moindre objection à me trouver avec des confrères allemands, et si par malheur des symptômes défavorables se présentaient, je serais le premier à demander la coopération d’un de vos compatriotes.

« Relativement à la publication de bulletins, je pense comme vous que des communications officielles fréquentes sont désirables, parce que

souvent elles diminuent l’anxiété publique et arrêtent la publicité de fausses nouvelles.

Lorsqu’il s’agit d’un, simple particulier, cette question est décidée par le malade lui-même, et il ne paraît pas juste, lorsque le malade appartient au plus haut rang, de ne pas consulter à cet égard ses sentiments.

« Bien à vous,

Mauvaise nouvelle. — La situation continua à être bonne jusque vers le milieu d’octobre, époque à laquelle les rapports de M. Hovell commencèrent à être moins favorables. Le 17, le larynx devint très congestionné, et dix jours plus tard l’enflure sous-glottique avait augmenté en grosseur, et tout le côté gauche du larynx était élargi. Le 28 octobre la surface de la tumeur s’ulcéra légèrement, et la corde vocale audessus de la tumeur était légèrement enflée le long de son rebord libre. Malgré cela la voix du malade était très claire, et dans l’opinion de la Princesse parfaitement naturelle. 11 s’attache un triste intérêt à cette remarque de Son Altesse Impériale, car ce fut la dernière fois qu’elle devait entendre le son véritable de cette voix aimée. Le jour suivant, le Prince fut de nouveau

pris d’enrouement, et le 30 octobre on découvrit une nouvelle enflure sous la corde vocale droite pendant que celle de gauche commençait à jeter des ramifications. Cependant, à l’exception de l’enrouement, rien n’indiquait, soit au malade lui-même, soit à ceux qui l’entouraient, qu’un changement sérieux avait eu lieu.

Le 3 novembre, le Prince partit pour San Remo, où l’on avait préparé pour lui une résidence convenable, la villa Zirio. Ce jour-là M. Hovell s’aperçut que la tumeur sous-glottique avait considérablement augmenté,mesurant un peu plus d’un centimètre en diamètre et environ 4 millimètres en hauteur. Depuis qu’on avait observé pour la première fois l’extension de cette tumeur, c’était toujours en hauteur qu’elle s’était développée. Dans la matinée du4, on remarqua de l’œdème à la base du cartilage aryténoïde gauche; ceci disparut le soir, mais était revenu le lendemain matin. Les symptômes présentant maintenant une apparence réellement sérieuse, on m’expédia un message urgent et je partis immédiatement pour San Remo où j’arrivai dans la soirée du S.

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