‹ La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-MackenzieChapitre 9 sur 45 · Avant de quitter Berlin, je suggérai à L. A. I., afin de · texte numérisé non relu

Avant de quitter Berlin, je suggérai à L. A. I., afin de

Il faut naturellement se rendre compte que Virchow, sachant que son rapport passerait sous les yeux du malade, avait à cœur de le rendre aussi favorable que possible tout en restant dans la vérité. On remarque aussi qu’il a eu soin de ne donner son opinion que sur les fragments de tissus examinés par lui. Mais le rapport pris dans son ensemble ne pouvait manquer de donner une impression favorable.

Les derniers fragments avaient été pris plus au centre de la tumeur que le précédent, et la coupure avait été faite assez profondément à travers la structure malade et jusqu’à la partie saine en dessous ; ils pouvaient donc être réellement considérés comme spécimens vrais de la tumeur entière. Le caractère anatomique essentiel du cancer, c’est-à-dire la pénétration de l’épithélium dans les parties inférieures n’existait en aucune façon. On a avec quelque raison décrit le cancer « une verrue se développant à l’intérieur. » Quelle que soit l’épaisseur de la partie externe, quel que soit le développement externe de la grosseur, tant qu’elle

diminuer la grande anxiété du public, l’idée de permettre la publication du rapport du professeur Virchow. Le Prince Impérial donna en conséquence l’ordre de le communiquer aux feuilles médicales de Berlin.

ne pénètre pas dans les parties plus profondes, ce n’est pas un cancer. Il est vrai que dans le cas présent l’évidence n’était que négative, et ne prouvait pas d’une façon absolue l’absence d’une affection maligne, mais elle rendait cette absence très possible. Comme pour donner plus d’emphase encore à cette probabilité, le professeur Virchow dépassa les strictes limites de son mandat (qui était de constater ce qu’il voyait), et affirma que dans les fragments qui lui étaient soumis il n’y avait rien qui pût donner des craintes relativement à la portion de la tumeur qui restait dans la gorge du malade.

Le cas est confié à mes soins. — Après la lecture du rapport de Virchow, une longue consultation eut lieu dont le résultat fut de mettre, avec le consentement unanime des membres présents, le cas entre mes mains pour le traiter de la manière que j’avais proposée. Ainsi que je l’ai déjà expliqué, mon plan était d’essayer l’extirpation ou la destruction de la tumeur par la méthode interne, c’est-à-dire en passant l’instrument dans le larynx par la bouche. Dans le cas où le traitement ne réussirait pas, on examinerait si l’on devait faire une opération externe, et quel serait le genre de cette opération.

Le 27 mai, il avait été décidé que toutes les

parties de la tumeur excisées seraient soumises au professeur Virchow, et que, dans le cas où mon traitement ne serait pas suivi de succès, on délibérerait pour arrêter le nouveau traitement.

Les conditions exactes résultant des consultations du 25 mai et du 10 juin, arrêtées entre les docteurs allemands et moi, ont été relatées de la façon la plus fausse et la plus absurde. Ce à quoi j’ai « consenti », ce que j’ai même « recommandé », était d’abord que toutes les parties excisées seraient envoyées au professeur Virchow pour être examinées par lui, et ensuite que d’autres mesures seraient concertées entre nous dans le cas où je ne réussirais pas.

Mais plus tard on a prétendu, sans toutefois le consigner dans le pamphlet allemand, que je m’étais engagé à envoyer de temps en temps un rapport à mes collègues, et Von Bergmann, allant encore plus loin, déclare 1 que j’ai consenti, si la tumeur augmentait, à laisser faire l’opération de la thyrotomie ( lanyngofissur). La nature exacte d’une opération future n’ayant jamais été discutée, cette allégation de Von Bergmann ne repose sur aucun fondement. Ce qui prouve la grande confusion qui existe dans l’es-

\. La Maladie de l'Empereur Frédéric III, p. 36.

prit de mes collègues allemands à propos des arrangements faits entre nous, c’est que Gerhardt déclare que les conditions auxquelles je devais prendre charge du malade avaient été arrêtées le 1 er juin 1 , dans une consultation qui aurait eu lieu chez le D r Wegner, et à cette époque je n’étais pas à Berlin. J’ai religieusement exécuté toutes les conditions acceptées par moi. Le dernier fragment de la tumeur que j’ai excisé a été soumis à Virchow, et lorsque, au mois de novembre, je vis que mon traitement n’avait pas de bon résultat, j’invitai deux éminents laryngoscopistes à se réunir à moi pour nous consulter sur le futur traitement à suivre.

Dans les circonstances où nous nous trouvions lors de la consultation du mois de juin, aucune autre décision n’était possible. En présence du rapport signé par un homme dont l’autorité suprême en pareille matière est reconnue par tout le mondemédical, aucun docteur n’aurait pu avoir l’idée d’accepter une opération sérieuse s’il avait été chargé du traitement. Je puis affirmer que si j'avais-été le malade, j’aurais certainement considéré comme atteint d’aliénation mentale le médecin qui m’eût fait une pareille proposition,

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