‹ La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-MackenzieChapitre 17 sur 45 · DU LARYNX DE SON ALTESSE IMPÉRIALE LE PRINCE · texte numérisé non relu

DU LARYNX DE SON ALTESSE IMPÉRIALE LE PRINCE

héritier d’Allemagne, .par le professeur Ru'-

dolph Virchow 1 .

« Dans la matinée du 26 janvier 1888, le docteur Wegner m’a apporté une boîte cachetée, avec une lettre du docteur Schrader, datée de San Remo le 13 janvier, ainsi qu’un rapport en date du 17 janvier du docteur Krause, relatif à un grand morceau de tissu qui avait été expectoré le même jour du larynx de Son Altesse Impériale le Prince héritier.

« C’était la totalité de la matière expectorée, à l’exception de six petites parcelles enlevées par le

i. Cerapportest pris dujournaUAe Lance!, dul8 février 1888

docteur Krause pour qu’elles pussent être examinées à l’état frais (par le docteur Keryng de Varsovie, alors à San Remo) *. Le morceau de tissu était placé dans de l’alcool pur contenu dans une bouteille cachetée. En plus du grand morceau dont j’ai parlé, se trouvaient aussi deux autres morceaux séparés et un peu plus durs, l’un plus grand que l’autre.

« D’après le docteur Krause, le premier de ces morceaux formait originairement partie de la masse principale. L’examen offrait de grandes difficultés dont la nature n’aurait pu être prévue d’après la forme ou l’apparence des morceaux soumis à mon investigation. La masse principale ressemblait beaucoup à des morceaux de viande imparfaitement digérée, comme ceux qui sont quelquefois rejetés en vomissant, après avoir été avalés. Cette opinion paraissait être justifiée par la présence çà et là de petites particules jaunes et brunâtres de structure cellulaire végétale, et par l’existence, dans la partie pro- ' fonde du grand morceau expectoré, d’une abondance de filandres élastiques.

« Cependant le docteur Krause m’ayant déclaré d’une façon très précise que la substance,

1. La phrase entre parenthèses n’existait pas dans le rapport original.

avant sa séparation (du larynx), s’étendait depuis la partie inférieure de la bande ventriculaire gauche vers le milieu de l’angle antérieur, et également sous la glotte, et même alentour sous la partie antérieure de la corde vocale droite, un examen plus approfondi ne pouvait laisser aucun doute que nous avions affaire à un large morceau de tissu spontanément séparé de la surface interne du larynx, et non à une masse purement exsudative (fibrineuse). Dans la substance qui, d’après le rapport du docteur Krause, mesurait au moment.de l'expectoration 3 centimètres et demi en largeur, et seulement un demi-centimètre en largeur dans le bout le plus mince (l’épaisseur étant de 4 millimètres) pendant que la partie la plus épaisse avait une largeur de 1 centimètre, on voyait dans son long diamètre un petit point uni et semi-circulaire. Tout le reste de la surface était occupé par des filandres longues et très serrées. Bien qu’il n’y eût ni épithélium sur les points unis, ni glandes au-dessous, il était évident que c’était bien la surface libre de la membrane muqueuse. En effet, le microscope montrait audessous une couche mince du tissu connectif presque homogène et une grande masse de filandres élastiques.

« Plus profondément encore au-dessous, il y avait une couche très épaisse formée principalement de cellules tubulaires avec des parties amorphes granulées. De cette couche épaisse sortaient les longues filandres qui se voyaient à l’œil nu. Impossible de faire une reconnaissance dans ces couches tubulaires et bandes transversales, mais elles semblaient ne contenir que de la matière amorphe, dans laquelle, après minutieux çxamen, on trouvait de nombreux mierococci. On observait çà et là de nombreux mais petits corpuscules clairement définis, ou des dépôts cristallins. Je n’ai pourtant aucun doute que ces couches tubulaires et ces filandres soient des faisceaux musculaires primitifs qui ont été détruits par une influence nécrosique. Le morceau de tissu expectoré doit donc être regardé comme une partie nécrosique et décomposée du larynx, qui a été séparé de la surface à une profondeur de 4 millimètres. On ne peut attribuer la très riche structure musculaire qu’au muscle thy ro-ary ténoïde.

« Je n’ai pu déterminer à quel genre d’influence morbide était due la gangrène, ni la cause qui avait produit la démarcation et l’exfoliation de la substance. Je n’ai pu distinguer ni des corpuscules de pus, ni des cellules de granula-

tion, et, en réalité, on ne découvrait presque nulle part rien qui fût d’une nature hétérogène. Ce n’est que dans le plus grand des deux petits morceaux enlevés par le docteur Krause de la masse principale et à un endroit dur, ayant à l’œil nu la forme d’une verrue coupée, qu’on distinguait une couche extérieure opaque assez épaisse. Dans chaque section microscopique, on voyait des nids ( Zwiebeln ) de cellules épidermoïdales, pour la plupart d’un caractère homogène. En règle générale, ces nids-cellules se trouvaient dans la couche la plus extérieure ou dans celle venant immédiatement en dessous. La couche extérieure était aussi constituée très probablementparune formation épidermoïdale, bien que ces cellules ne pussent être distinguées que çàetlà. Je n’aipu trouver de cellules épidermoïdales dans les parties profondes, et nulle part, malgré les recherches les plus assidues, je n’ai découvert des alvéoles distinctement isolés.

« Je continuerai cette analyse, et si j’obtiens de nouveaux résultats, j’enverrai de suite mon rapport.

Signé : Rudolf Vikchow,

Directeur de l’Institut pathologique.

« Berlin, 29 janvier 1888. »

Le professeur Virchow envoya ensuite plusieurs lettres particulières, mais sans jamais rien ajouter au rapport qui précède; cependant il constata qu’il n’avait jamais pu trouver de cartilage dans aucune partie du tissu expectoré.

Les notes du docteur Krause et de M. Ilovell continuent dans les termes suivants :

22 janvier. —• « Pendant les dernières journées l’enflure au-dessous de la corde vocale droite a reparu, mais cela ne gêne pas la respiration. Il y a eu peu d’expectoration pendant les 24 dernières heures, et la muqueuse expectorée n’est plus mélangée de sang. Les glandes sont encore élargies ; la température a été normale depuis le dernier rapport. »

2S janvier. — « Depuis la dernière attaque de fièvre il est resté un peu d’enflure générale sous les cordes vocales, et par suite la voix n’est pas aussi claire qu’auparavant. Depuis quelque temps la partie supérieure du larynx n’a été’ que légèrement congestionnée, et il ne reste maintenant qu'un peu d’épaisseur pour montrer le siège de la dernière tumeur. »

Cause des mauvais symptômes. — Celte attaque avait été due à l’irritation locale déterminée par la présence du morceau de tissu qui était en réalité un corps étranger dans le larynx,

et au trouble réflexe associé aux efforts nécessaires pour expulser cette substance. Les symptômes fiévreux disparurent après l’expulsion du fragment de tissu mort, et l’état du larynx devint comparativement confortable.

Il était pourtant évident que l’affection locale entrait dans une phase de nouvelle activité, ce qui naturellement inquiétait les observateurs qui entouraient le Prince héritier et le 27 janvier ils se décidèrent à m’appeler de nouveau.

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