MISÈRE
droiïues, pleurait. Otbeit iinaïujjilc était peut-
ôtrc le pîiis pénible à voir
Lu nuit s'écoula ainsi; le pâle matin blancliit faiblement sur les collines. Les coqs se mirent, à saluer d'une voix aigre cette aurore terne et glacée, et l'on entendit, tantôt emportés tantôt rapportés par l'aile du vent, les tintemens de l'Angelus du couvent voisin , qui semblaient plutôt annoncer l'évocation des trépassés dans leurs suaires, que le réveil des vivants dans leurs demeures. Tout à coup une violente rafale tombe sur la maisonnette en faisant grincer les branchages dépouillés des arbres, et la fenêtre de la triste chambre, où se passait cette scène de désespoir, ouverte avec fracas , fait voler jusqu'aux pieds du berceau une bouffée de neige la lumière est
éteinte.... Pourtantle cœur maternel recueille
au milieu de ce désordre un souffle d'oiseau qui semble passer tiède sur son front penché vers le berceau......
L'enfant est mort! Son âme d'ange s'est en- . volée vers les limbes célestes, par la icnôtre qu'à ouvert la bourrasque .'
Uu Ii&cideut.
...... ?\esstto maggior dolure^
Cbericoriiarsi del tempo felice Nclla mUeria....... »
— Daste Inf . Can. Y —
Durant tous les jours qui suivirent cette nouvelle scène du triste drame domestique en train de s'accomplir dans la maisonnette solitaire de la montagne, tout Florence se régala aux caséines , à la Pergola, partout enfin, de la piquante nouvelle qu'il y avait une comtesse Morosini cachée à Fiesole. On se souvient de l'imprudente sortie faite par Adriana , dans son désespoir de mère, en présence du médecin de villaire; ce fut nécessairement là Tori-
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tj,inc de cette révélation. La nouvelle avait été descendue en ville des le lendemain matin, par le facteur de la poste aux lettres, qui fît si bien son métier de iiiaison en maison , que la chose éclata dans chaque salon le même soir, et qu'à toutes les portières des carrosses arrêtés aux cascines, dans toutes les loges du théâtre enfin, on ne parla que de cela. Les plus perspicaces se rappelèrent que plusieurs mois auparavant, un élégant barbu, avait })arlé de la lencontre qu'il avait faite d'une comtesse chercliant de l'ouvrage chez les lingères; on courut donc à lui pour l'interroger de nouveau ; mais le dandy crut devoir désormais affecter un air de réserve et de discrétion, qui ne laissa pas que de faire naître des soupçons dont proliîa sa fatuité. Mais comme ])ar ailleurs les supi)Ositions allaient leur train, il y eut des gens qui portèrent la supposition jusqu'à sa dernière puissance, c'est-a-dire, l'affirmation de sorte qu'on entendit circuler sur le fait les versions les plus saugrenues. Tantôt celte comtesse avait été enlevée par un nondolier de Venise dont elle s'était amoura-
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t;liée comme la dernière Aldîni, et qui la battait ilu matin au soir, après avoir croqué tous ses diamants. Ailleurs on donnait comme certain que c'était une intrigante qui s'était provisoirement retirée la, en attendant quelque prince étranger qui, pris au piège du mystère et de l'incompris, allât lui offrir un hôtel, des che* vaux, etc. D'autres enfin allirmaient que c'était une vraie comtesse, une formelle Morosini, laquelle contrariée dans ses affections de cœur était venue se réfugier là dans une grotte , où elle ne vivait que de racines , comme cette Geneviève de Brabant, dont ailleurs a parlé Bruschall.... ou la Madeleine qu'a peint Cor* i-ège !
l.e résultat le plus fâcheux de toutes ces suppositions , inquisitions, versions et inventions, ce fut qu'à dater d'un certain jour, la promenade de Fiesoie devint à la mode, et que l'on abandonna pendant une semaine les allées neigeuses des caséines pour diriger les équipages Vers l'antique berceau de Florence. La belle route neuve que le grand-duc Léopold a eu rinuénieusc idée de faire construire aux
c56 l> INCIDENT.
frais de ceux qui étaient disposés à })ayei' ainsi Icuraggrégation dans une noblesse nouvelle qu'il leur accorda (I ), se vit littéralement couverte d'équipages à la recherche, les uns de la û;rotte où se morfondait la moderne Madeleiiie, les autres chargés de curieux braquant leur lorgnette sur toutes les croisées des maisons éparpillées à poitéc du chemin. Dans l'espace d'une semaine, les niienx guidés, armés d'on ne saurait dire quel prétexte , firent résonner cinquante fois la sonnette de la pelite barrière, qui, du reste, ne s'ouvrait jamais. Puis il arriva à Florence une belle dame russe, avec des équipages nationaux, flanqués de grands gaillards demi-valets, demi-cosaques, et cela fit tellement fureur, qu'on oublia bien vite la vraie ou fausse comtesse deFiesole, pour
(1) Florence a en effet aujourd'hui une noblesse de Fksole, c'est-à-dire formée de personnes qui ont souscrit pour une certaine somme à la conslraclioii ♦le celle route, fort belle du reste, et qui, niiseà contribution sur la vanité, n'a rien coûté à l'Etat. U y eut des souscriptions de chevalier, de baron et de comte, suivant le taux d'amour-propre qu'on v mettait et le nombre d'écus qu'on v versait
se faire présenter chez la belle Moscovite, attendu qu'elle inaugurait son établissement à Florence par un grand bal, qui mettait déjà toute la ville sur pied !
Ce fut donc un bonheur pour la pauvre Adriana, que cet incident, qui vint détourner d'elle et de sa retraite, une curiosité non-seulement importune et pénible, mais môme dangereuse , car sa conséquence la plus simple devait être de faire parvenir à Venise des révélations qu'elle avait un triple intérêt de dignité, de prudence et d'amour-propre à étouffer. ïl faut comprendre surtout combien cette féroce curiosité du monde désœuvré était plus pénible encore pour la jeune femme, en j'aison du douloureux événement qui venait <le la frapper comme mère. Le vieux Castellano avait fait rendre à la petite Olberline les devoirs funèbres , et Adriana s'était vue contrainte de redoubler d'assiduité et de patience, pour trouver dans son travail le produit nécessaire à faire face aux dénenses, légères pourtant, de la sépulture de son enfant. Quant à l'insensé, il était resté deux ou trois jours