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le cœur battait un peu, se mit à examiner les vastes tableaux qui décoraient les murs de la galerie, et les belles panoplies d'armes turques suspendues aux pilastres. L'aspect de cet intérieur avait quelque chose d'aristocratique et de grand, qui allait assez bien à ces beaux noms que portaient les maîtres. Ce ne pouvait être la demeure de parvenus, de gens sans aïeux, d'enrichis de la veille.
Mais l'attente se prolongeait. L'émotion qui s'était emparée du jeune homme, en se voyant dans ce palais, et en songeant qu'il allait se trouver en face de la contessina et lui parler peut-être, se dissipa sous l'impatience de son amour-propre, choquée de toutes ces façons et de ces retards. Il se passa encore un temps appréciable.... puis un des valets reparut enfin. En ce moment, par sa nouvelle disposition d'esprit, Otbert eût affronté sans trouble une impératrice. Gall eût retrouvé en cela la pré-
— SON NOM.,. — Ml
(lominence de l'organe développé de Vestime de soi.
— Son Excellence ne reçoit pas.... — dit le laquais, beaucoup moins poli cette fois qu'il ne l'avait été au moment des interrogations premières. Les gens- restés dans la galerie et qui avaient examiné l'étranger avec une attention qui ne laissait pas que d'avoir contribué à convertir sa première émotion en fierté blessée, chuchotèrent entre eux.
— Et la comtesse ne vous a chargé de me rien dire ?
— Non ! réponditlaconiquement le laquais. Otbert sentit son visage s'enflammer. Il eut
envie débattre l'homme à la livrée.... mais il se maîtrisa, bien entendu, et reprit :
— Dites à votre maîtresse que je me représenterai demain.... Voici ma carte! — Et il partit.
— Ah! signor mio, — s'écria Timoteo en le
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revoyant. — Vous avez donc vu la vieille comtesse ? Quel nez , hein ? Mon vieux père m'avait bien dit de toujours me défier de ces figures-là! Mais silence, Timoteo, mon vieux bonhomme.... ce n'est pas une raison parce que la vieille a mal agi envers toi, pour trahir tout ce que tu sais sur une famille illustre après tout, et qui mérite des égards....
Otbert, absorbé dans ses réflexions, ne songeait guère à mettre à l'épreuve la discrétion équivoque de son gondolier. S'étant retourné pour jeter un coup-d'œil sur le palais d'où il sortait avec une disposition si différente de celle qu'il avait apportée en y entrant, il crut apercevoir une femme parmi les feuillages qui garnissaient le balcon de la galerie supérieure. Mais sa fierté blessée l'empêcha, quelque secret désir qu'il en éprouvât, de cherchera voir qui était cette personne qui semblait le regarder s'éloigner. 11 se fit conduire à l'île San-
Giorgio-UJaggiorey et de là se mit à conteiiipler Venise, jusqu'à la chute du jour.
Le lendemain, à la même heure que la première fois, Otbert se présenta de nouveau au palais Bastiglia. Le concierge lui déclara, sans même le laisser monter cette fois, que la comtesse était sortie....
— J'avais pourtant fait dire à votre maîtresse que je me serais présenté aujourd'hui, —dit Otbert.
— // stgnore puô scrivere , Monsieur peut écrire ! — répondit le valet.
Le soir même , Otbert chercha le marquis Durazzo, pour lui raconter cette étrange issue de ses deux tentatives. Le marquis eut, en écoutant ce récit, un vague sourire auquel le jeune homme ne prit pas garde.
— Vous avez refusé mon intermédiaire, — dit le Dalmatc. — Si vous m'aviez laissé faire.
à cette heure vous auriez probablement vu la comtesse!
— Dois-je faire une nouvelle tentative? — demanda Otbert.
— Comme vous voudrez ! — dit le marquis.
Otbert comprit qu'il pouvait l'avoir blessé ; aussi reprit-il bientôt :
— Eh bien, excusez-moi j'avais voulu
vous éviter une peine.... mais maintenant je
me remets entre vos mains faites que je
voie ces dames une fois, et je vous en aurais une vive reconnaissance.
— Vous tenez à voir la mère et la ?A\@ ? — demanda finement Durazzo.
— Oui, — répondit simplement Otbert.
— Ces jours-ci, ce sera peut-être difficile, —
reprit le marquis ; — vous savez que c'est a-
près demain qu'ont lieu les funérailles du der-
^ nier Morosini Laissons passer ces tristes
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cérémonies, ensuite tout mon crédit au palais sera à votre disposition.
— Eh bien , attendons ! — dit Otbert.
Le lendemain , notre héros alla passer une partie de la journée au Lido, cette île trop vantée des poètes qui ne l'ont pas vue, et qui n'est au fond qu'un rempart contre la haute mer pour les lagunes, ou un observatoire d'où Venise se développe sous un de ses plus beaux aspects. Otbert, qui d'après ce qu'il avait lu, s'était attendu à trouver là des promenades ombreuses, des bois de citronniers et des villas élégantes, fut tout étonné de se voir débarqué sur une dune sablonneuse , par ci par là recouverte d'herbes salines, de mousses fauves, et de loin en loin découpée par quelques haies de broussailles à peine arborescentes. Au reste, d'un côté on voyait la mer perdue dans un horizon immense, l'Adriatique aux flots bleus, aux vapeurs lilas, sur laquelle se détachait de
FOIO. I. il
place en place ou l'aîle blanche d'un oiseau rapproché, ou la voile d'un bateau éloigné, dorée par le soleil. La vue de cette mer transporta Otbert : il se mit à courir sur la plage de sable comme un véritable enfant. C'était la première fois qu'il jouissait de ce grave et charmant spectacle; en fait d'immensité, il ne connaissait encore que ses montagnes et le ciel où, comme d'audacieux oiseaux, il avait lâché tant de folles pensées !
Il resta là longtemps. Ses yeux ne pouvaient se rassasier de ce magique tableau. Otbert avait toujours trouvé une grande volupté à égarer ses regards dans l'étendue. S'il contemplait une chaîne de montagnes, c'était toujours vers la partie où les plans s'éloignaient, se perdaient dans la vapeur des lointains indécis, que revenait plus volontiers son attention. L'âme s'en allait alors sur le regard, comme à la découverte de mondes nouveaux.