‹ La Désarticulation de la HancheChapitre 42 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Prothèse

Pendant longtemps on a cru que la prothèse de la désarticulation de la hanche était impossible à réaliser. Les appareil prothétique sont en effet difficiles à construire. et la bonne adaptation au moignon délicate à réaliser. Ce fut SÉDILLOT qui construisit vraisemblablement le premier appareil en 1841.

FouizLoy a montré en 1843 quelles étaient les bases anatomiques et physiologiques de la prothèse des désarticulés de la hanche (Comptes-rendus à l'Académie des Sciences, 1843) :

«La station assise, dit-il, entrait dans les vues de la Providence. On ne peut arrêter la pensée sur le système d'organisation de la partie inférieure du tronc sans en demeurer convaincu. La position et le volume de la tubérosité ischiatique, l'épaisseur et l'élasticité du tissu cellulaire qui le recouvre, la densité plus grande de la peau rendent cette région très propre à supporter le poids du corps ; elle l’est également à le transmettre ; observation sur laquelle se règle la prothèse et sur laquelle à dû se régler le procédé opératoire. Néanmoins, quelqu'heureusement disposée que paraisse la tubérosité de l’ischion, elle

forme en cas de suppression d'un membre inférieur, une base de sustentation trop étroite soit pour la station, soit pour la marche. Elle n’est pas assez proéminente pour qu'on puisse y attacher le membre artificiel. Elle est immobile et par conséquent incapable d'imprimer par elle-même de mouvement. Aucun intermédiaire naturel n’amortit efficacement le choc que produit la répereussion du sol. Avant d’avoir remédié à ces divers inconvénients, on se fiatterait en vain d’une réussite complète ; dans les temps ordinaires, les extrémités abdominales servent de contrepoids à la partie supérieure du torse et élargissent son assiette. Une d'elles désarticulée, le corps cesse d’être balancé, et ne pose que sur une saillie osseuse, large à la vérité, mais convexe et ne touchant le plan de sustentation que sur un seul point. Une simple quille ajustée à cette saillie laisserait le sujet en état de vacillation perpétuelle.

« La nature a bien pu faire passer le poids du corps par une ligne étroite et centrale, parce qu'elle a distribué autour d'elle des agents contractiles qui maintiennent l’équilibre ; mais nous sommes privés de ces admirables ressorts ; et pour suppléer dans son mécanisme le membre naturel, il faut que les moyens de prothèse embrassent tout l’espace qu'ils occupaient.

«Or l’espace dont il s’agit ne se réduit pas à la circonférence cylindrique de la cuisse ; il comprend la surface du bassin, à laquelle sont insérés les muscles qui, pendant la station et Ia locomotion, assurent un rapport normal entre l'os iliaque et le fémur. Où trouver le principe des mouvements ? On tenterait en vain de l'emprunter à

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Tos innominé, qui lui-même est immobile. Nous l’avons cherché dans les articulations des vertèbres. à la région dorso-lombaire et dans les muscles puissants qui vont de la poitrine au bassin... »

Nous verrons qu'il faut entendre le terme prothèse au sens large : le meilleur appareil qui est la béquille de Renouard ne constitue pas en effet une véritable prothèse ; il tient lieu et place du membre inférieur dans la marche et la station debout, mais il n’a pas l'esthétique que peut avoir un membre artificiel. Peu importe d’ailleurs, on sait très bien que ces opérés ne demandent pas à parader, mais réclament avant tout la restitution partielle de la fonction locomotrice du membre inférieur.

Un désarticulé en effet n’est pas un amputé ; la mutilation produite est beaucoup plus grande ; il est vrai que lorsque le chirurgien décide une telle intervention, il veut obtenir un résultat avant tout vital ; la fonction est entièrement sacrifiée. Pourtant on relira avec intérêt ces paroles de FARABEUrF : «Le chirurgien qui va pratiquer ‘ne amputation, doit se proposer avant tout de sauver la vie du malade. Maïs ce n’est point assez qu’un amputé respire, il faut encore que l’infirmité consécutive à l’opération ne fasse point de la vie un insupportable fardeau. Ils le sentent bien, les malheureux qui refusent de sacrifier un de leurs membres, si compromis qu'il paraisse, et préfèrent de risquer cent fois la mort plutôt que de se résigner de bon gré à vivre avec un moignon douloureux ou impotent. C’est pourquoi l'opérateur doit se préoccuper toujours de diminuer dans la mesure du possible, par le choix du

procédé et de l'appareil prothétique, les inconvénients définitifs de la mutilation qu'il va produire. »

Pour tous les désarticulés de la hanche, le problème de l'appareillage se pose de la même façon. Quelqu’ait été la technique suivie, le moignon est à peu près le même. Il n’y a pas de techniques opératcires plus favorables l'une que l’autre à l’appareillage de ces opérés. Le principal, nous l’avons vu, c’est de respecter les parties molles qui matelassent la tubérosité ischiatique, seul point d'appui du moignon.

On serait tenté de croire que les malades opérés d’après la techinque de M. PozLosson (amputation au tiers supérieur de la cuisse et désossement du moignon) doivent &tre considérés comme des amputés de cuisse et non comme des désarticulés, puisque, comme nous l'avons dit, il y a très souvent formation de tissu osseux dans le moignon et que bon nombre de ces opérés présentent un moi-

gnon mobile.

Cependant il n’en est rien ; nous nous sommes reportés à l'observation présentée par M. Duran dans la Revue de Chirurgie de 1897. Il s'agissait d’une femme de 43 ans chez qui OLLIER avait pratiqué une désarticulation souspériostée de la hanche. Bien qu'elle présentât un moignon de 23 em. mesuré à partir de l’épine iliaque antéro-supérieure, parfaitement mobile et capable de soulever par flexion un poids de 14 kilogs, il fut impossible de lui faire porter un cuissard, soutenu par une ceinture pelvienne.

Aussi quelque soit l'opération pratiquée, du moment qu'il s’agit d’une désarticulation de la hanche, nous n’hési-

tons pas à dire qu'il n'y a qu'un seul point d'appui : l'ischion.

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