‹ La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-MackenzieChapitre 32 sur 45 · Richter · texte numérisé non relu

Richter

Guéri (?) mais n’a pu se dispenser d’une canule. Réapparition. Décès par suicide.

Guéri. Réapparition 5 semaines après.

Décès le 11» jour, d’une affection du cœur.

Opération faite à la demande urgente du

1 malade.

|| 1. Le nom du malade était le môme que celui de l’opérateur.

Rien ne peut être plus lamentable que ce tableau. Le premier cas est décrit comme « guéri »,

bien que le malade ait été obligé de porter une canule ; c’est dire qu’il n’était pas plus avancé que si on avait fait simplement la trachéotomie. Le cas n° 2 est représenté comme « guéri », bien que la réapparition de la tumeur se soit présentée cinq semaines après l’opération ! Suivons le cas de cet infortuné malade. Le 8 mai 1887, moins de cinq mois après une opération de thyrotomie, il fallut pratiquer l’extirpation totale (trois semaines avant la date à laquelle on devait opérer le Prince Impérial). Le malade ne survécut que quatre semaines. Nous avons là un exemple de ce qui serait probablement arrivé au Prince Impérial si Yon Bergmann l’avait opéré au mois de mai 1887. Il aurait souffert en mai tout ce qu’il a traversé au mois de février suivant. Au lieu de cela, par suite du rapport de Virchow, l’illustre malade a passé plusieurs mois d’une existence agréable pendant laquelle il m’a souvent dit qu’il se sentait aussi bien qu’à n’importe quelle époque de sa vie. Si, après l’opération de la trachéotomie, le traitement avait été suivi d’une façon intelligente, non seulement on aurait évité au malade bien des souffrances inutiles, mais, selon toutes les probabilités humaines, sa vie eût été prolongée bien au delà de ce qu’il a vécu.

La moyenne de la vie dans les cas de cancer du larynx est de deux années ; et il y a plusieurs exemples authentiques de malades attaqués sans aucun doute de cette maladie, qui ont vécu trois et même quatre années. Mais en prenant la moyenne, l’Empereur pouvait espérer vivre jusqu’en février 1889. Ainsi plusieurs mois de son existence ont été sacrifiés par un traitement inhabile et par l’emploi d’instruments grossiers. Peut-être ne doit-on pas faire retomber tous les mauvais résultats sur Bergmann et Bramann, carie développement rapide delà maladie a probablement été dû en partie à l’abus extraordinaire que fit Gerhardt de la cautérisation électrique. Le progrès lent du cancer du larynx est universellement reconnu, la dureté du cartilage résistant au progrès de la maladie ; mais dans notre cas l’usage sans mesure que Gerhardt a fait du fil rougi a sans aucun doute causé la périchondrite qui a joué un si grand rôle dans la marche de la maladie et a accéléré le dénouement fatal.

Page 1