‹ La dernière Morosini, ou, Le poignard de cristalChapitre 7 sur 9 · LE DEH.MEK MOIIOSINI · texte numérisé non relu

LE DEH.MEK MOIIOSINI

les eau\ du canal , suivant la mode adoptée par les jeunes nobles Vénitiens. Cegondolino était vide, aussi tendu d'un long suaire flottant, comme le cheval de bataille qui suit le cercueil dans les funérailles militaires. La barque avançait sans remorque visible, à laide de cordages sous-marins. La rame, veuve du bras , reposait isolé sur le milieu du drap funèbre.

Enfin, le cortège se terminait par deux nouvelles bissonnes chargées comme celles qui précédaient, l'une de cent Castellani, — l'autre de trois cents pauvres, avec leur pain et leur louis d'or. Puis venait la foule des gondoles du peuple et des curieux refoulés en tous sens par le déploiement du cortège qui gagnait lentement la piazzelta.

Ayant vu de sa fenêtre défiler ce riche convoi, Otbert parvint à gagner la rive où allait avoir lieu le débarquement du cercueil. Le

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temps avait conservé sa morne et sombre physionomie; on entendait au loin la nier poussée sur les grèves du Lido, faire comme une basse de funèbre harmonie aux chants des prêtres, qui recevaient le corps sur les degrés où monta le vainqueur des Turcs en Morée, un siècle et demi auparavant, cet aïeul du jeune défunt, dont la salle du scrutin au palais ducal voisin , offre l'arc de triomphe commémoratif, ce Francesco Morosini auquel le sénat vota un buste de son vivant pour en orner le lieu de ses séances....

Une forte escouade de gens de l'Arsenal avaient été revêtus de l'ancien costume des Àrsenalo(h',CGS gardiens desdogcs,et faisait la haie depuis le point de débarquement jusqu'à la porte de la basilique. Plusieurs d'cntr'eux effectuèrent la translation du cercueil de la bissonc au (piai. I.à les vingt vieillards, les derniers contemporains do la république , se

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« liar^'èrent du vor\\s h l'uide d'une machine. Tout le icsre du convoi aquatique resta dans les barques. Le cortège de terre, amassé sur la piazz.eîta, sous les yeux d'une multitude immense qui recouvrait jusqu'aux corniches des édifices, se mit en marche dans l'ordre suivant, dès que la bissonne fut prête à débarquer le cercueil :

Une musique de cuivre formée de certains instruments d'harmonie qui ne donnent que les tierces ou les accords parfaits. Cette musique était la chose la plus triste, la plus lugubre, la plus déchirante qu'on pût entendre. Privée de mélodie, jetant tour à tour ses notes ou saccadées comme des sanglots, ou traînantes comme des soupirs , on eût dit que le crêpe de deuil qui pendait de chaque instrument en tamisât les sons éplorés....

Une dépulation des écoles de l'Université de Padoue, dont le défunt avait été élève...

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Tous les .chevaliers et commandeurs de Malte qui se trouvaient à Venise , en tenue de l'Ordre (tenue du dehors) , habit écarlate, revers blancs pour les chevaliers de justice, revers noirs pour les autres, épaulettes de colonel à franges d'or, le crêpe au bras et à l'épée.

Un groupe nombreux de personnages de marque, d'autorités en habit de ville, d'anciens amis et camarades d'enfance du défunt.

Puis le cercueil, enveloppé de son suaire armorié , décoré de ses couronnes el insignes, porté par les vieux gbndoliers et les anciens rameurs du Bucentaure, et entouré de prêtres.

Des quatre coins du suaire formant poêle, pendaient de grosses torKades à glands d'argent, tenues par les quatre héritiers des familles patriciennes qui avaient fourni \v plus de doges à lu répuitlique, c'est-à-dire, un

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CoMtaiiui, un Mocrjiino, un Dandolo et un (borner ou Cornaro.

Des prêtres et des escouades d'Arsenalotli lerminaient le cortège, qui fit son entrée dans la basilique Saint -Marc sans que le prélat vînt recevoir le corps, démonstration de suprême étiquette qui ne revient qu'aux princes du sang royal.

La foule avait remarqué que parmi les personnes de tout rang qui entouraient le corps, il ne se trouvait nul individu portant le nom de Morosini , bien que ce nom appartînt indirectement à plus d'une famille, soit de Venise, soit des villes du Lombardo-Vénitien. La vieille comtesse, en écartant ses homonymes de la liste des invitations, avait tenu à bien établir et constater aux yeux du pays, dans ces solennelles funérailles, qu'il n'y avait, ou qu'elle ne reconnaissait nul rameau légitime nu tronc brisé de sa famille.

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Otbert avait remarqué parmi les chevaliers de Malle le plus en évidence, le marquis Durazzo, que beaucoup de gens autour de lui désignaient du doigt avec une curiosité dont il ne devinait pas la cause.

■■ . Lorsque le cercueil eut été déposé dans le milieu du transseptde la basilique, où l'attendait un catafalque entouré d'une quantité prodigieuse de cierges , commença une messe en musique, composée expressément pour la circonstance, par un vieux maître vénitien, qui avait su y fondre habilement plusieurs motifs populaires ou guerriers de la république, les plus appropriés à la circonstance. Comme on l'a dit, ce fut Je patriarche de Venise qui olTicia par-devant une foule immense qui encombrait le temple, comme aux jours du couronnement des doges, avant la cérémonie de l'escalier des géants. Le Dics trœ entonné par cent voix d'hommes et de femmes, soutenues

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