OBSERVATION
L. A., 16 ans, entré dans le service le 1° mars 1929. Rien à retenir des antécédents, sinon une petite plaie du genou survenue trois mois auparavant après une chute et qui suppura longtemps avant ide guérir.
L’affection actuelle a débuté le 22 février par de petites douleurs au tiers supérieur de ia cuisse droite, qui augmentèrent le lendemain au point d'empêcher tout travail ; le surlendemain, le malade dut s’aliter ; il présentait alors de la température, de l’anorexie, de très vives douleurs. Son médecin l’envoya à l’Hôtel-Dieu de Lyon. ;
A l'entrée on est frappé :par la gravité de l’état général, température à 40°, pouls à 120, langue saburrale.
Il existe une impotence absolue du membre inférieur droit. On note un point douloureux précis sur la face externe de
la hanche, à 5 ou 6 cm, au-dessous du bord supérieur du grand trochanter. L’articulation coxo-fémorale est libre ; les ganglions inguinaux sont douloureux.
Le 2 mars 1929, devant la persistance du point nettement douloureux on incise à ce niveau ; on note une infiltration intermusculaire considérable, gélatineuse, de mauvais aspect. On trépane la face externe du grand trochanter, il en sort une grande quantité de pus. En agrandissant l’orifice de trépanation, on ne trouve rien d’autre. On a l’impression qu'il s’agit d'une ostéomyélite trochantérienne avec des signes locaux peu marqués relativement aux signes généraux.
Le 30 mars, on note que le grand trochanter est presque tout entier ramolli, et qu’il existe un trajet sur la face antérieure.
Le 3 avril, l’état général paraît extrêmement grave et on se demande s’il n’y a pas une arthrite suppurée de la hanche. Le doigt introduit dans la plaie donne issue à une grande quantité de pus provenant des interstices musculaires. On décide d'intervenir en vue d’assurer le drainage par débridement, et s’il y a lieu, par une résection de la hanche.
Le 4 avril, on débride à la cuisse une fusée purulente qui décolle la face antérieure du fémur, jusqu'à sa partie moyenne. On s'aperçoit que le col fémoral est fracturé, et l’on voit les surfaces articulaires à nu dans la plaie. On pratique une résection sans aucun délabrement, car il n’y a guère qu’à cueillir la tête ; un flot de pus vient de la cavité cotyloïde.
On a l'impression qu’une seul opération pourrait assurer le sauvetage ; ce serait la désarticulation de la hanche ; mais le malade est dans un tel état qu'il sera peut-être mort demain.
Le 9 avril 1929, anesthésie générale à l’éther très superfcielle. M. le Professeur PATEL, après ligature préalable des vaisseaux pratique une désarticulation de la hanche imposée par l’état général et local.
Les suites opératoires furent excellentes et au mois de juin la plaie état en très bonne voie de «cicatrisation.
Nous avons eu l’occasion de revoir récemment ce malade qui présente un parfait état général.