I.C rolCtlARl) DE €!UfiTAL
» espoir, déception. Je ne l'ai pas fait, je le
» regrette, et je viens essayer aujourd'liui de
» réparer ce tort envers vous , et envers n)oi-
» même. Ecoutez donc, mon vieil ami, le
V rapide récit des événements qui ont amené
D votre protégé à son étrange état de l)on-
D heur, et aussi de souffrance actuelle. Nul
» homme , je crois , ne s'est jamais trouvé eu
» but à des contradictions si frappantes, qui
» placent le remords et les dévorantes inquié-
» tudes, au sein même d'une félicité si ines-
» pérée, si grande, que le ciel semblerait
» s'être entrouvert sur moi , si ma conscience,
» ce vautour infatigable , ne me rongeait éter-
» nellement le cœur c'est-à-dire le sanc-
» tuaire même de toute cette félicité. Ecoutez » donc, et plaignez-moi , tout heureux que je » suis !
» Vous savez quelle impression fit sur moi » cette jeune fille du Stelvio, et vous devinà- » tes, dans votre inquiète sollicitude , quelleni » conséquences pouvait avoir un rappi^che- » ment avec elle, l^nporté par celte force su- » périeure , qui maîtrise toute réîîexion dans
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» iage des effervescences, j'étouffai la voix » de la raison , si bien évoquée par vous, et, » dominé par je ne sais quelles folles espéranfi ces , subjugué par une inconcevable pré* 0 soinption peut-être, je partis pour Venise. » Là , des incidents inattendus , et qui sem- » blaient donner gain de cause à ces espérans ces déraisonnables , non - seulement me » mirent presqu'immédiatement en rapport » avec la femme à laquelle j'avais eu l'audace » de penser dans un rêve de poète , mais en- )j core ces incidents me la firent-ils trouver » dans la situation d'esprit la plus favorable » à simplifier tout échange, tout commerce M de nos pensées. Elle eut, à ses yeux et aux » miens , des prétextes suffisants pour m'atti- » rcr dans le palais de sa famille, et il ne me » fallut que peu de temps pour comprendre » que la vive impression qu'elle m'avait faite » à son passage des Alpes , elle l'avait aussi z) emportée de moi. Tout cet échange de pen= » sées, d'impressions, de sensations même, 0 se fit entre nous avec une simplicité qui 3 contribua à m'en dissimuler la giavité et
» l'importance. Elle ne me dit point qu'elle » m'aimait, et il me fut inutile que je lui ap- » prisse les sentiments de mon cœur : elle ;îgi t » comme si elle avait tout dit et tout écoulé. » Ce fut , de part et d'autre , un sous-enlendu » formel et charmant , qui abrégea singulicres> ment entre nous la marche, à peu près uni- > forme, de tout amour. îl est d'usage que » chaque jour amène son degré dans ces pro- » grès que font deux cœurs , avant que de s'en- » tendre avec une entière franchise ; la femme » résiste dans ses aveux ; l'homme a d'abord » parcouru toute sa part de chemin, puis il » doit ensuite faire la moitié de celui qui le » sépare encore de la femme, à laquelle cer- » (aines convenances défendent d'aller aussi j> vite que lui. Eh bien ! rien de tout cela n'ar- K riva entre nous; celle que j'aimais avait i» compris que le rang qui nous séparait , et » d'autres considérations encore de sentiments » qu'elle avait appréciés, me rendraient très » difficile la marche ordinaire des choses, et » avec une grâce charmante, elle sut ingéj» nieusement nous sauver, à moi les aveux
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i> progressifs , à elle la difficulté de les enteit- » dre et d'y répondre. Cette ineffable délica- « tesse de sa conduite, qui, du reste, lui » épargnait peut-être les embarras résultant j> de quelques difficultés de sa position, ajouta » à ma tendresse pour elle la plus vive recon- » naissance , et ce dernier sentiment, que » d'immenses sacrifices qu'elle m'a fait depuis, » ont singulièrement augmenté, forme au- » jourd'hui la base de ces remords, de ces in- » quiétudes, que ma conscience alarmée, et » peut-être un peu aussi mon amour-propre , » (je vous dis tout!) ont fait naître, et déve-
» loppent chaque jour en moi
» J'ai parlé d'amour -propre , mon vieil ami, » et je veux m'expliquer. Cet amour-propre, » qui fut un des agents actits de ce voyage y> insensé, a peut-être porté depuis, en moi- » même , la peine du talion. Vous l'aurez com- » pris: nous en arrivâmes bientôt, Adriana » et moi, à une complète intelligence. La pi*e^ » mière fois que nos lèvres parlèrent d'amour, * il sembla qu'elles répétassent une chose ^ cent fois convenue et dite déjà. Nous eûmos