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$ E. Influences agissant sur l’hérédité. — A quelles influences cette loi peut-elle être soumise ? Quelles conditions peuvent favoriser son fonctionnement, entraver ses manifestations? C’est la dernière question à résoudre. La loi biologique de l’hérédité n'est pas absolue ; il y a donc des circonstances qui modifient son application dans le cercle de l'individu, dans celui de l’espèce, dans l’animalité.
Les exceptions graves aux lois de l’hérédité sont explicables; elles ne sont aussi que partielles : en effet, la transmission héréditaire ne se fait que rarement sans métamorphose. Lélut a pu soutenir l'identité de la folie et du génie, et, si «vous Ôtez à Jules César un peu de son instinct prépondérant, l’ambition; à Newton, sa puissance d’attention, la vie du premier se passera dans une obscure débauche, le second n’atteindra pas à ses puissantes abstractions (1). En effet aussi, les causes antagonistes ont des effets immédiats sur la déviation de la transmission héréditaire, produisant la variabilité. L'influence de l’état d'ivresse sur la descendance est bien connue; Pun des enfants adultérins de Louis XIV était surnommé l'enfant du jubilé, parce que M" de Montespan l'avait conçu dans une crise de larmes et de remords.
La disproportion entre la cause et les effets, tel est le principe qui domine et explique un grand nombre d’exceptions à la loi d'hérédité; les travaux de Dareste (2), de Chabry (3), sur la production des monstres, confirment cette idée. « L’hérédité, c’est la loi », telle est donc la formule générale ; « mais aussi l’hérédité est toujours dans l’exception », ajouterons-
(1) Lorain, Aperçu général de l'hérédité et de ses lois. (Thèse Paris, 1875, p. 19.)
(2) Dareste, Recherches sur la production artificielle des monstruosités,
(3) Chabry. (Soc. biologie, novembre 1886. Le Traumatisme des cellules.)
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nous avec M. Ribot, à cause des influences nombreuses qui agissent sur elle.
Chez l'individu, les exceptions apparentes tiennent à l’hérédité elle-même; dans le produit de la fécondation deux hé-rédités sont déjà en lutte, celle de chaque sexe, et la moindre réflexion montre que l’action unique de ces deux facteurs peut donner lieu aux résultats les plus dissemblables. En outre, chaque parent apporte des qualités ancestrales restées à l’état latent et faussant les résultats dans des conditions presque mathématiques. Une autre exception tient aux transformations de l’hérédité: Morel et Griesinger, dans leurs écrits, l'ont parfaitement démontré; notre travail porte aussi à cette démonstration un certain contingent de preuves. Frédéric-Guillaume de Prusse (1), « père de Frédéric le Grand, était ivrogne, excentrique, brutal, fit plusieurs tentatives de suicide. » Mais les causes de ces transformations de l'hérédité sont encore pour nous un mystère.
En dehors de l’hérédité considérée en elle-même, il est des causes puissantes de variabilité, ce sont celles qui agissent depuis le moment de la conception jusqu’à la naissance : tel enfant, dissemblable au moral d'avec ses frères, aura été engendré dans des conditions d'esprit des parents spéciales, représentera la permanence d’un état passager chez ses géniteurs, mais existant au moment de la procréation, état physique ou psychique. « La beauté des enfants illégitimes est le fruit de l’amour », dit-on.
L’ovule, déjà soumis à de nombreux incidents avant que le spermatozoïde l'ait rencontré, a bien des chances d’être perturbé de diverses manières avant que le fœtus naisse: beaucoup d'anomalies physiques ou psychiques dérivent de ce fait.
(1) Th. Ribot, loco citato, p. 249.