SAN REMO. - ATTENTE
Je suis rappelé à San Remo. — Le 12 décembre, un développement encore plus rapide des granulations sur la bande ventriculaire gauche ayant eu lieu en quelques heures, on craignait de nouvelles manifestations et on me rappela en toute hâte en Italie. J’arrivai à San Remo le 15 décembre, et je fus heureux de constater une grande amélioration dans l’état du Prince depuis le mois précédent. L’enflure des glandes sous-maxillaires avait diminué et il n’y avait plus trace de la tumeur enflammée et ulcérée au-dessous de la corde vocale gauche, excepté une cicatrice rouge et unie. Mais je remarquai quelques petites granulations blanches qui couvraient la moitié postérieure de la bande ventriculaire gauche et qui paraissaient çà et là
former des ulcérations. M. Hovell me dit que ces granulations avaient été bien plus considérables le 13, paraissant s’agrandir d’heure en heure; mais elles avaient commencé à se détacher par morceaux dans la soirée du 14. Le lendemain de mon arrivée, je constatai qu’elles avaient encore beaucoup diminué en nombre et en grandeur. Ce jour-là, j’eus l’honneur d’accompagner la famille impériale à Ospedaletti, et je remarquai que le Prince était de nous tous le marcheur le plus vigoureux. Il se plaignit à moi de la conduite du docteur Moritz Schmidt qui, me dit-il, s’était permis de faire une conférence à Francfort après son retour de SanRemo, dans laquelle il avait déclaré que Son Altesse Impériale souffrait d’une maladie d’origine « contagieuse ». Le Prince était fort mécontent de cette indiscrétion du docteur Schmidt, et me pria de contredire cette déclaration pour laquelle, du reste, il n’y avait aucun fondement.
Amélioration. — Comme l’affection laryngienne semblait être assez active, je résolus de rester quelque temps dans le Sud, et le 17 décembre je fis une rapide excursion jusqu’à Alger; j’étais de retour à San Remo le 26. Les granulations de la bande ventriculaire gauche étaient maintenant très légères et limitées à la
partie postérieure; cependant il y avait un peu d’enflure à la partie supérieure de la bande, au point d’union avec le pli ary-épiglottique, et le reste de la tumeur sous-glottique s’avançait un peu plus vers la glotte. Le larynx était un peu congestionné, et on pouvait sentir à l’extérieur du cou qu’il était enflé du côté gauche. Mais à tout prendre, l’état de l’auguste malade était meilleur qu’il n’était à l’époque de ma première visite à San Remo.
Je revins en Angleterre, et je continuai à recevoir les rapports du docteur Krause et de M. Hovell sur l’état du Prince. Le 2 janvier, en plus de l’enflure au-dessous de la corde vocale gauche, un peu de tuméfaction se voyait à la partie antérieure de la hande ventriculaire correspondante, où l’extrémité antérieure de la corde était cachée à la vue. La congestion du larynx et de la trachée augmentait et il y avait une copieuse sécrétion de mucus. Le 12 janvier, de la tumeur sur la bande ventriculaire gauche il ne restait plus qu’un peu d’épaisseur qui diminuait rapidement. Depuis la date du rapport précédent, il y avait eu un peu d’enflure du côté gauche du larynx, avec plùs de congestion et une plus grande expectoration de mucus. Mais tous ces symptômes locaux tendaient,
m’écrivait-On, à disparaître, et la santé générale de Son Altesse Impériale était tout à fait satisfaisante.
Changement défavorable. — Presque immédiatement après ce rapport, se présenta un de ces changements soudains des symptômes, qui ont formé une caractéristique sii'emarquable de la maladie. Je donne ici les rapports détaillés que je reçus du docteur Krause et de M. Hovell, parce qu’ils fournissent une peinture fidèle des incidents cliniques jour par jour, et prouvent d’une façon frappante la’soudaineté du changement qui eut lieu entre le 13 et le 14 janvier *.
13 janvier 1888. — « L’épaississement de la bande ventriculaire gauche, qui marque le siège de la dernière tumeur, a presque disparu. L’enflure des deux bandes ventriculaires est certainement moins forte, et celle qui existait sous la corde vocale droite a disparu, excepté dans sa partie antérieure, où elle se montre encore uif' peu. Il y a moins de congestion du larynx et de la trachée ; il n’y a pas d’élargissement glandulaire. »
14 janvier , 8 h. 30 matin. — « Ce matin une proéminence d’un blanc gris a été observée sous la corde vocale gauche, rétrécissant la lumière du passage aérien et produisant une légère strideur-
Température, 99°,8 Fahrenheit; pouls, 94. »
14 janvier, 9 h. soir. —« Il y a eu pendant la journée une toux enrouée, mais sans grande expectoration. L’haleineest fétide. Température, 101°,8 Fahrenheit; pouls, 96. »
lo janvier, 10 h. matin. — «Ce matin la proéminence blanchâtre a augmenté depuis hier au soir et couvre en travers les deux tiers du lumen du passage aérien.
« Les glandes de droite, au-dessous de la mâchoire, sont gonflées. Température, 100°,8 Fahrenheit; pouls, 78. »
1:5 janvier, 9 h.soir. — « On constate ce soir que la substance blanchâtre est composée de quelque substance molle qui remue à chaque inspiration et expiration. La respiration est moins difficile que dans la matinée ; l’élargissement glandulaire a légèrement augmenté. Toux moins fréquente, mais plus d’expectoration. Température, 102° Fahrenheit. »
16 janvier, Sh.'SQmatin. — « Nuit tranquille, respiration libre. Membrane adhère encore au côté gauche, mais envahit moins le lumen du passage aérien. Haleine moins fétide. Température, 99°,8 Fahrenheit. »
1 & janvier, 9 h. soir. — « Môme état. Température, 100° Fahrenheit. »
17 janvier, 9 h. soir. — « Vers 3 heures ce matin, après un accès violent de toux, expectoration d’un morceau de tissu, long d’environ 3 centimètres. Température, 99° Fahrenheit. »
18 janvier, 9 h. soir. — «Depuis la sortie du morceau de tissu l’expectoration est teintée- de sang. Température, 99°,4 Fahrenheit. »
Le morceau de tissu fut envoyé au professeur Virchow qui l’examina, et voici le rapport du grand anatomo-pathologiste :
Rapport de l’examen du morceau de tissu sorti