‹ La dernière Morosini, ou, Le poignard de cristal (volume 2)Chapitre 17 sur 18 · L.V DER^otRE MOROSir^I. — 5G · texte numérisé non relu

L.V DER^otRE MOROSir^I. — 5G

là mais vous dites qu'il n'a pas cessé de

vous prouver son attachement, et c'est par là, c'est-à-dire par les sentiments, qu'on aurait chance de réussir à causer dans ses idées un ébranlement qui le ramènerait entièrement au monde.... ou plutôt, à vous, madame.

Adriana retourna à Fiesole dans une disposition d'esprit singulièrement exaltée. En rentrant au logis, elle embrassa l'insensé, et lui dit :

— Sais-tu bien, Otbert, qu'en revenant dé Florence, j'ai faillie être terrassée par un bœuf furieux?.... bien peu s'en est falki, cher toi, et tu n'aurais plus revu ta petite femme î

Elle observa attentivement les traits de son mari, en lui faisant ce mensonge. Otbert se dressa violemment sur son siège:

— Adriana ! que dis-tu là? — s'écria-t-il , en la pressant convulsivement dans ses bras.

— Non ! non!... calme-toi, mon bien aimé.... ne vois-tu pas que je plaisante?

— Et bien ne plaisante jamais comme cela! — répliqua l'insensé, dontles yeux brillaient singulièrement — avec des terreurs

502 — LA DEÎ\XJÈRE HlOIlOSir?!.

pareilles, (u me rendrais fou !.... Viens voir plutôt par quel moyen je compte foire de la musique et de la parole un seul et harmonieux langage.... Vois ! quelle fusion ingénieuse ! — dit-il, en montrant à la jeune femme les feuillets couverts de ses Giriffonnaoes bizarres...» — J'espère que cette fois-ci on ne dira plus de mon œuvre non ha scnso l C'est éclatant comme le soleil , en face duquel on a beau fermer les yeux pour le nier, les rayons vous

percent les paupières

— Ils disent vrai ! — pensa Adriana, en regagnant, près du foyer où pétillait un fagot mis en reserve depuis la veille , sa petite table de broderie — que faire? que faire? — se répéta-t-elle souvent durant le reste de la journée.

Depuis plusieurs jours le froid avait été si vif, qu'Otbert n'était point sorti. Le lendemain de l'excursion d'Adriana à Florence, l'air était un peu tempéré par un pur soleil, dont les rayons faisaient éclater la neige des collines ; l'insensé parla d'aller à la chapelle des Franciscains essayer son travail des jours passés-

LA. DEr.MÊUE MOROSim. — ^<^»^

sur le petit orgue : Timotco, qui allait partir poai' son travail quotidien, resta pour accompagner son maître, comme de coutume.

Lorsqu'Adriana eut bien chaudement arrangé son mari, elle le laissa partir, réitérant au \ieux gondolier sa recommandation ordinaire, de ne pas quitter Otbertd'un seul instant, et d'être de retour au logis le plus tôt possible. Les époux s'embrassèrent ; Adriana resta

■seule.

Elle acheva de mettre en ordre le petit ménage, et s'installa dans la première pièce, auprès de la croisée sans rideaux où filtrait obliquement un mince rayon de soleil. Elle voulut travailler, mais ne put y réussir. Elle ressentait des tressaillemens nerveux , et de ces impatiences irrésistibles que cause souventla trop vive circulation du sang : il lui était impossible de rester un quart d'heure assise... Elle brodait quelques points, elle jetait là l'aiguille puis après avoir fait deux ou trois

tours dans la chambre, elle essayait de nouveau de s'appliquer au travail, pour s'en déranger encore. Ses idées n'étaient pas plus

Page 1