LE POIGIXARD DE CRISTAL
» mon emploi, décidé à me contenter du plus » modeste des patrimoines. Mais , au reste , » démarches, tête et cœur, comptez toujours » sur votre vieil ami, qui se dit aussi le très- » humble serviteur de madame Erichsen. »
lia Jeune Jlière.
« Je crois qu'il n'y a pas de lien pUu i> lenjre que celui d'une femme aM>c U » personne qui aime son enfant et qui en » ast aimée».... »
— Gkorce Sanb. —
Et les semaines s'écoulaient sans que rien annonçât que les deux époux, toujours amants, dussent être troublés dans leur paisible retraite, par quelque catastrophe venue de Ve* nise, ou de Vienne. Pour eux, les journées se
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suivaient et se ressemblaient. Le matin, tandis que la jeune femme s'occupait des soins du petit ménage, en collaboration avec le vieux Timoteo, Otbert allait faire une excursion sur les remparts de la charmante ville ducale, entrait dans quelqu'église , ou allait passer une heure ou deux à la Bibliothèque, ou au Musée où trône le gracieux et frais Corrège. Cette solitude élait régulièrement vouée aux préoccupations, dont on sait que notre héros était dominé. Lorsqu'il rentrait, Adriana lui sautait au cou , trouvait toujours qu'il avait été bien long-temps, et s'asseyait auprès de la petite table, où étaient rangés bien en ordre les livres et les papiers de son ami. Tandis qu'Otbert écrivait quelques fragments, avec la secrète espérance de pouvoir se créer des ressources en littérature, la jeune femme lui brodait des bonnets de velours, des pantoufles, des bourses en or, en perles, en soieries, si bien, <[u'en moins de trois mois, Otbert se vit brodé connue un Albanais. De temps en temps, elle suspendait le travail de son aiguille , retrardait son mari écrire , et fiuissait par le
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taquiner en lui poussant le coude , en lui prenant sa plume, en agitant son papier, tout cela pour avoir un baiser, qu'elle lui rendait un moment plus tard, sans attendre un alinéa. Pendant que ses maîtres s'occupaient ainsi dans la petite pièce, flattée du nom de salon, le vieux Timoteo, qui avait une peur terrible de se rouiller /es orm, comme il disait, et de désapprendre à ramer , s'exerçait à manier une grande gaule, ingénieusement engagée sur le bord de la fenêtre , et qu'il tirait et poussait , soulevait et tournait , en se penchant et se dressant alternativement, comme il eût fait d'un aviron sur le minot de lacrondoîe. Le dijcne Castellano, dans son orgueil pour son art, avait pris ce parti désespéré, en apprenant, après informations prises , à son arrivée à Parme , que cette ville ne possédait pas la moindre gondole, étant, par sa condition géographique, complètement vouée aux voitures et aux chevaux, moyens locomotifs regardés avec un extrême mépris par le vénitien Timoteo.
Durant les premiers jours de leur arrivée à Parme, oi% s'était nécessairement beaucoup
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occupé des nouveaux venus, et certains cafés de la rue Scui Michèle avaient été témoins de suppositions, d'investigations et de supputations sans nombre. Mais, comme les époux ne se produisaient guère , et que, peu de jours après leur arrivée, l'archidachesse Marie- Louise avait donné une fête champêtre dans son beau château de Colorno , on ne s'était plus préoccupé que de cette affaire , et nos amis avaient été oubliés. Lorsque, par hasard, on rencontrait Otbert seul, on n'y prenait plus garde, attendu qu'il était, comme on dit passé à l'état chronique pour les flâneurs* Quant à Adriana, elle sortait peu. Habituée au nonchalant porter de la gondole et aux dalles lisses de la piazzetta , elle ne pouvait marcher sur le pavé tumultueux de Parme, qui ressemble au lit à sec de la rivière la Parma. Pourtant , si d'aventure elle traversait quelque rue fréquentée, elle attrapait quelques œillades, hommage que les Parmesans étaient de trop bon goût, soit pour refusera sa suprême beauté, soit pour multiplier, plus que ne le veulent les convenances, et l'on se disait tout
simplement le soir: « j'ai rencontré la dogaresse ! » — C'était ainsi qu'on l'appelait, par la seule raison qu'elle était imposante, et qu'on la savait de Venise. Quant à quelques difficultés sur le séjour, ils n'en éprouvèrent aucun, le gouvernement de ce duché étant, on lésait, l'état le plus raisonnable de toute l'Italie, en fait de tracasseries policières, comme il est aussi un des mieux administrés en tout, et l'un des plus heureux !
Le soir, les deux époux faisaient une longue promenade hors de la ville. Otbert aimait à aller voir le coucher du soleil, si beau en cette saison brillante, et qui jetait de si pittoresques, accidents de lumière dans la chaîne des Apennins. Tandis qu'Otbert regardait le ciel, Adriana regardait Otbert: c'était son ciel. Ils avaient ainsi presque retrouvé leur chère heure bleue de Venise !
Ce dernier avait fait la connaissance d'un noble Parmesan , qui possédait une assez bonne bibliothèque littéraire et scientifique. Il avait ainsi, à sa disposition, des livressérieux jiour ses études, et des nouveautés poupamu'?
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ser Adriana. Le comle Antonio, sa<:hant tes gonts de la jeune femme pour la musique, lui avait même fait porter un piano. Elle en jouait eomme une fée; on sait qu'Otbert était passionnée pour la mélodie, qu'il sentait profondément. Ils passaient encore ainsi des heures charmantes. Quelques mois s'écoulèrent donc sans que nul incident nouveau vint retentir dans le petit ménage.
Mais, Adriana allait devenir mère. Cette pensée était pour elle un bonheur durable et sans-pareil. La joie que, de son côté, en ressentit Otbert, fut pourtant troublée par un surcroît d'inquiétude. Il était dit que , pour cette âme noble, chaque rayon de bonheur aurait son ombre. Otbert, qui voyait le temps s'écouler sans permettre à son esprit de sortir du dédale de pensées, où le jetaient les embarl'as de 1 "avenir, devint de plus en plus sombre et rêveur, s'efforça nt à grand'peine, en présence de son amie , pour cacher ses anxiétés. Rentrait-il, portant au front l'ombre de quelque méditation absorbante, l'aimable jeune femme lui sautait au cou, et son sourire était
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comme le soleil qui dissipe les sombres nuées. Mais, si l'amour et ses enivrements parvenaient souvent à faire oublier à l'époux ses préoccupations accoutumées, la réaction ensuite n'en était que plus vive, et à cette pensée d'une nouvelle vie, mêlée à celle de sa bienaimée, com.mele Rhône aux eaux au Léman, ilsentaitaugmenter son malheur, précisément par l'impossibilité où il était de goûter, dans toute son ivresse, ce r-ui-croît de félicité. Quelquefois, Adriana ne se sentant point en état de sortir, Otbert allait seul, le soir, assister au coucher du soleil. Mais si , par malheur, il s'oubliait à rêver hors de la ville, sans défiance contre le trouble que la solennité funèbre do certaines heures répandait dans son esprit, la nuit, il avait des songes pénibles , ou de fatigantes insomnies, et souvent même le délire, Cet état, que nous croyons pouvoir appeler maladie, augmentait de jour en jour. Sans se rendre un compte bien clair de ce qui se passait dans Tesprit de son mari, Adriana, n:aîgré les efforts de dissimulation de celui-ci , sentait, de son côté , accroître ses alarmes. Elle