‹ La dernière Morosini, ou, Le poignard de cristal (volume 2)Chapitre 4 sur 18 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

sans s'vn douter, la vie de celui <|ui, peu d'années plus tard, devait être doge. Voilà l'histoire de ce poignard, et les raisons pour lesquelles je le garde. Cette mort certaine qu'il recèle et qu'il peut donner, son contact si froid à la main qui le presse , la matière étrange dont il est fait, sa couleur, et surtout le rôle qu'il lî joué il y deux siècles.... tout enfin contribue à frapper mon imaginalion, et j'aimerais mieux perdre ceci — dit Adriana

en tirant du fond du coffret une longue boîle recouverte en cuir mordoré — que ce poignard, qui ne semble pas, mon cher Olbert, exciter toutes tes sympathies

— Qu'est-ce donc que cette dernière boîte? — demanda le jeune homme, en replaçant respectueusement le célèbre poignard de cristal au fond du coffret.

— Ceci , cher Olbert , c'est notre voyage h travers l'Iiuropeî C'est notre villa de Sorrente, ou de Palerme , c'est la tranquillité de notre avenir !

Et parlant ainsi , elle ouvrit Técrin qui contenait une magnifique parure de diamants.

— LE FOlGKÀhi» DE CRIBTAL. — \hi

A celte vue, Otbert devint d'une pâleup iivide.

— Adriana , qu'avez-vous fait! — s'écria-t-iL

— Ces diamants sont mon bien — répondit-elle. — Ils m'ont été légués, dans son testament, par ma grand'tante , qui fut abbesse de Sainte-Térèse, à Goritz. Ils sont donc ma très directe et très légitime propriété, et leur présence ici n'a rien d'alarmant. Ils résument enfin pour le moment toute notre fortune !

— Malheureuse enitint, tu me perds! — dit Otbert désespéré. — Quelle arme cet écrin va fournir contre moi i Comme ce Durazzo va s'en emparer pour se venger de moi par contumace !

La jeune femme s'cSbrça de rassurer son mari sur ce trésor, dont la possession répugnait tant à sa délicatesse. Ce furent entr'eux des combats qui eussent rappelé ceux de la Pia de Tolomei et de son amant, pour le rameau de corail, dont parle Dante, en souvenir de son voyage à Sienne. Otbert voulait que les diamants fussent renvoyés sur-le-champ au palais Bastiglia ; Adriana prétendait aue c'était

I">^ — LE 1>0I(.?<A!\D DE CRISTAÎ,.

une folie, une duperie et une iini)!'u<lenee. (ihîH'un souîiiit son opinion de son mieux, sans pourtant que ce jour-là l'un des deux eût suffisanîment cédé, ou parût assez convaincu, pour quelaijuestion delà conservation ou du renvoi fut résolue.

I.e lendemain , Otbert se décida à écrire à îiiuschall la lettre suivante :

« .Mon (ligne anii, — ne m'accusez pas, et » pardonnez-moi! il y a dans la vie des cir- » constances extraordinaires, où la conduite y> de l'homme lui semble si rigoureusement » ti-acée, injposée par les événements , qu'il » serait injuste de lui donner toute la re^ipon- » sahiiité de ses conséquences. Je puis paraître

» ingrat envers vous mais, croyez-moi,

i> non , je ne le suis pas ! Chaque jour je pense » à vous , et chaque jour , le remords de ma » conduite envers un si bon ami, grandit et D me rend plus malheureux. Oui, vous aviez > raison de me le dire, le mieux que je puisse » faire , étant décidé à céder aveuglément à la » pente où m'entraînait l'amour, c'était de a tout vous apprendre : bien et mal , plaisir,

Page 1