‹ La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-MackenzieChapitre 4 sur 45 · H! LA DERNIÈRE MALADIE · texte numérisé non relu

H! LA DERNIÈRE MALADIE

montre ce qui restait do la tumeur après mon opération.

A Potsdam avec mon hôte impérial. —

Après l’opération, le prince retourna à Potsdam, où il me fit la gracieuse invitation de demeurer pendant mon séjour, ajoutant que, si je le désirais, je pourrais aller chaque jour à Berlin pour quelques heures. Je me rendis donc à Potsdam dans l’après-midi et j’eus l’honneur de faire une promenade en voiture avec Leurs Altesses Impériales et les trois Princesses. Le lendemain, j’accompagnai la famille impériale à Bornstadt, où je vis la ferme modèle qui lui fournit le beurre, le lait et les œufs. Pendant ma visite au Palais Nouveau (aujourd’hui Friedrichskron), je visitai l’église et le cimetière, où je pus me rendre compte de l’intérêt que leur portent Leurs Altesses Impériales. Je fus surtout enchanté de la crèche établie dans le village par la Princesse; j’y vis de vingt à trente enfants dont les âges variaient de quelques mois à cinq ou six ans, tous paraissant bien portants et heureux.

Le Prince et le docteur Gerhardt. — Les

Princesses retournèrent en voiture, mais j’eus l’honneur d’accompagner à pied le Prince jusqu’à Potsdam, et il en profita pour me parler très

sérieusement de son état de santé. Il me dit qu’un ami (sans préciser si c’était une femme ou un homme) l’avait rencontré à Ems et lui avait dit : « J’allais me présenter chez vous, mais je suis très peiné de savoir par Gerhardt que vous souffrez d’un cancer. » Le Prince me demanda si, dans mon opinion, le professeur Gerhardt n’avait pas eu tort de l’envoyer à Ems en le croyant attaqué d’un cancer. Je répondis que je n’avais certainement jamais entendu citer les eaux d’Ems comme favorables dans un cas de cancer, mais j’ajoutai que peut-être le docteur avait été mal compris. Le Prince me demanda encore si les médecins avaient pour habitude de raconter à des étrangers qu’un malade avait un cancer, lorsque cette confidence n’avait pas été faite meme à la femme du malade. Je me permis de nouveau d’observer que le professeur Gerhardt pourrait probablement expliquer tout cela, si l’occasion lui en était donnée. Son Altesse Impériale me parut avoir contre Gerhardt un grand sentiment de mécontentement, non seulement pour son indiscrétion au sujet de la maladie, mais encore pour l’avoir envoyé à Ems lorsqu’il le croyait atteint d’une affection maligne. Le Prince changea alors le sujet de la conversation, et, entre autres

choses, nous parlâmes du paysage qui nous entourait. J’exprimai une grande admiration pour Wildpark qui me rappelait un parc anglais, et le Prince me dit que, après l’Allemagne, il préférait comme paysage l’Angleterre et surtout l’Écosse. Il me parla avec enthousiasme des beautés de la nature dont il était évidemment un admirateur éclairé et passionné.

Mais plus d’une fois, pendant cette promenade, le Prince Impérial revint à l’incident d’Ems, et, quoique naturellement très réservé sur ce qui le concernait, il ne pouvait s’empêcher de montrer un certain sentiment de rancune contre le professeur Gerhardt pour son indiscrétion plus encore que pour son manque de jugement comme médecin.

Dans le cours de notre conversation je demandai à mon hôte s’il était vrai, comme on l’affirmait généralement, qu’il avait été un grand fumeur. Il me répondit que c’était une erreur et que c’est à peine s’il avait fumé quelquefois depuis bien des années. Il me dit qu’en campagne et dans une marche fatigante, ou après quelque grande bataille, il s’était parfois permis de fumer une pipe ; l’ayant fait devant ses troupes, on en avait sans doute parlé avec une .certaine exagération, et c’est

ainsi qu’on lui avait fait cette réputation imméritée d’avoir la passion du tabac.

Bien que portant toujours Puniforme, le Prince se mettait souvent en civil lorsqu’il habitait son palais de Wildpark. Je fus profondément frappé de la courtoisie de ses manières envers les paysans qu’il rencontrait ; au lieu d’un signe de tête protecteur ou d’un mouvement de la main, il rendait leur salut en soulevant son chapeau comme l’aurait fait un Anglais en saluant une dame. Il était facile de voir que le majestueux Prince Impérial était vraiment Unser Fritz adoré par.les plus humbles de ses futurs sujets.

Ce que j’avais empêché. — Pendant une promenade à laquelle ta Princesse Impériale voulut bien m’ihviter à l’accompagner, Son Altesse me dit qu’avant mon arrivée on avait décidé de soumettre le Prince à une opération externe qui devait avoir lieu à 7 heures du matin le samedi 21 mai. On avait apporté une table à opération de l’hôpital de la Charité, et deux gardes-malades étaient déjà dans le palais. Son Altesse Impériale me raconta que Bergmann avait l’intention d’ouvrir le larynx sur la ligne médiane par-devant 1 , afin de voir l’étendue et

I. Opération appelée en Allemagne Laryngofissur, et en Angleterre généralement Thyrotomy.

les ramifications de la tumeur pour arriver à son extirpation complète, si cela était possible. En réalité, comme l’observa Son Altesse Impériale, « c’était une opération d’essai; mais une fois commencée, il était impossible de savoir où elle s’arrêterait ». Ce fait est confirmé par le professeur Von Bergmann lui-même 1 qui affirme en outre qu’il avait clairement expliqué à son auguste malade tous les risques de cette opération et ses résultats probables. Cependant, d’après ce qu’il dit lui-même 2 , on peut facilement comprendre qu’il avait donné au Prince une idée des plus optimistes sur les résultats, particulièrement en ce qui concernait la voix. Je sais pertinemment que ce fut seulement plusieurs mois plus tard, et pendant son séjour à Braemar, que le Prince apprit par hasard d’un de ses aides de camp la terrible opération à laquelle il avait été près d’être condamné au mois de mai.

On a souvent insinué, sinon ouvertement déclaré, que l’infortuné malade n’avait jamais été informé de la véritable nature de sa maladie, qu’en réalité on l’avait toujours amusé avec de fausses espérances. Mais la vérité est que les

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